✨ Manifeste céleste ✨

Le petit dernier est arrivé, entre deux expéditions dans le bois, le voici, le voilà !

💚🌿

Quatrième de couverture :

Moi, Gémeaux ascendant Sagittaire, j’apprends à devenir une plante, l’espace d’un livre, d’un parcours spirituel, avec ses résistances, ses engagements, ses frustrations, ses désistements et ses extases. C’est avec une pelle, un sécateur et mes pieds que j’ai ouvert le sentier sur lequel j’ai traîné le bagage critique d’une femme qui a passé beaucoup de temps à l’université. Je l’ai gardé, ce bagage, même si je l’ai un peu remodelé, parce qu’au final, c’est lui qui peaufine, qui sculpte, et qui fait shiner une destinée.

Historienne de l’art, horticultrice-arboricultrice, forestière et yogini, Pattie O’Green nous entraîne dans l’univers des yogis qui nous expliquent la vie, des déesses néolibérées, des fuckboys spirituels, des sirènes en sac de couchage et des jardiniers-bénéficiaires d’un CHSLD. Elle y explore les rapports à la nature et au corps sur les chantiers d’horticulture, dans la forêt urbaine et lors de longues randonnées dans le bois, mais c’est par la danse, la masturbation féminine et le rêve chamanique que le cœur finit par s’ouvrir.

Merci à toute l’équipe des Éditions du Remue-Ménage, à Laurence Côté-Fournier (éditrice) et à Delphine Delas (illustratrice).

AMOR FATI #5

Je te disais que la seule chose qui me faisait un peu oublier la pandémie, ces temps-ci, c’est de fumer du CBD dans le bain en écoutant la musique de mes voisins. Parce que depuis qu’il y a un trou dans le plafond de ma salle de bain, on entend TOUTE. On a fait le trou pour laisser circuler l’infiltration d’eau jusqu’à temps que les jobeurs du bloc reviennent au boulot. En attendant, je médite sur ce qu’une chamane m’a déjà dit :

The power of a place is the water that

Ça fait que je vénère mon trou dans le plafond, pis l’EAU qui le traverse quand les gars d’en haut prennent leur douche. Ça t’anéantit la distanciation sociale, c’est quasiment viscéral, je veux dire : ça ruisselle sur leur corps pis ça atterrit dans un cul-de-poule à mes pieds, sur le rebord de mon bain. Je me sens comme Francesca dans The Bridges of Madison County :

J’voudrais surtout pas être dans une maison nickel, toute bien isolée, ou pognée dans une copropriété insonorisée. Y’a des limites à s’enfermer dans son unité domestique et à ne plus rien vivre d’érotique.

Je dis ça aussi parce que, l’autre jour, j’ai croisée une femme de mon quartier pognée-de-la-raie qui me disait que c’était difficile parce qu’elle avait une BIEN TROP GRANDE MAISON et que la femme de ménage ne pouvait plus venir l’aider. Moi qui déteste le ménage, je la comprends tellement! J’ai failli lui faire la grâce de lui prêter mon quatre et demi en échange de son immense taudis de quartier bien nanti, mais je suis ben trop BIEN ici :

Elle m’a dit, « en tout cas, t’as l’air de bien aller, toi! » J’ai dit : « BEN OUÉ! ». Elle a continué en disant que, depuis la pandémie, son mari était tombé au trois quarts de son salaire. J’ai dit:

« ah! Maudite pandémie! »

Quand je l’ai revue tantôt, dans la rue, elle était vraiment de bonne humeur. Elle m’a dit « on vient de s’acheter un chalet à la campagne, je respire un peu mieux ». J’ai dit « wow, je suis contente pour toi ». Mais c’était HYPOCRITE mon affaire, parce qu’au fond de moi, comme tu t’en doutes déjà, je me disais : 

« PAUVRE ELLE, encore PLUS de ménage!!! »

Mais bon, ça change le ménage de place, comme on dit! 

Quand je t’ai raconté ça, t’étais vraiment révoltée. Mais quand je t’ai parlé du CBD, ton visage Zoom s’est illuminé. Tu m’as tout de suite répondu « hein, moi aussi, j’ai commencé le CBD! Je fume ça, pis après je peins. Ça me fait TELLEMENT du bien! ». Pis là, on s’est dit

Il avait raison, finalement, notre gouvernement. C’est vraiment un service essentiel la SQDC. Tu m’as demandé, « mais comment tu vas, à part ça? », je t’ai dit que ça allait bien sauf que j’avais l’impression que mon front commençait à rider, mais dans le mauvais sens. Tu m’as dit « hein, moi aussi! », j’ai dit « FUCK, penses-tu que c’est le CBD? ». Tu m’as dit « ben non, Pattie, on a juste pas grand chose d’autre à REGARDER ». 

Amor Fati (une exploration) #4

L’autre jour, je faisais une recherche sur les rêveries diurnes et je suis tombée sur des threads d’adolescentes qui racontaient, avec beaucoup de désespoir et parfois même avec de la honte, la manie qu’elles avaient développée de rêver toute la journée comme pour « s’enfoncer dans un monde meilleur ». Elles parlaient de cette propension à réitérer sans cesse dans leur imaginaire un espace où elles pouvaient vivre une autre vie.  Elles se répondaient les unes les autres, tissant petit à petit une toile entre leur bulle respective :

« Je vais avoir 14 ans et je fais pareil que toi, je m’enfonce dans un monde de rêves, une vie meilleure ou je suis qui je veux et où je décide de tout et ça me pourrit la vie car je compare ma vie réelle avec mes rêves et je préfère rêver n’importe où. »

C’est la rêverie comme addiction, puis comme affliction. Plusieurs racontaient prévoir de longs moments pour s’enfermer dans leur chambre et rêver toute la journée, couchées dans leur lit, les yeux grands ouverts. Elles attendaient ces moments de répit, ces moments solitaires pour aller prendre l’air… dans leur rêverie!  

« moi aussi »

« moi aussi, je vis ça »

qu’elles écrivaient, les unes après les autres. Une horde de rêveuses, une armée de créatrices de mondes, des milliers d’imaginaires détournés pour l’anesthésie. Parce que le monde est « pourri », disaient-elles. Ce sont donc des rêveries anti-douleurs qui transportent les adolescentes (j’ai aussi lu des femmes de tout âge) dans des récits fantasmés où elles ont un pouvoir, où ce qu’elles font est significatif. Une illusion qui les font voyager sur des territoires non conquis où elles sont enfin vues, enfin aimées.

Un psychologue a donné le nom de « rêveries maladaptées » à ce phénomène récurrent qui cause tant de désespoir chez les plaignantes. Les psychiatres, n’y voyant pas là un véritable trouble, n’en n’ont jamais fait de diagnostic. Et c’est très bien ainsi:

psychiatres de ce monde, ne vous avisez pas d’éteindre nos rêveries. Elles portent en elles le futur de l’humanité!

Gardez vos mécanismes impersonnels voués au soulagement de la société dans les couloirs de vos mondes morts. Nous, on s’occupe de la vie, compris?

Pour tout dire, j’en ai souffert, moi aussi, de ces rêveries. C’est pourquoi j’ai le cœur qui se serre en lisant ces femmes dont le pouvoir de créer les enferme dans des univers mentaux qui anéantissent le mouvement, qui paralysent leur corps et qui préviennent ainsi l’action dans le monde. Plus elles ont de l’imagination, plus elles s’enfoncent. C’est qu’elles savent créer avec une telle minutie, un tel réalisme, qu’elles en oublient l’origine, la volonté qui les anime. Et quelle volonté!

Chère créatrices de mondes parallèles, on a besoin de vous, ici, là, maintenant. Le temps file, le temps presse. Cessez de donner votre joie aux rêveries. Je sais bien que la douleur du réveil est insupportable, qu’elle semble même INSURMONTABLE, mais elle est surtout incontournable. Affirmer la vie telle qu’elle est ressemble à un sentier miné sur une montagne glacée, mais il n’y a pas d’autres chemins pour participer à la création continue du devenir. 

Pattie 💕✨