Catégorie: Crée une théorie

Les femmes de fond

Je suis presque nostalgique, non mais j’exagère, je le sais, mais des fois, je me dis qu’au moins, avant, on les nommait comme telles, les muses : on avouait qu’il y avait des femmes inspirantes qui ne matérialisaient pas forcément leurs perceptions, leurs désirs, leurs idées en quelque chose qui serait voué à un public dans le but d’une reconnaissance de leur existence.

Je dis ça pour provoquer. Je sais bien que ce n’était pas un choix, surtout quand on pense à l’effet Matilda et à d’autres phénomènes courants comme celui-là.  Les muses étaient condamnées à l’éther pendant que des hommes travaillaient pour de vrai, eux, à traduire l’invisible en de véritables chef-d’œuvres. Elles étaient des canaux pour la créativité, des êtres sans frontière : ce qu’elles produisaient ne pouvait leur appartenir. C’était le résultat d’un contact avec l’éphémère, quelque chose qu’on attrapait au vol pour se l’approprier sans culpabilité.

Ceci dit, les choses n’ont pas tellement changé, elles sont seulement davantage dissimulées.

Il y a des femmes, des créatrices, des intellectuelles, aujourd’hui, qui ont l’audace, oui, l’audace, de s’affranchir des territoires, des tribulations de l’égo, de l’édification de leur nom. Celles-là, on les pille sans même les appeler des muses ou des inspiratrices. On les pille sans même les nommer parce qu’aujourd’hui, ce serait risqué! Si on les nommait, elles auraient une existence dans le monde. Une armée s’est formée pour qu’on ne les occulte plus. On serait bien obligés de leur céder la place. Le problème, c’est qu’au fil des mêmes luttes, nous avons réfuté l’existence de l’éther. Trop impalpable, trop dangereux, trop lié à une fiction réductrice de la féminité, l’éther n’existe plus. Et, du même coup, les femmes qui ne se manifestent pas dans les réseaux établis non plus.

Les muses d’aujourd’hui sont devenues ce que j’appelle des femmes de fond, comme dans « elles vont au fond des choses ». Ce sont souvent, mais pas tout le temps heureusement, des femmes tapies au fond du décor. Souffleuses malgré elles, on ne les voit que lorsqu’il ne reste que l’arrière-plan, lorsque les personnages principaux et secondaires ont quitté la scène—ce qui n’arrive à peu près jamais parce que personne ne veut quitter l’arène, je veux dire la scène. Si on les montre du doigt, on appelle cela une faveur ou plus joliment « une fleur ». C’est un bonus, une prime, quelque chose qu’elles doivent accueillir avec reconnaissance : « merci de m’avoir pointée, je ne me suis pas battue, je ne le méritais pas tant que ça ». Si bien qu’au final, ça ressemble presque à une humiliation.

L’ennui, c’est qu’aujourd’hui, je vois des femmes opérer ce pillage entre elles. Les affranchies du décor répètent le traumatisme et viennent se nourrir sur les terres sans frontières de celles qui, par choix, par engagement pour la vie, ont décidé de ne pas sur-posséder tout ce qu’elles font. Ce n’est pas par manque de courage, ni par naïveté que ces dernières décident de ne pas se manifester avec autorité, mais par souci de liberté. Elles doivent en payer le prix, de cette liberté, parce qu’elles dérangent et, cela, dès qu’elles ne sont plus tapies au fond du décor. Leur présence révèle qu’il n’y a pas de bravoure dans le fait de se retrouver à l’avant-scène et de dire « c’est moi », au contraire :  la possibilité d’une mort de l’égo n’est pas un véritable risque.

Les « femmes de fond » prennent un vrai risque : celui du partage et de la fluidité. C’est un risque concret, un risque financier. Il est courageux pour une créatrice ou une intellectuelle de refuser d’édifier son être comme absolu et distinct sur le socle vide du regard des autres. Je réfute dorénavant toutes les déformations du mot courage tel que proféré par ceux et celles qui prétendent s’affranchir du décor, ceux et celles qui le méprisent en faisant mine de ne pas le voir. C’est ce fond qui a le pouvoir de les mettre en valeur. C’est ce même fond qui, au final, les nourrit, les voit pleinement, les supporte, ce fond duquel ils se détournent pour aller vers une foule sans fond en disant « c’est moi! » avec, à l’intérieur, la petite voix de l’imposteur.

No wonder!

Les muses existent encore, malgré elles. J’en côtoie plus d’une et elles me confient ces récits qui se ressemblent, ces récits qu’elles n’osent pas raconter de peur d’éloigner ceux qui leur permettent d’obtenir les miettes qui trainent derrière la renommée. Si elles choisissent la liberté, elles doivent s’attendre à être pillée. Ce pillage est subtil, sans doute impossible à prouver, trop facile à diagnostiquer—de paranoïa, par exemple—, puisqu’on pille et qu’on s’enfuit avec l’éther là où la lumière est aussi puissante qu’irréelle, là où l’attribution est formelle, là où le courage n’est que le camouflage de la négation perpétuelle de soi-même et des autres.

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Le ton

L’autre nuit, j’ai rêvé que des infirmières derrière un vaste comptoir m’annonçaient la mort de ma sœur. Elles le faisaient de la même manière qu’on annonce la mort d’un très vieil homme qui porte dans chaque ride de son visage une vie heureuse, une vie remplie; un vieil homme qui s’en va de l’autre côté du miroir avec, dans ses replis, la fierté d’avoir construit plein de choses sur le solage d’un amour inconditionnel. Il aurait reçu un amour en si grande quantité, sous forme d’affection comme de reconnaissance, qu’il n’aurait pas eu peur de quitter ce monde dans la douleur. Pour les proches d’un tel homme, la tristesse liée à son départ comporte une sorte de joie, de soulagement aussi, accompagnés d’un sens de la justice. « Il est mort de sa belle mort », qu’on aurait dit : il a vécu une bien belle vie.

Dans mon rêve, les infirmières, derrière leur comptoir infini, me disaient sur un ton à la fois résigné et rassurant « c’est fini pour votre sœur, elle est partie ». Comme si c’était normal. Comme si c’était le résultat inévitable de l’agonie du cœur et de l’esprit. J’ai d’abord ressenti la résilience que de tels mots, prononcés avec la force de ce ton précis, commandent : une tristesse empreinte de soulagement avec un sens de la justice. Je me suis mise à pleurer, puis j’ai senti la révolte se lever. Je venais de me faire avoir. C’est incroyable comme on peut se laisser tromper par l’infaillibilité d’un ton! Il n’avait jamais été question que ma sœur ferme les yeux pour la dernière fois dans un hôpital psychiatrique, au son des cris et des alarmes, avec la conviction d’être l’incarnation du mal. Ça ne faisait pas partie des possibilités. Il fallait d’abord en sortir, de cet hôpital. Il fallait d’abord guérir et vivre sa vie pour pouvoir mourir pour de vrai. Sinon, au moment où le souffle la quitterait, on n’aurait pas le droit de dire qu’elle est partie, on devrait admettre qu’on l’a tuée.

☆☆☆

Il parait que les cauchemars ont pour fonction de nous aider à intégrer quelque chose qui, sans l’enveloppe symbolique—permettant aussi aux choses de se révéler dans leur vérité—, serait indigeste. Plus tôt, cette journée-là, ma mère me racontait que la psychiatre lui avait exprimé son impuissance face à la complexité du cas que représente ma sœur. Elle lui avait laissé entendre qu’ils avaient tout essayé. Je me suis alors demandé: mais qui d’autres pourraient bien savoir comment aider une femme dont le comportement a été sculpté par ce qu’on appelle à tort des “médicaments”, une femme dont l’identité a été décomposée par des électrochocs? Sans m’en rendre compte, j’ai créé des équations: « nous ne pouvons rien faire » voulait dire « c’est fini » et « nous avons tout essayé » tenait pour « nous l’avons tuée ». C’est cette violence, au cœur du discours psychiatrique, que j’avais captée, puis absorbée. Si je n’ai pu l’identifier sur le moment, dans mon corps, c’est à cause du ton, aussi doux que péremptoire, qui toujours l’habille.

Forêt

20180722_202303Je suis entrée dans ce que j’appelle l’épaisseur de la ville. Je ne connais plus Montréal de long en large, mais je découvre sa consistance en reliant les arbres entre eux : ceux que l’on a produit en serre et au champ, puis qu’on a plantés ici dans l’espoir qu’ils s’enracinent, qu’ils s’élèvent et forment chacun leur petite canopée sans possibilité de communier dans le sol. Entre un arbre et un autre, il y a parfois la 40, d’autres fois la 25. De l’épinette du Colorado au micocoulier, il faut changer de boulevard, traverser la rue ou faire quelques pas dans une patch de gazon affaibli par le sel de déglaçage. Des individus à couronne ont été plantés ici et là, séparément, parce que notre besoin de circuler dans l’ombre est plus criant que celui de laisser peu à peu la nature nous apprendre comment éliminer l’isolement. 12 000 arbres éparpillés, une seule lutte: rester dressés le plus longtemps possible, malgré les rafales, la pollution, les blessures infligées, les ravageurs et, surtout, la solitude. Les arbres protestent en silence et dans l’immobilité la plus complète, ils expriment ce que leur fait subir chaque petit déséquilibre de notre création agonisante.

Qui ne peut se sauver n’a d’autre choix que de se révéler!

Les jeunes arbres le font sous le regard inquiet de leurs aînés qui ont eu la chance de s’enraciner dans des sols encore nourriciers.

Pis moi,

je fais des

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sur Google maps

pour les réunir,

pour les repérer avant de partir dans les

bois

Je 

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chaque jour

une FORÊT qui n’existe même pas.

Rupture

Il paraît que la rupture n’est pas le moment où l’on dit à l’autre  «c’est fini ». Elle arrive bien avant et se poursuit encore longtemps après. C’est assez difficile de cerner les contours de cet événement; c’est pratiquement impossible de trouver le point culminant. Mais il y a, à un moment donné, quelque chose qui ressemble à une FRACTURE. Une sorte de bris dans le ventre qui représente le moment où s’est accumulé trop de fragilité, où s’est installée une rigidité qui nous était jusque là étrangère.

C’est dans la rencontre avec mon ascendant, celui que l’on devient de plus en plus en vieillissant, que quelque chose s’est fracturé. C’est là que la décision de le quitter, lui et UN MONDE AU GRAND COMPLET, s’est imposée. Parce que c’est un monde qui s’effondre quand on met finalement le pied dehors et que l’orteil pointe vers un ailleurs. Même si, cette rupture-là, je l’avais initiée il y a longtemps avec moi-même. Comme bien d’autres, je m’étais appliquée à créer un foyer impeccable pour les enfants, quelque chose d’intéressant, de stimulant, de beau. Un endroit avec une routine, du linge propre, un souper sur la table avec les quatre groupes alimentaires dedans. À la longue, j’avais même plus envie de me retrouver là, mais j’y abandonnais mes enfants comme s’ils y trouveraient LEUR PROPRE VOIE. Parce que j’avais fait ça

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J’avais créé dans le sens de CE QUI SE DOIT et je savais que je n’allais jamais atteindre cette chose étrange qui devait être parfaite. Il y avait toujours des affaires à peaufiner parce que la voisine, parce que la cousine, parce que LES AUTRES.

La rupture, ça commence TOUJOURS avec LES AUTRES.

Ces autres que l’on croit, ces autres qui ne se connaissent même pas. Ces autres qu’on envie par pur réflexe. Ces autres qu’il a laissé entrer AU CŒUR DE CE QU’ON AVAIT CRÉÉ de plus

singulier_36078.gifOn n’avait plus rien à se dire de vrai: CE SONT LES AUTRES QUI PARLAIENT, qui s’engueulaient. Ces autres qu’on portait comme des manteaux trop petits.

La rupture est un fracassement qui ne finit plus, une cassure qui dénude petit à petit. Je n’ai rien trouvé d’autre à faire que de m’asseoir en lotus chaque soir. Parce qu’il faut être patient avec le temps. Il « FAIT BIEN LES CHOSES« , comme on dit. Mais il ne fait rien pantoute, l’esti de temps! J’ai campé dans les limbes jusqu’à ce que j’arrête d’attendre quelque chose qui n’arriverait pas, jusqu’à ce que j’arrête de croire qu’une porte s’ouvrirait pour que je puisse offrir au monde le meilleur de moi. Les limbes n’existent pas sans l’attente, c’est pour ça qu’elles sont disparues dès mon premier pas. J’étais de retour chez moi, mais c’était un “moi” que je ne connaissais pas, un « moi » qui ne s’apprivoise même pas.

Justesse

Ses larmes m’agressent comme s’il me pleuvait des couteaux japonais dans l’estomac. Des couteaux aiguisés juste pour moi, des couteaux qui me connaissent par cœur. Accolée au pied du mur, mobilisée contre mon gré, je pose ma main sur son épaule: « je suis là ». Je n’y suis pas. C’est parce qu’il y a le théâtre de ses émotions, celui qui vient avec des histoires, des build ups, des personnages principales et secondaires, une ascension, une fin racoleuse. Je ne veux pas être divertie. J’accueille en absence, en silence, mais je ne crois pas aux larmes et aux mouchoirs qui viennent tout juste après la fin d’une histoire. Je veux dire : je ne crois pas aux histoires qu’on arrive à finir. Je sais faire la différence. C’est mon corps qui résiste. Je me suis donnée cette exigence de ne plus applaudir au risque de faire mal. C’est pour moi l’inverse de l’indifférence puisque je suis toujours celle qui reste le plus longtemps dans l’audience.

La pile

Partout les éloges de l’éphémère. C’est comme une mode, l’impermanence. On l’érige comme une loi universelle ou une vérité parce que les choses ne durent pas. Qui dit mieux? Personne, parce qu’on ne demande pas à être contredit. Être en paix avec l’éphémère, c’est comme la plus grande réussite zen du siècle. Puisque les choses ne durent pas, à quoi bon y mettre ses reins ou ses tripes?

Comme si l’impermanence n’était pas une simple facette de ce qui dure, l’autre côté de la même pièce. J’exige qu’on me dévoile toutes les variations entre ce qui reste et ce qui part! Je sens que le fil est continu, et qu’il n’est pas linéaire pour autant. Parce qu’il y a aussi ce qui nous construit : les cycles. Les choses ne disparaissent pas pour toujours. Les choses reviennent au moment où on cesse de les attendre. Exercice tout à fait impossible pour la pensée obsessionnelle.

J’ai lu quelque part que l’attente était le premier signe de toutes les maladies mentales. L’impératif « il ne faut pas attendre » est  son revers. Il n’y a qu’un pas entre celui-ci et la violence. Bref, les deux postures ont la capacité de nous rendre dingues. Apparemment, l’espoir, c’est ok, mais il faut apprendre à gérer la déception. Ça, c’est une autre histoire.

Puis il y a ce qui nous détruit et qui ne nous rend pas pour autant plus fort. Pas plus fort, j’insiste. Ni plus faible. Parce que parfois, les choses  s’écroulent : la maison, l’amour, la santé, les rôles, les mots. Tout ça peut s’écrouler et ça n’a rien à voir avec l’impermanence. C’est autre chose. Ça fait une pile, je veux dire, on fait une pile avec tout ça. C’est la pile qui reste, quand les choses s’écroulent. Il est peut-être là, le fil : dans la pile.

☆ Horoscope décembre 2017 ☆ Vie = mouvement💫 « Dance is the hidden language of the soul » Martha Graham

Une fois par mois, je m’assois et j’étudie l’alignement des planètes des prochains 30 ou 31 jours à venir pour toi. J’intuitionne, avec mes livres d’astrologie antirubrique de magazine pis mes antennes ultra-cosmiques, un horoscope avec des guidelines, des choses à réfléchir, des idées à approfondir pour ton signe et ton ascendant. Ce mois-ci, ça se passe sur le thème du

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 Je parle du mouvement propre à la vie, celui qu’il faut accueillir, celui avec lequel il faut apprendre à danser. C’est un mouvement qui comporte ses propres lois, un mouvement qui nous dit qu’on ne peut recevoir ce que l’on souhaite ardemment, même en travaillant très fort, si l’on n’a pas relâché d’abord ce qui ne nous apporte plus : des idées, des croyances, des gens, des objets. Il faut faire de l’espace pour ce mouvement. Je parle du mouvement de l’être et non celui de l’avoir. Les choses changent et le réflexe est de s’accrocher à des pensées, des projets, des gens, mais ce mois-ci, les astres t’aident à faire confiance au mouvement de la vie.

À l’approche des fêtes, il y aura des occasions pour donner : des choses, des mots, de l’amour. Fais-le! Il y aura aussi des occasions pour recevoir : des choses, des mots, de l’amour. Prends-les! Mais avant, fais du ménage. Fais de l’espace dans ta maison, dans ta tête, dans ton cœur, dans ton corps. Faut que ça circule! Soigne tes intentions surtout en ce qui a trait à la consommation.

Aussi, à l’approche des fêtes, il y aura des occasions pour danser. Do it!

Ce mois-ci, avec ton horoscope en mouvement, je te questionne, pis je te jumelle à une super danseuse moderne ou contemporaine. Laisse là t’habiter, laisse là te guider.

 

Événements marquants :

On commence le mois avec la fougueuse Vénus qui entre dans la constellation de la libre Sagittaire. La pleine lune de mois de décembre illumine la pétillante Gémeau et, à ce moment, c’est le début de la rétrogradation de Vénus. Le 5 décembre, Chiron est directe et samedi, le 9, Mars visite le Scorpion. Le 16 décembre, Cérès rétrograde alors que Juno visite la constellation du Verseau. Le lendemain, Pallas est direct. Le 18 décembre, notre nouvelle lune est en Sagittaire. Le 21, le soleil visite la constellation du Capricorne et le 22, c’est la fin de la rétrogradation de Vénus qui entre à son tour dans la constellation du Capricorne. 

*Le féminin est employé pour faire danser le texte.

 ☆☆☆

♈ Bélier

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Pourquoi je remets à plus tard ce qui me tient le plus à cœur, ce qui m’habite, ce qui me ferait grandir? De quoi ai-je peur? D’être casée, d’être fixée, de ne plus pouvoir me mouvoir? Pourtant, je stagne. Cette retenue me paralyse. Les réalisations ne sont pas des choses inertes, sur lesquels on s’assoit. Les relations non plus, je veux dire: elles ne sont jamais acquises et, par conséquent, je ne suis jamais acquise! Personne ne peut me camper dans un rôle, une définition de mon identité. Peu importe ce que je fais, je n’ai qu’à y insuffler du mouvement, des possibilités, dont celle de changer d’idée. Mais avant, il me faut essayer, foncer, m’engager. Si je ne m’engage pas, je ne bouge pas. Je dois donc me défaire de cette croyance que l’engagement est une fin, une mort. J’apprends à percevoir l’engagement comme une aventure. Je plonge.

Dancing on the edge is the only place to be.

Trisha Brown

♉ Taureau

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Pourquoi, contrairement à bien d’autres, je ne peux pas vraiment compter sur les autres, la société, pour réaliser mes projets et atteindre mes objectifs? Pourquoi cela ne m’est pas accessible? Pourquoi je dois apprendre tout par moi-même et faire tout toute seule pour arriver à des résultats qui ne sont même pas à la hauteur de mes espérances ou de ce que je mérite? Moi, signe de terre, j’ai passé beaucoup de temps à m’ancrer, à me grounder dans un monde qui ne me correspond pas vraiment. J’ai fait ce qu’il fallait pour être forte, mais je comprends qu’il est temps d’apprendre à vivre dans l’eau, à comprendre sa fluidité, ses courants, ses caractères changeants. Si j’ai développé une sécurité sur la terre ferme, le changement, les marées, me font encore peur, me questionnent. Je voudrais pouvoir m’ancrer définitivement, mais c’est impossible. En tant que Taureau, je suis dans ce monde pour apprendre à compter sur moi et moi seule, et cela, je dois le faire en accueillant le mouvement incessant des choses qui m’entourent, des situations dans lesquelles je me trouve, des émotions que je vis.

Feelings are facts

Yvonne Rainer

♊ Gémeau

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Pourquoi les choses prennent-elles tant de temps à se concrétiser? Pourquoi mes prises de conscience ne se reflètent pas immédiatement dans le monde? Pourquoi je me retire du monde, alors que je suis une Gémeau, portée vers les autres, la vie publique, le monde extérieur? J’ai peur de m’y perdre. J’ai peur de ne plus pouvoir bouger dans ce monde où chacun joue un rôle qui semble prédéterminé. Dans ce monde où l’on peut difficilement explorer son identité, où l’on peine à déroger de ce que les autres veulent que l’on soit. Pourtant, en me retirant, je n’accomplis pas suffisamment de choses en mon goût. Je ressens une énergie inexprimée, une force vitale à partager. J’ai peut-être oublié que le monde était mouvant et que ma présence à moi, Gémeau, porteuse de vérité, pouvait contribuer à le rappeler aux autres. J’ai peur de l’inertie du monde, alors je reste inerte dans le mien. Il est temps d’accueillir les grands mouvements et de tenter de nouvelles choses, de prendre des risques. Et si l’on me fige, je reviendrai dans mon refuge pour retrouver la source du mouvement avant de revenir là où je dois me réaliser : dans le monde!

I imagine a future where many of us will call ourselves dancers and collaborate to make an art which concerns itself with primary areas of life.

Anna Halprin

 

 ♋ Cancer

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Pourquoi ai-je tout le temps peur de déranger certaines personnes? Pourquoi ai-je la crainte de perdre ceux que j’admire le plus? Comme si je les possédais! Pourtant, je n’admirerais pas autant ces gens si je pouvais réellement les figer, les garder tout près de moi à ma guise. J’aime leur liberté, leur mouvement libre dans le monde, leur énergie vitale. C’est cela que j’admire le plus. Mon attachement aux autres me fait oublier que je ne suis pas en train de me mouvoir avec eux, mais que je suis plutôt constamment dans une sorte d’attente. Comme si je n’avais pas accès à cette liberté, à cette reconnaissance de mon être, aussi! Et à cette admiration. Imiter une personne qui m’inspire est un bon début, mais ce ne sera jamais une fin, car je me sentirai toujours un cran inférieure. Je m’efforce de ne pas m’attacher au mouvement de l’une ou de l’autre, de ne pas me comparer non plus, mais d’apprendre le langage du mouvement à partir de qui je suis, de ce qui m’anime réellement.

 Infinity being here in the ocean of our mind.

Carolyn Carlson

 

♌ Lion 

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Je suis Lion aka « go with the flow ». J’ai le mouvement qui coule dans mes veines. J’ai l’âme voyageuse. Pourquoi je paralyse dès que j’ai l’impression qu’une personne de mon entourage ou de mon domaine ne m’apprécie pas à ma juste valeur? Pourquoi le temps s’arrête, l’espace se rétrécit et mon corps se fige dans la douleur, la colère, la tristesse chaque fois? Je dois apprendre à danser avec mes relations interpersonnelles, à accueillir la possibilité de ne pas être aimée telle que je suis. Comme je suis top dans le mouvement, j’ai tendance à me changer pour m’assurer de plaire. Je dois me rappeler que le véritable mouvement part du centre, d’une intégrité. L’intégrité est ce qu’il y a en moi d’inaltérable. C’est avec cette intégrité que je navigue dans un monde changeant où mes rencontres peuvent aussi bien avoir une aura de bienveillance qu’une aura de malveillance. C’est avec cette intégrité que je peux véritablement voir l’autre et ressentir de l’amour. C’est avec cette même intégrité que je peux me regarder et m’aimer. L’intégrité est une force qui, lorsqu’elle est bien maitrisée, permet d’explorer tous les possibles sans crainte d’être aimée ou non.

Je ne peux pas me contenter de spectacles où il n’y aurait que de jolis mouvements.

Mathilde Monnier

 

♍ Vierge

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Pourquoi je réagis d’un extrême à l’autre? Pourquoi mes humeurs changent et que mon degré d’attention à l’autre aussi, de manière drastique? Je me dis que je suis vivante, que je suis changeante, que je vis des émotions. Je suis une personne sensible. C’est comme ça. Il me manque pourtant ce qu’il y a de plus beau, de plus délectable dans cette vie. Il me manque tout le spectre entre les extrêmes. Il me manque les subtilités qui forgent mon être. Il me manque donc le véritable mouvement. Un mouvement fluide plutôt que saccadé. Un mouvement sans grand sauts qui m’apporte la conscience du chemin, de tout ce qui me mène d’une émotion à l’autre: le mouvement qui m’offre la possibilité de naviguer à ma guise au cœur de mon être. Le véritable contrôle, ce n’est pas la retenue jusqu’à l’explosion. Le véritable contrôle, c’est plutôt le mouvement interne, ma capacité à danser avec mes émotions, à les ressentir dans toutes leurs subtilités.

« If you don’t do your dance, who will? »

Gabrielle Roth

 

♎ Balance

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Pourquoi je suis constamment en mode survie? Pourquoi je crée des situations qui me mettent dans un rush perpétuel? Pourquoi j’ai souvent l’impression d’aller au combat dans mes activités quotidiennes? Je suis vivante, que je me dis. Il faut que ça bouge. J’ai plein de projets, j’ai plein d’idées. Je n’ai pas envie d’en faire moins. C’est normal que je sois à bout de souffle. Ça bouge, mais ce n’est pas tout à fait fluide. Il y a plus de « il faut » que de liberté dans mon cœur. Ça m’éloigne de mon centre, ça m’éloigne de mon corps. Ça bouge de l’extérieur, mais à l’intérieur, il n’y a pas d’espace pour le mouvement. C’est bien là que ça bloque: dans ma manière de voir les choses, dans ma manière d’accomplir mes tâches. Je pense toujours à la prochaine chose à faire. J’ai beaucoup d’ambitions, mais mon enthousiasme s’estompe un peu. Je dois donc m’efforcer d’être présente dans la réalisation de toutes ces choses, de tous ces projets, de toutes ces tâches, car, quelque part, je les ai choisies. Je dois honorer ce que j’ai créé, non pas seulement de l’extérieur, mais depuis l’intérieur. J’apprends à choisir. De cette manière, un mouvement naturel ravive mon enthousiasme et mon énergie.

I think there has to be a marriage between the scientific and the soulful side to who we are, the spiritual side of who we are, it doesn’t have to be something outside of oneself, but in the body.

Margie Gillis

 

 ♏ Scorpion

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Pourquoi les choses, les gens, les projets auxquels je tiens semblent souvent me filer entre les doigts? Pourquoi, malgré mes efforts, certaines choses m’échappent? Je suis une personne appliquée, c’est l’une de mes plus grandes qualités. On peut compter sur moi. Je m’assure que les choses se déroulent bien, que les gens se sentent bien. Je le fais avec beaucoup de bonne volonté et de générosité, mais je ne me rends pas compte que je m’attends à quelque chose en retour. J’attends une reconnaissance. Une loyauté, aussi. J’oublie de me détacher du résultat et mon acharnement fait parfois l’effet inverse de ce que je souhaiterais. Les gens que j’admire, les gens libres, ressentent mes gestes comme étant empreints d’un désir de pouvoir. Ils se sentent utilisés. En tant que Scorpion, c’est souvent lorsque je me détache que les autres me perçoivent réellement et que ma vie devient plus fluide. Par ce détachement, j’apprivoise l’impermanence de tout ce qui m’entoure et cela comprend les relations humaines. J’apprends à ressentir le mouvement propre à la vie, c’est-à-dire un mouvement cyclique et non linéaire, plutôt que de tenter de « gravir des échelons ». Je réalise que cette dernière idée est une illusion.

I no longer need to have what I see as the surface of the dance so connected to the underlying structure.

Lucinda Childs

 

♐ Sagittaire

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Je suis une adepte du moment présent, du mouvement. Je suis éveillée, presque tout le temps stimulée. La vie me passionne, les gens aussi. Pourtant, j’ai du mal à m’énergiser. Je me sens souvent fatiguée. Lorsque j’arrête tout, je ne me sens pas plus énergique, car j’ai besoin de faire des rencontres, de partager, d’échanger. J’ai besoin de nouveauté. J’ai du mal à reconnaître que ma fatigue provient d’une surstimulation. Je ne prends pas suffisamment le temps d’entrer dans l’univers des autres, de les écouter profondément. Je surfe un peu en superficialité et, par là, j’oublie de m’ouvrir pour recevoir ce que les autres ont à m’offrir. Je me meus dans la vie de manière frénétique. J’oublie parfois que le mouvement peut être lent et gracieux et qu’il n’est pas pour autant figé. J’apprends à prendre le temps, à ne pas passer immédiatement au numéro suivant. J’approfondis mes relations. Je donne généreusement, ce qui est mon habitude, mais je n’oublie pas de m’ouvrir afin de recevoir moi aussi, l’énergie dont j’ai besoin.

Quand je danse, il y a deux « moi » qui cohabitent : l’un qui ne se contrôle plus, en état de transe, et l’autre qui regarde avec lucidité le premier.

Carlotta Ikeda

♑ Capricorne

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J’apprivoise tranquillement les polarités qui m’habitent, les émotions contradictoires qui me traversent, les désirs paradoxaux qui me propulsent. Je comprends que je ne trouverai la paix que de l’accueil de ce mouvement incessant de ma vie intérieure. Je réalise que c’est parce que je suis vivante, connectée, vibrante que les choses ne sont jamais simples, mais toujours duelles, éclatées, complexes. Ainsi, j’essaie de ne pas résister, car cela ne fait que nourrir une détresse, celle d’une âme qui veut s’exprimer, vivre son potentiel. Lorsque je choisis, je comprends que je ne suis pas en train de mettre fin au mouvement qui m’anime, qu’il ne s’agit pas de laisser inertes des parties de moi-même. Mon monde intérieur vivant continue de me propulser et j’en récolte les énergies pour créer ce qui me tient le plus à cœur. Je prends conscience de mon activité mentale incessante, celle qui nourrit des peurs comme des désirs, et je tente de la calmer en me concentrant sur le simple mouvement de tout ce qui me traverse.

Il y a une grande intelligence du corps, une grande complexité du corps, une multiplicité de corps avec lesquelles j’essaie de composer.

Marie Chouinard

 

♒ Verseau

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Je réfléchis sur la notion de « faire » et sur celle de l’ « être », car j’ai tendance à confondre les deux et à me définir par ce que je fais. Je m’accroche à cette identité et en oublie le mouvement fondamental qui anime mon énergie vitale. Cet attachement me prévient non seulement d’explorer les multiples facettes de mon être qui ne souhaite que gagner de l’expansion, mais il me fait vivre beaucoup d’anxiété. Je prends alors conscience que mon « je suis » repose très peu sur ce que je fais, mais sur ma manière de le faire, mon élan. Je m’imagine être dans l’incapacité de faire quoi que ce soit et je retrouve ma valeur qui ne dépend d’aucune de mes activités. Je comprends que le « faire » n’est pas mouvement, mais contraction. L’être, quant à lui, est pur mouvement. Je m’efforce de me connecter à ce mouvement avant tout, d’agir à partir de ce lieu des possibles que je porte en moi. Je comprends qu’en me détachant du faire, je cesse de contracter mon propre univers.

Ma danse est un dialogue avec le cosmos, et l’on doit prendre l’énergie de la Terre. Nos pieds sont nos racines, la poitrine le Soleil, les fesses la Lune, le pubis les étoiles, la colonne vertébrale le serpent de vie.  

Germaine Acogny

♓ Poisson

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J’ai une facilité à ressentir le mouvement de la vie. Je suis le signe de la fluidité et j’accueille l’impermanence, mais elle m’insécurise, surtout lorsqu’il s’agit de ma situation matérielle. Je voudrais régler certaines choses une bonne fois pour toutes, car je crois que cela me permettrait de me sentir plus libre, de vivre une vie plus fluide. J’oublie pourtant par là la nature de la vie et ma propre nature qui repose sur un mouvement incessant. C’est en m’abandonnant à ce mouvement que je me sentirai libre, c’est en en naviguant les vagues des mes incertitudes, de mes peurs, de mes insécurités que j’agirai le mieux. Je n’essaie pas de retenir ce qui semble vouloir s’éloigner de moi, je fais confiance en la vie et aux choses qu’elle mettra sur mon chemin. Je me recentre régulièrement pour retrouver ma direction. Lorsque je trouve cette direction, je garde conscience qu’une autre chose pourrait m’en dérouter. Les opportunités ne sont pas toutes bonnes à prendre, ce n’est pas parce qu’elles nous arrivent qu’elles ont une importance, une signification. Mouvement ne veut pas dire multiples directions, il veut plutôt dire, dépouiller son intuition des tribulations de l’égo et l’écouter pour mieux agir

Danser, c’est agir. Nous formons nos pairs, des citoyens danseurs.

Emmanuelle Huynh

 

☆☆☆ 

All that is important is this one moment in movement. Make the moment important, vital, and worth living. Do not let it slip away unnoticed and unused.

Martha Graham