✨ Manifeste céleste ✨

Le petit dernier est arrivé, entre deux expéditions dans le bois, le voici, le voilà !

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Quatrième de couverture :

Moi, Gémeaux ascendant Sagittaire, j’apprends à devenir une plante, l’espace d’un livre, d’un parcours spirituel, avec ses résistances, ses engagements, ses frustrations, ses désistements et ses extases. C’est avec une pelle, un sécateur et mes pieds que j’ai ouvert le sentier sur lequel j’ai traîné le bagage critique d’une femme qui a passé beaucoup de temps à l’université. Je l’ai gardé, ce bagage, même si je l’ai un peu remodelé, parce qu’au final, c’est lui qui peaufine, qui sculpte, et qui fait shiner une destinée.

Historienne de l’art, horticultrice-arboricultrice, forestière et yogini, Pattie O’Green nous entraîne dans l’univers des yogis qui nous expliquent la vie, des déesses néolibérées, des fuckboys spirituels, des sirènes en sac de couchage et des jardiniers-bénéficiaires d’un CHSLD. Elle y explore les rapports à la nature et au corps sur les chantiers d’horticulture, dans la forêt urbaine et lors de longues randonnées dans le bois, mais c’est par la danse, la masturbation féminine et le rêve chamanique que le cœur finit par s’ouvrir.

Merci à toute l’équipe des Éditions du Remue-Ménage, à Laurence Côté-Fournier (éditrice) et à Delphine Delas (illustratrice).

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Quand j’étudiais au Jardin botanique, je me disais que j’avais la plus belle école du monde. C’était extraordinaire de pouvoir étudier les plantes indigènes comme exotiques et de les trouver réunies en un même endroit. Elles étaient déjà identifiées, classées au genre et à l’espèce, je veux dire : que vouloir de plus? J’aimais tellement marcher dans l’arboretum, cet endroit qui ne ressemble ni tout à fait à un aménagement paysager urbain, ni à une forêt. Où il y a suffisamment d’espace entre les arbres pour que ceux-ci atteignent leur plein déploiement. Au jardin botanique, on découvre les végétaux par des thématiques qui peuvent être un genre, une espèce ou encore un type de jardin comme le jardin japonais, je jardin alpin ou encore celui des premières nations. Mais je n’ai jamais eu un véritable sentiment de liberté en marchant dans le jardin botanique. J’irais même jusqu’à dire qu’il y a là-bas quelque chose d’oppressant en ce que le regard y est entièrement construit : intéressé, biaisé, contrôlé. On s’y déplace librement, mais pas tant.

Le jardin japonais du Jardin botanique de Montréal, lors d’une ballade aujourd’hui.

Je n’avais jamais pensé à l’aspect colonialiste des jardins botaniques avant de rencontrer une professeure de McGill qui m’a fait part de ses recherches sur le sujet. J’ai ensuite collaboré avec une artiste qui posait un regard similaire sur les collections de plantes, ce qui m’a poussée à faire mes propres recherches et à développer une pensée critique sur la chose. Cela a mis des mots sur cette oppression ressentie. Le savoir botanique a non seulement grandement participé à la constitution des empires coloniaux, mais ces empires ont, avec le temps, complètement saccagé la nature. Le lien entre le fait de collectionner les plantes, le colonialisme et la destruction de l’environnement n’est pas anodin. Les plantes que l’on déracine de leur lieu d’origine servent avant tout à mettre en valeur l’institution du jardin botanique elle-même. Le prestige d’une collection se mesure à son nombre de plantes côté « W » (pour wild) qui veut dire une « espèce pure », indigène, dont les semences ont été récoltées dans leur milieu naturel non affecté par l’être humain. Ce n’est pas un amour pour la nature, mais plutôt un esprit de compétition qui est le moteur du concept de jardin botanique et, à travers cela, la volonté de préserver et d’éduquer.

C’est beau, de la nature organisée. C’est « propre ». C’est rassurant, aussi. On peut même y marcher en talon haut. Mais quand je marche en forêt, les arbres et les herbacées ne ressemblent pas aux spécimens qu’entretient et préserve le jardin botanique. Dans leur milieu naturel, les plantent se manifestent autrement. Imparfaites, pleine d’irrégularités. Si le Jardin botanique m’a bien servi pour mes examens d’identification de plantes, côté véritable connaissance des plantes (et non simple reconnaissance), j’ai dû tout réapprendre. J’y ai appris, par exemple, quelles plantes se côtoient lorsqu’on ne les force pas à cohabiter ou encore quels arbres ou arbustes s’installent systématiquement dans une pente quand on ne les contraint pas à un sol plat…etc. Bref, j’ai compris ce qu’était un écosystème et je sais que celui-ci n’a peu ou rien à voir avec un thème.

Le jardin botanique est beau comme une œuvre d’art de paysage peut être belle, c’est pourquoi l’historienne de l’art en moi trouve cela enivrant d’expérimenter une telle œuvre, pendant que la sémioticienne déconstruit la chose en tant que système de représentations colonialiste. L’horticultrice est en extase devant autant d’espèces réunies, pendant que la fille des bois se sent oppressée par cette nature bien trop organisée. C’est le fun d’être multifacette, on s’ennuie jamais !

quick memo 24

En allant faire de la rando à Val-David hier, je suis tombée par hasard sur un Festival du dessin de caricature qui se tenait dans l’église du village. J’ai toujours adoré le dessin et ses différents genres que je pratique quotidiennement via mon journal intime, un journal qui a toujours été avant tout illustré. Mais je dois dire qu’il y avait une exception à mon amour du dessin et c’était la caricature. En visitant l’exposition, j’essayais de comprendre ce qui m’agressait dans ce genre de dessin. Je crois que c’est le fait que l’on découpe les visages en morceaux afin de faire ressortir les traits les plus compromettants. Le visage n’y est pas présenté comme un tout duquel émane la vibe d’une personne, mais on l’aborde comme un ensemble de traits soulignés en gras. Comme disait Barthes, dans certaines images (ou photographies), on reconnaît les gens. C’est le cas pour les images caricaturales. Par contre, dans d’autres images, on les « retrouve », on retrouve leur aura ou quelque chose comme ça. Je préfère ça. N’empêche, à la fin de ma ronde, je commençais à apprécier ce que je regardais. Ce qui m’apparaissait comme une pratique uniforme ne l’était plus. Je réalisais que chacun avait son propre style. Ça, en revanche, ça me touche.

Dans mes cours de dessin à l’université, on apprenait avec un livre qui raconte que si l’on peut écrire à la main, on possède déjà plus que la dextérité manuelle de base pour dessiner. Car dessiner, ce n’est pas seulement une affaire de motricité fine, mais une capacité à voir les choses, dans son esprit et dans le monde, comme un ensemble d’ombres et de lumières qui n’ont pas de limites définies. C’est pourquoi approfondir ma pratique de dessin a toujours été une question de plonger davantage dans ce switch de perception plutôt que de développer des habiletés manuelles ou des capacités à reproduire quelque chose avec exactitude. Méditer est souvent le meilleur échauffement pour faire taire cette partie du cerveau qui cherche trop à cerner des formes. Quand elle est silencieuse, cette partie-là, on découvre quelque chose d’assez fascinant, quelque chose d’hyper constant sur lequel nous n’avons même pas de contrôle : notre style.