Les vents stellaires

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Tout était ancré dans les nuages si l’on peut appeler ça un ancrage. Les arbres déchargeaient leurs racines dans les cumulus qui traçaient des éclairs pour rejoindre la croute terrestre. J’avais toujours pensé que les choses étaient solides et durables sous mes pieds, mais là, je réalisais qu’elles n’étaient que de brèves et intenses lueurs ramifiées. On creusait naïvement les fondations de nos maisons dans ces amas naturels de gouttelettes d’eau. En dessous de nos habitations, il y avait des squelettes humains qui tombaient, qui rentraient dans le sol pour aller rejoindre le manteau terrestre. Tout ce qu’on érigeait tenait sur la disparition de nos ancêtres. En suspension dans l’atmosphère, il fallait maintenir l’équilibre entre nos ascendants et notre ascension, il fallait accueillir la mort comme notre propre fondation. Sinon, on allait s’écrouler pour de bon. Le feu du soleil traversait les lignes des stratus. Les rayons se liquéfiaient durant le processus. Je réalisais que ce que j’avais toujours appelé « la pluie » était en fait des particules de lumière. Elles cherchaient à rejoindre la nappe phréatique après avoir recueilli les odeurs subtiles de notre peau. Moi qui suis confuse depuis des mois, j’apprenais que la clarté était toujours accessible à qui savait reconnaitre son prisme dans les offrandes du ciel.

Je pensais que j’étais en chute libre dans le monde que je redécouvrais, mais une sensation de légèreté m’a rappelé que j’étais supportée par le même parachute que mon fils m’avait dessiné. C’était peut-être pour me montrer que la vie se trouvait dans l’atmosphère et pas seulement sur la Terre. Elle provenait de l’univers qui nous renvoyait tout le temps sa lumière et, avec elle, sa chaleur. Les photons portaient le message qu’à notre naissance, on étaient des feuilles d’automne déjà rougies, détachées de leur rameau. On étaient arrivées pour préparer la dormance de nos mères, la semence de nos filles. On avait d’abord été bercées durant des milliards d’années par les vents stellaires, pis transportées jusqu’ici pour réapprendre la liberté dans la pesanteur et la douleur. Le même souffle sidéral nous offrait la grâce de mourir sur nos nervures avant de retourner dans l’aventure. Je me suis réveillée en me demandant pourquoi, mais POURQUOI, j’avais tant de mal à me déposer.

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