L’inceste n’existe pas

On ne parle jamais d’inceste* dans les médias. Ou presque.

Michèle Ouimet choisit d’écrire un article sur ces femmes qui pardonnent la pédophilie. C’est accrocheur, non? Pourtant, ce n’est pas ce dont elle parle. Elle parle (surtout, mais pas seulement) des mères qui pardonnent l’inceste que leur mari a fait subir à leur propre fille. Un peu moins punché!

Elle ne parle jamais des conséquences énormes de l’inceste, de ces vies détruites à la racine parce que l’agresseur aurait dû prendre soin de l’enfant, parce que l’agresseur partage le même lit que la mère de sa victime.  Ai-je besoin d’aller plus loin?

L’auteure de cet article mélange tout. Elle met dans le même paquet les femmes qui pardonnent à leur mari d’avoir agressé sexuellement et les mères qui pardonnent à leur mari d’avoir agressé leur fille. Elle confond la véritable victime avec la mère qui a pour rôle de protéger sa fille. Elle parle de pédophilie au lieu de parler d’inceste.

Michèle Ouimet n’écrit jamais le mot « inceste »!

Elle nous parle de ces femmes qui pardonnent. Elle fait comme si elles étaient exceptionnelles. Elle parle d’un « puissant tabou ». Et par dessus le marché, elle les appelle des victimes.

Si l’inceste persiste, c’est aussi parce que des mères ferment les yeux ou pardonnent. Ce n’est pas l’exception, c’est la règle dans les cas d’inceste. L’inceste, c’est une dynamique familiale. Michèle Ouimet mélange donc aussi le véritable tabou qu’est l’inceste avec ce qui contribue à perpétuer l’inceste, ce qui participe à ses conséquences dévastatrices : les mères qui pardonnent au détriment de la santé mentale de leur enfant.

Une véritable victime collatérale de l’inceste n’est pas une mère qui pardonne et qui s’en voit ostracisée. C’est une mère qui ne savait pas et qui, lorsqu’elle l’apprend, choisit sa fille plutôt que son mari. Sinon, elle est complice, elle n’est pas victime.

La victime collatérale souffre avec la véritable victime, c’est là que va son empathie, pas avec la souffrance de l’agresseur. En faisant de la mère qui pardonne une victime collatérale, on est en train de dire que l’agresseur est une victime. Et la véritable victime, qui renie sa mère (comme si elle avait le choix) devient, en quelque sorte, l’agresseur. Elle fait souffrir sa mère qui devient alors doublement victime.

Dois-je rappeler que ce n’est pas à la mère de la victime de décider de pardonner? Que ce n’est pas non plus  à la femme de l’agresseur de le faire dans le cas des enfants abusés qui ne sont pas les siens? Que ce n’est pas elle qui a été agressée?

C’est subtil, mais c’est bel et bien le glissement qui s’opère dans cet article qui n’aurait pas dû être écrit. En tout cas, pas comme ça.

Mais on ne dira rien parce que l’auteure. Parce que le Québec. Parce que le féminisme prudent. Et parce que le pardon, c’est tellement beau, han, le pardon?

Et on ne dira rien parce que l’inceste n’existe pas.

*Inceste : Lorsque l'abus est commis par un membre de la famille. 
Dans les définitions de l'inceste, le beau-père en fait partie. 
L'inceste n'est pas nécessairement considéré comme de la pédophilie.

14 Commentaires

  1. nuage1962

    Je viens tout juste de finir de préparer cet article pour mettre sur mon blog …. ces femmes qui pardonnent et je tombe sur ton article
    je suis ébranlée même si je n’ai jamais vécu cette situation, je ne peux pas concevoir qu’une mère peut pardonner malgré que ses enfants la rejettent .. Bref je suis du même avis que toi car tout au long de cette lecture, j’ai ce sentiment qu’on oubli les vraies victimes

    • Patty O'Green

      Une mère qui pardonne n’accompagne pas sa fille dans la guérison. Elle doit attendre que sa fille pardonne pour pardonner. Et il se peut qu’elle ne le fasse jamais et c’est très bien ainsi! Ton commentaire m’apporte du réconfort dans ce monde à l’envers. Si ma mère avait pardonné, je ne serais pas en train d’écrire cet article aujourd’hui. C’est gros ce que je dis, mais c’est vrai.

  2. nuage1962

    c’est ce que je pense aussi s’il pardon il y a c’est a l’enfant de le faire et non a la mère .comme je t’ai dit cet article m’a ébranlée et je veux le mettre ce soir .. quand j’ai lu les trois histoires .. je me demandais bien comment ces femmes peuvent préféré défendre leur mari que leurs enfants .. puis c’est après quand on a parler de TABOU .. wowwwwww faut vraiment le faire .. c’est comme mon cousin avocat qui défends des pédophiles qui n’arrêtait pas de me dire que ce n’est pas leur faute a cause qu’ils ont eu une enfance difficile .. Pis quoi encore !! Cela leur donne tous les droits .. ??? Non désolée mais tout le monde choisi ou non de commettre l’irréparable

    Je pense a mon avis que cela vas créer des ripostes par les victimes ..

  3. Patty O'Green

    Je ne sais pas s’il y aura des ripostes des victimes, car les victimes d’inceste ont tendance à être silencieuses, encore plus que les autres. Mais j’espère que vous dites vrai. Cet article est erroné de toute manière. Il mélange tout. Ne serait-ce que pour ça, il n’aurait pas dû être publié.

  4. fanfan la rêveuse

    Le pardon est l’aboutissement d’un long cheminement qui est indispensable afin de reprendre goût à la vie. Dans le cas de l’inceste effectivement, il faut la reconnaissance des faits par l’agresseur mais aussi le soutien de la famille de la victime pour essayer de reconstruire quelque peu sa vie.
    Bonne soirée à vous patty o’green

    • Patty O'Green

      Non, le pardon n’est pas indispensable, je suis désolée… Il n’y a pas qu’un seul chemin, chaque victime est singulière. Souvent, le pardon est une entrave. Je sais de quoi je parle, non seulement pour l’avoir vécu, mais aussi pour avoir lu des centaines de témoignages.
      Bonne soirée à vous…

  5. fem_progress

    C’est vrai pour toute violence familiale. L’inceste c’est juste le cas le plus tordu.

    Il y a des études scientifiques sont les conjointes d’incestueux. Un certain pourcentage d’entre elles savent ce qui se passe et ça fait leur affaire car elles ont un problème avec la sexualité. Je pense qu’elles doivent être accusées comme complice quand il y avait des signes qu’une personne raisonnable aurait dû voir, genre infections.

  6. Pingback: Les trouvailles du vendredi |
  7. freyjanova

    Ce sont elle-mêmes,que ces mères pardonnent : ne pas avoir vu, entendu, compris? avoir eu des doutes sans preuves? Avoir eu des preuves, sans la force de supporter la situation? Je peux comprendre le silence et l’aveuglement d’une mère : se trouver agresseur par l’inaction, il y en a une couche niveau culpabilité. Mais comme tu l’a très bien écrit : ce n’est pas à elle de pardonner, ni d’être victime – ni même victime collatérale d’ailleurs (sauf nombreux cas de violences psychologiques, insidieuses, et à l’origine de l’endormissement, l’aveuglement, « l’absence » de la mère)

    « Les femmes qui pardonnent la pédophilie »… Glaçant.

  8. Carole psycho praticienne

    Bravo pour votre réaction et votre post.
    Effectivement cet article de Michèle Ouimet frise l’indécence… Ces mères qui acceptent, pardonnent et continuent à soutenir leur conjoint après de telles horreurs au mépris de la vie souvent brisée de leur propre enfant est immoral. Cet article est mal construit, car effectivement il les ferait presque passer pour victimes. Il faut chercher plus loin pour comprendre il me semble, car victimes elles le sont, mais pas au sens collatéral de l’inceste! Elle sont victimes de leur manque de discernement et de leur cerveau déséquilibré, victimes de leurs propres névroses qui les fait réagir de manière irrationnelle. On ne peut avoir aucune empathie tant que l’on n’a pas compris leur processus interne et pu analyser le processus qui les conduit à de tels comportements. Ces femmes doivent être prises en charge.
    L’inceste est inacceptable et doit être reconnu, pour que les vraies victimes (80% de jeunes filles) puissent entamer un processus de résilience.

    • Patty O'Green

      Elle les fait carrément passer pour des victimes puisqu’elle emploie elle-même le mot « victime ».

      « victimes de leurs propres névroses » : OUI! Merci… Et puisqu’elles sont mères, elles sont aussi responsables des conséquences de leurs névroses sur leurs enfants (ce qui ne veut pas dire qu’elles sont toujours coupables).

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