Trouver sa voix : petit guide pratique pour cesser de crier tout bas

Texte de ma communication-témoignage présentée à la table-ronde « Témoignages, oralités, visualités » lors du colloque Des voix qui s’élèvent à l’UQAM jeudi dernier.

Dans son texte « L’écriture comme une hache », la poète Carole David est la seule à avoir souligné l’absence de ma mère dans mon livre Mettre la hache, un livre qui porte pourtant sur l’inceste. Ainsi, elle écrit « La mère absente n’est évoquée qu’une seule fois ». Aujourd’hui, j’avais envie de remédier à cette absence et de vous raconter quelque chose au sujet de ma mère. Quelque chose que me rappelle le thème de ce colloque. Quelque chose qui est au cœur de mes propres processus de création : tous les jours ou presque, ma mère travaillait sa voix. Elle le faisait à l’aide d’un livre qui a inspiré le titre de cette communication : Trouver sa voix, petit guide pratique de travail vocal.

 

Trouver sa voix.jpgOn ne lit pas un tel guide comme on lit n’importe quel livre, c’est-à-dire en silence et de manière linéaire : non! On choisit quelques passages, puis on les répète chaque jour pour un certain temps, à haute voix, avec les indications prescrites et la mise en situation qui nous est suggérée. Tout ça, on le fait dans l’attente d’une transformation. Ainsi, il y avait un exercice qui demandait à la lectrice de répéter à maintes reprises l’expression « y’a quelqu’un? ». Elle se servait du

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comme d’un élan et insistait sur le

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en faisant résonner le tout dans sa cage thoracique. Cela donnait quelque chose comme

« y’a quelqu’unnn? »

Ainsi, à ma mère qui travaillait sa voix, seule dans sa chambre, ma sœur et moi répondions toujours en riant :

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Puis elle continuait, elle insistait :

« y’a quelqu’unnn? »

J’ai réalisé récemment, en fouillant dans ledit livre, que cet exercice portait le nom du magasin vide. L’auteur l’annote de la manière suivante :

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La castration vocale. Au sens de la voix sonore, mais aussi de l’expression  d’une voix sous toutes ces formes, voilà l’un des phénomènes qui m’habitent, contre lequel je m’exerce dans ma pratique d’auteure. Il est difficile de trouver sa propre voix. Il faut dire qu’elle n’est pas une structure objective donnée une fois pour toutes. La voix est un comportement corporel ou intellectuel acquis. Ce qu’il y a dans notre corps, nos expériences, par exemple, se trouvent dans notre voix, quelque part, comme des tensions, des inflexions, mais aussi des habitudes de langage, des croyances. C’est à la fois ce qui fait sa singularité, mais aussi la possibilité de la changer.

Bien avant d’écrire Mettre la hache, je me suis intéressée au cri, car il me semblait qu’il s’agissait-là de la voix brute et que dans ce cas précis, le son de notre propre voix peut nous surprendre. Le cri a quelque chose d’incontrôlé et de non filtré par la pensée. En 2013, j’ai donc élaboré un petit projet qui consistait à faire l’inventaire des endroits où je m’étais permis de crier à Montréal sur une carte Google.

Trouver sa voix (4).jpgOn y retrouve l’adresse de chez ma mère, on y retrouve aussi l’hôpital Sainte-Justine où j’assume avoir crié lors de ma naissance. Il y a également un local de l’UdeM où je suivais des cours de chant et la Maison de naissance Côte-des-Neiges où j’ai mis mes enfants au monde. Constatant qu’il y avait très peu de lieux où j’avais crié, j’ai commencé à répertorier les endroits où j’avais eu envie de crier, où je m’étais retenue : à l’épicerie PA où les gens se foncent dedans avec leur panier, à l’UQAM pendant que je rédigeais ma thèse dans un petit local pas de fenêtre. Les points GPS y sont beaucoup plus nombreux. C’est qu’on ne peut crier que dans certaines circonstances! Au fil de la création de mon inventaire, je réalisais que, la plupart du temps, comme bien d’autres gens, et dans bien des situations, je refoulais le cri, je criais tout bas. Ma voix « brute », physique ou écrite, je la retenais.

Surtout, je me confinais à une voix à laquelle je m’identifiais, dans le contexte où je me trouvais. Dans le contexte universitaire, je me dissimulais derrière ma voix universitaire, sérieuse et soutenue, que j’avais peaufinée au fil des années, mais qui n’était pourtant jamais assez. Durant l’aventure du doctorat, je me suis intéressée à ma voix en tant qu’historienne de l’art en rapport avec les œuvres que j’analysais, puisqu’il s’agissait d’œuvres web, souvent engagées, interactives. Fallait-il que je m’efface? Fallait-il que je m’exprime? Où devais-je me situer pour analyser des œuvres interactives? Comment j’allais placer ma voix (pour reprendre une expression de technique vocale)? Je tendais irrémédiablement vers les œuvres qui, selon moi, avaient le pouvoir de transformer mon rapport au monde. Comment allais-je pouvoir en parler avec une voix figée, immuable, détachée, retenue? Si ces œuvres s’animaient ainsi pour moi, pour les comprendre, je devais participer, m’engager et, dans certains cas, prendre le risque de la vulnérabilité : prendre le risque que ma voix change.

C’est ce que j’ai fait pour analyser l’œuvre web Mouchette.org de Martine Neddam, par exemple. Pour ceux et celles qui ne la connaissent pas, c’est une œuvre en ligne qui remixe la Mouchette du film de Robert Bresson et qui met en scène une petite fille suicidaire. Au fil de la navigation, il y a de nombreux signes qu’elle aurait été abusée.

Trouver sa voix (5).jpg L’œuvre offrait par des procédés de logins à tous et à toutes la possibilité de devenir Mouchette, d’ajouter du contenu. Puisqu’il n’était plus possible de l’incarner lors de la rédaction de ma thèse, j’ai entamé un dialogue avec le personnage par blogue interposé. J’y ai mis des photographies de moi, enfant, cadrées comme celles qu’on retrouve sur le site Web de Mouchette.org puis ces photos se sont retrouvées sur son blogue à elle et ainsi de suite.

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Je lui ai écrit des lettres, lui parlant à mon tour d’expériences de mon enfance, intégrant des éléments importants de l’œuvre, que j’ai publiées sur mon blogue.

Trouver sa voix (7).jpgPeu à peu, j’étais en train d’analyser l’œuvre, de faire émerger du sens, de manière très investie. Cet aspect de l’analyse me permettait d’approfondir mon expérience de l’œuvre, en créant une connexion avec elle. Ce type d’expérimentations plaçait, chaque fois, pour chaque œuvre, ma voix. Avec ces interventions, mes analyses, il me semble, n’en étaient que plus conséquentes. Du moins, j’avais l’impression qu’elle rendait justice à la profondeur et à la complexité des œuvres et à leur engagement.

Parallèlement à la rédaction de ma thèse et à cette correspondance, j’avais une pratique active de blogueuse, je devenais de plus en plus Pattie O’Green. C’est en me créant cette nouvelle voix que je suis arrivée à écrire un livre sur l’expérience douloureuse de l’inceste. On dit que le pseudonyme m’a servi à briser le silence dans Mettre la hache, en partie parce qu’il me permettait de dissimuler ma véritable identité. Cette idée revient souvent, et ce n’est pas complètement faux, mais selon ma propre expérience, je dirais plutôt que le pseudonyme a été une des stratégies utilisées pour me créer un espace de silence : un magasin vide dans lequel je pouvais élever la voix, comme dans l’exercice que faisait ma mère. C’est en déliant mon écriture de toutes mes habitudes que j’ai pu peu à peu créer cette voix. Le pseudonyme n’avait rien d’une dissimulation, c’était vraiment le point de départ d’une création, une manière d’ouvrir les possibles. Je parle de ce phénomène dans Mettre la hache, lorsque je décris l’utilisation du pseudonyme chez la blogueuse et artiste hypermédiatique Penelope Trunk, aussi victime d’inceste :

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Je cherchais aussi à faire en sorte que les lecteurs et les lectrices ne puissent pas me contourner. Pour cela, il aurait fallu qu’ils soient capables de me cerner. On aborde souvent un livre par le genre auquel il appartient. En travaillant sur Mettre la hache, j’essayais de ne pas appartenir à l’un d’entre eux. J’ai vu que mon livre était dans la section roman de Renaud-Bray, je l’ai trouvé en Poésie au Port de tête, après tout, il y a le mot slam dans le titre. On parle également de témoignage, c’est comme cela que Catherine Perrin en est arrivée à me poser une question croustillante sur ma sexualité à Radio-Canada. On parle aussi d’autofiction et cela m’effraie, car les auteures d’autofiction, comme je l’ai écrit dans un livre collectif sur Nelly Arcan, ne sont

 

Trouver sa voix (9).jpg Je ne voulais pas qu’on m’entasse dans une catégorie.

Je ne voulais pas non plus être la bonne Québécoise francophone qui prend bien soin de sa langue, alors j’y ai mis des anglicismes. Je ne voulais pas qu’on me campe dans l’oralité, ou dans le langage universitaire. Il y a donc, dans mon livre, les deux. Ce n’est pas par snobisme ou par rébellion ou par désir de grande innovation que je tentais de m’évader de toutes ces filiations, c’est que je me disais que tout ça serait du bruit pour ne pas entendre ma voix.

Je me suis en quelques sortes positionnée en guerrière, car je ne voulais pas non plus faire partie de la grande famille des victimes d’abus sexuels. J’ai changé de nom pour ne plus faire partie d’une famille, du moins le temps d’un livre:

Pas de famille

=

Pas d’inceste

ni de comportements incestueux! L’inceste est une dynamique qui s’installe dans un contexte où l’on ressent une familiarité, une appartenance de part et d’autre. L’inceste est partout. Ce sont des gestes qui sont gardés secrets par une forme d’honneur, par peur de perdre l’appartenance. Je ne voulais pas être prise avec l’impression de devoir faire honneur à une appartenance quelconque. Je voulais rendre mon livre, mon espace de création, complètement infertile à tout ce que me rappelait l’expérience de l’inceste. Et essayer qu’au lieu de l’aveuglement des appartenances on puisse faire place à une véritable écoute.

Camille Toffoli écrit si justement au sujet de Mettre la hache :

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Voilà, je ne voulais surtout pas rassembler, mais offrir la possibilité d’une voix qui ne crie pas tout bas derrière les autres, au même diapason que les autres, ou encore pire, devant les autres ou en fonction des autres. Je ne dis pas qu’il n’est pas important de se rassembler, bien au contraire, mais j’avais une autre démarche dans ce cas précis. Faire vibrer quelque chose en l’autre? oui. Quelque chose qui l’amène un plus vers sa propre voix? Oui. J’aime bien l’idée qu’on lise Mettre la hache comme on revient dans une cabane, tel que l’écrit Julie Delporte dans une lettre qui m’est adressée dans la revue Moebius. Une cabane, pour reprendre ses mots, où l’on n’a pas « besoin de mourir pour atteindre le silence ». Une cabane où elle me raconte être allée pour disparaître, pour refaire ses énergies.

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Et de l’énergie, nous en avons besoin. Dans un texte plus récent « Accoter les aurores » en finale du livre collectif Faire partie du monde j’imagine une utopie. J’ai travaillé ce « genre » justement pour retrouver cette énergie qui propulse nos luttes. J’y décris un Montréal avec une nature qui explose, 100 ans plus tard. On aurait fait de l’autoroute métropolitaine un couloir vert pour les grands mammifères, on aurait inauguré une piste de ski de fond qui part du Mont- royal jusqu’au Jardin botanique, on aurait déterré des rivières et fait sauter par la même occasion tout plein de frontières que la nature ne connait pas. Je laisse entendre, dans ce texte, que cela aurait été possible parce que plusieurs auraient appris à disparaître. Des horticultrices, dans ce cas précis.

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Apprendre à disparaître, quel paradoxe! C’est complètement contre-intuitif. Je parle de trouver sa voix, de se mobiliser, de s’engager, de risquer la transformation. Mais justement, disparaître, c’est pour pouvoir agir, se manifester, mais à partir du « silence », plutôt que de réagir et par conséquent de devenir cet état de réaction au bruit ambiant. On ne peut mener une lutte bien longtemps lorsqu’on a l’impression de la tenir à bout de bras. On ne peut créer grand chose lorsque les bras sont toujours pleins. Dans mes pratiques actuelles en Kundalini, en horticulture et en écriture, je me questionne sur la possibilité de trouver un équilibre entre le sentiment d’urgence pour mettre fin à des situations d’injustice, que ce soit sur le plan environnemental ou social, et le courage d’un retour au silence pour créer des espaces, réels ou mentaux, où on peut séjourner, s’énergiser, vivre, sans être hantées par nos appartenances ou nos résistances. Sans verser non plus dans le cynisme ou l’indifférence.

Il me semble que pour mener des luttes contre tout ce qui nuit à ce que j’appellerais le vivant, à sa diversité, il faut aussi savoir se recueillir et se fondre un peu dans ce vivant, l’apprécier. Se souvenir qu’une véritable lutte, celle qui nous drive, ne s’inscrit pas contre quelque chose, mais POUR quelque chose. Enfin, ce sont mes préoccupations actuelles, car je vois mes compères tombées une à une et leur visage dit quelque chose comme cette jolie phrase de Julie Delporte « toutes mes femmes sont fatiguées ». J’essaie, en quelques sortes, de voir comment on pourrait conjuguer les luttes avec une forme d’abandon, réconcilier le fait de se manifester avec le fait de disparaître. En fait, j’essaie de voir si on ne pourrait pas vivre de manière permanente dans une cabane, en silence, tout en étant dans l’action, dans le monde.

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Sororité

J’aurais voulu lui dire, j’aurais tellement voulu lui dire que c’était de la bullshit ces histoires de femmes extasiées par leur ventre convexe. Quand elle avait les larmes aux yeux en regardant les deux filles exaltées par leur grossesse, leur grossesse qui représentait sans contredit le « summum de la féminité », j’aurais voulu lui dire que le summum de la féminité ça peut être qu’on vomit les trois premiers mois, qu’on mange comme des porcs les trois suivants en regardant des vergetures s’éclater, qu’on se pisse dessus les trois derniers, pis qu’au final, quand ça sort, on chie en même temps.

J’aurais voulu lui dire ça, mais je ne l’ai pas fait. Peut-être que ça n’aurait rien changé. Sans doute qu’on m’aurait simplement détestée. Parce que les glitters dans les yeux des femmes à bedaine. Parce que leurs larmes de joie à l’idée d’être un canal pour la vie.

C’est vrai, ça aussi.

Des fois, je me demande jusqu’où on peut aller dans la beauté d’une chose sans même toucher son horreur. Je me demande aussi comment une femme peut croire tout ce qu’une autre femme qui brille lui dit. On devrait savoir, quand on est grande, que tout ce qui brille comme ça, démesurément, cherche aussi à détruire. On devrait savoir qu’un sourire gentil qui ne ternit pas, c’est un mode de défense contre toute forme d’offense.

On s’est maintenues dans la beauté toute la soirée. Dans la délicatesse, aussi. L’une d’entre nous mourrait à l’intérieur. L’une d’entre nous, ce soir-là, vivait tout ça dans la douleur. On s’est quand même fait croire qu’on était des sœurs. J’ai tout vu, mais je n’ai rien dit de peur d’être violente et, pourtant, je sais que le silence est la pire des violences.

aucune tente assez grande pour nos jambes [fanzine]

Le petit dernier par Anne Pénélope D. Gervais et moi!

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aucune une tente assez grande pour nos jambes porte sur le rapport au monde que génère un trouble de stress post-traumatique et sur sa proximité avec l’univers des rêves. Un fanzine créé par et pour celles qui souffrent, qui rêvent et qui guérissent.
20 pages
Reliure artisanale avec du petit fil rose.

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Disponible à la librairie L’Euguélionne et sur Etsy.

Les possibles

Je t’ai dit que c’était terrible parce que je réalisais que je ne voulais pas m’engager dans la vie et ça t’a fait sourire à cause de tous mes diplômes, de tous mes projets, pis de nos enfants, pis du fait que tu aies été le seul homme dans ma vie, mais je t’ai dit que tu comprenais mal ce que je voulais dire, que dans ma tête, je ne m’engageais pas, que je vivais au CARREFOUR DE TOUS LES POSSIBLES, que c’était dans ce carrefour que je voulais m’enraciner, là où je n’avais pas à faire de choix, là où je n’avais pas besoin de prétendre avoir un contrôle sur ma vie. Je t’ai dit que je me sentais prise dans une sorte d’ÉTHER de potentialités avec mes CRISTAUX pis mon crisse de TAROT, un ÉTHER duquel je ne savais pas comment sortir et que c’était pour ça que je voulais qu’une ARCANE MAJEURE ou qu’un ALIGNEMENT DE PLANÈTES choisisse pour moi, que c’était ça l’affaire, que ce n’était même pas une question de liberté, parce qu’au contraire,

« JE SUIS LIBRE COMME L’AIR SO PUT ME IN A FUCKING BOX I WON’T COMPLAIN JE TE JURE MAIS SCELLE LES JOINTS BEN COMME FAUT POUR PAS QUE J’ME FAUFILE »

Tu m’as dit BON BON BON, calme-toi, je suis là pour toi. J’ai dit : non. Arrête. Je t’ai quitté. T’as dit ouin pis.

L’autre jour, j’ai rêvé que j’étais dans une PISCINE, que le ciel était BLEU. Je me suis même dit « c’est les tropiques ici, c’est MERVEILLEUX». Toi tu étais sur le bord, tu réparais nos affaires. Je me vautrais sous l’eau, je veux dire, tu sais comme j’aime nager, comme j’aime être immergée. À un moment, je me suis rendu compte qu’il y avait une TOILE sur la piscine, que je ne pouvais même PAS VOIR à l’extérieur. Je me suis dit que tu l’avais mise là pour me protéger, comme d’habitude. J’étais euphorique. Je me roulais dans l’eau chaude : rien ne pouvait m’arriver. Je n’avais même pas peur de manquer d’air. Je pouvais encore m’imaginer le ciel BLEU. TOUT ÉTAIT POSSIBLE. À un moment, j’ai nagé jusqu’au bord de la piscine et j’ai soulevé la TOILE. Tu t’es penché avec un sourire bienveillant. Je t’ai demandé si le ciel était toujours aussi BLEU. Tu as ri chaleureusement en me disant doucement « pas vraiment, non : c’est l’hécatombe ici, Pattie !». J’ai soulevé un peu plus la TOILE et j’ai regardé le ciel : les nuages noirs, OPAQUES, bougeaient vraiment, mais vraiment trop vite. Ils s’accumulaient vers nous. C’était terrifiant. Tout allait exploser, tout allait nous emporter, tout allait nous détruire. Je suis sortie à la course me mettre à l’ABRI. Il faisait froid. Je tremblais. T’étais calme, tu rangeais lentement nos affaires en me lançant des regards rassurants. C’est qu’il y avait quelque chose qui se jouait entre moi et la tempête. J’étais comme connectée à elle. Je savais exactement à quel moment il y aurait des coups de tonnerre, je veux dire, je les sentais venir dans tout mon corps. Tout devenait irrémédiable. On aurait dit que LA TEMPÊTE, C’ÉTAIT MOI. J’avais tellement fucking peur.

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