Catégorie: Rêve

Les vents stellaires

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Tout était ancré dans les nuages si l’on peut appeler ça un ancrage. Les arbres déchargeaient leurs racines dans les cumulus qui traçaient des éclairs pour rejoindre la croute terrestre. J’avais toujours pensé que les choses étaient solides et durables sous mes pieds, mais là, je réalisais qu’elles n’étaient que de brèves et intenses lueurs ramifiées. On creusait naïvement les fondations de nos maisons dans ces amas naturels de gouttelettes d’eau. En dessous de nos habitations, il y avait des squelettes humains qui tombaient, qui rentraient dans le sol pour aller rejoindre le manteau terrestre. Tout ce qu’on érigeait tenait sur la disparition de nos ancêtres. En suspension dans l’atmosphère, il fallait maintenir l’équilibre entre nos ascendants et notre ascension, il fallait accueillir la mort comme notre propre fondation. Sinon, on allait s’écrouler pour de bon. Le feu du soleil traversait les lignes des stratus. Les rayons se liquéfiaient durant le processus. Je réalisais que ce que j’avais toujours appelé « la pluie » était en fait des particules de lumière. Elles cherchaient à rejoindre la nappe phréatique après avoir recueilli les odeurs subtiles de notre peau. Moi qui suis confuse depuis des mois, j’apprenais que la clarté était toujours accessible à qui savait reconnaitre son prisme dans les offrandes du ciel.

Je pensais que j’étais en chute libre dans le monde que je redécouvrais, mais une sensation de légèreté m’a rappelé que j’étais supportée par le même parachute que mon fils m’avait dessiné. C’était peut-être pour me montrer que la vie se trouvait dans l’atmosphère et pas seulement sur la Terre. Elle provenait de l’univers qui nous renvoyait tout le temps sa lumière et, avec elle, sa chaleur. Les photons portaient le message qu’à notre naissance, on étaient des feuilles d’automne déjà rougies, détachées de leur rameau. On étaient arrivées pour préparer la dormance de nos mères, la semence de nos filles. On avait d’abord été bercées durant des milliards d’années par les vents stellaires, pis transportées jusqu’ici pour réapprendre la liberté dans la pesanteur et la douleur. Le même souffle sidéral nous offrait la grâce de mourir sur nos nervures avant de retourner dans l’aventure. Je me suis réveillée en me demandant pourquoi, mais POURQUOI, j’avais tant de mal à me déposer.

Les possibles

Je t’ai dit que c’était terrible parce que je réalisais que je ne voulais pas m’engager dans la vie et ça t’a fait sourire à cause de tous mes diplômes, de tous mes projets, pis de nos enfants, pis du fait que tu aies été le seul homme dans ma vie, mais je t’ai dit que tu comprenais mal ce que je voulais dire, que dans ma tête, je ne m’engageais pas, que je vivais au CARREFOUR DE TOUS LES POSSIBLES, que c’était dans ce carrefour que je voulais m’enraciner, là où je n’avais pas à faire de choix, là où je n’avais pas besoin de prétendre avoir un contrôle sur ma vie. Je t’ai dit que je me sentais prise dans une sorte d’ÉTHER de potentialités avec mes CRISTAUX pis mon crisse de TAROT, un ÉTHER duquel je ne savais pas comment sortir et que c’était pour ça que je voulais qu’une ARCANE MAJEURE ou qu’un ALIGNEMENT DE PLANÈTES choisisse pour moi, que c’était ça l’affaire, que ce n’était même pas une question de liberté, parce qu’au contraire,

« JE SUIS LIBRE COMME L’AIR SO PUT ME IN A FUCKING BOX I WON’T COMPLAIN JE TE JURE MAIS SCELLE LES JOINTS BEN COMME FAUT POUR PAS QUE J’ME FAUFILE »

Tu m’as dit BON BON BON, calme-toi, je suis là pour toi. J’ai dit : non. Arrête. Je t’ai quitté. T’as dit ouin pis.

L’autre jour, j’ai rêvé que j’étais dans une PISCINE, que le ciel était BLEU. Je me suis même dit « c’est les tropiques ici, c’est MERVEILLEUX». Toi tu étais sur le bord, tu réparais nos affaires. Je me vautrais sous l’eau, je veux dire, tu sais comme j’aime nager, comme j’aime être immergée. À un moment, je me suis rendu compte qu’il y avait une TOILE sur la piscine, que je ne pouvais même PAS VOIR à l’extérieur. Je me suis dit que tu l’avais mise là pour me protéger, comme d’habitude. J’étais euphorique. Je me roulais dans l’eau chaude : rien ne pouvait m’arriver. Je n’avais même pas peur de manquer d’air. Je pouvais encore m’imaginer le ciel BLEU. TOUT ÉTAIT POSSIBLE. À un moment, j’ai nagé jusqu’au bord de la piscine et j’ai soulevé la TOILE. Tu t’es penché avec un sourire bienveillant. Je t’ai demandé si le ciel était toujours aussi BLEU. Tu as ri chaleureusement en me disant doucement « pas vraiment, non : c’est l’hécatombe ici, Pattie !». J’ai soulevé un peu plus la TOILE et j’ai regardé le ciel : les nuages noirs, OPAQUES, bougeaient vraiment, mais vraiment trop vite. Ils s’accumulaient vers nous. C’était terrifiant. Tout allait exploser, tout allait nous emporter, tout allait nous détruire. Je suis sortie à la course me mettre à l’ABRI. Il faisait froid. Je tremblais. T’étais calme, tu rangeais lentement nos affaires en me lançant des regards rassurants. C’est qu’il y avait quelque chose qui se jouait entre moi et la tempête. J’étais comme connectée à elle. Je savais exactement à quel moment il y aurait des coups de tonnerre, je veux dire, je les sentais venir dans tout mon corps. Tout devenait irrémédiable. On aurait dit que LA TEMPÊTE, C’ÉTAIT MOI. J’avais tellement fucking peur.

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