Les possibles

Je t’ai dit que c’était terrible parce que je réalisais que je ne voulais pas m’engager dans la vie et ça t’a fait sourire à cause de tous mes diplômes, de tous mes projets, pis de nos enfants, pis du fait que tu aies été le seul homme dans ma vie, mais je t’ai dit que tu comprenais mal ce que je voulais dire, que dans ma tête, je ne m’engageais pas, que je vivais au CARREFOUR DE TOUS LES POSSIBLES, que c’était dans ce carrefour que je voulais m’enraciner, là où je n’avais pas à faire de choix, là où je n’avais pas besoin de prétendre avoir un contrôle sur ma vie. Je t’ai dit que je me sentais prise dans une sorte d’ÉTHER de potentialités avec mes CRISTAUX pis mon crisse de TAROT, un ÉTHER duquel je ne savais pas comment sortir et que c’était pour ça que je voulais qu’une ARCANE MAJEURE ou qu’un ALIGNEMENT DE PLANÈTES choisisse pour moi, que c’était ça l’affaire, que ce n’était même pas une question de liberté, parce qu’au contraire,

« JE SUIS LIBRE COMME L’AIR SO PUT ME IN A FUCKING BOX I WON’T COMPLAIN JE TE JURE MAIS SCELLE LES JOINTS BEN COMME FAUT POUR PAS QUE J’ME FAUFILE »

Tu m’as dit BON BON BON, calme-toi, je suis là pour toi. J’ai dit : non. Arrête. Je t’ai quitté. T’as dit ouin pis.

L’autre jour, j’ai rêvé que j’étais dans une PISCINE, que le ciel était BLEU. Je me suis même dit « c’est les tropiques ici, c’est MERVEILLEUX». Toi tu étais sur le bord, tu réparais nos affaires. Je me vautrais sous l’eau, je veux dire, tu sais comme j’aime nager, comme j’aime être immergée. À un moment, je me suis rendu compte qu’il y avait une TOILE sur la piscine, que je ne pouvais même PAS VOIR à l’extérieur. Je me suis dit que tu l’avais mise là pour me protéger, comme d’habitude. J’étais euphorique. Je me roulais dans l’eau chaude : rien ne pouvait m’arriver. Je n’avais même pas peur de manquer d’air. Je pouvais encore m’imaginer le ciel BLEU. TOUT ÉTAIT POSSIBLE. À un moment, j’ai nagé jusqu’au bord de la piscine et j’ai soulevé la TOILE. Tu t’es penché avec un sourire bienveillant. Je t’ai demandé si le ciel était toujours aussi BLEU. Tu as ri chaleureusement en me disant doucement « pas vraiment, non : c’est l’hécatombe ici, Pattie !». J’ai soulevé un peu plus la TOILE et j’ai regardé le ciel : les nuages noirs, OPAQUES, bougeaient vraiment, mais vraiment trop vite. Ils s’accumulaient vers nous. C’était terrifiant. Tout allait exploser, tout allait nous emporter, tout allait nous détruire. Je suis sortie à la course me mettre à l’ABRI. Il faisait froid. Je tremblais. T’étais calme, tu rangeais lentement nos affaires en me lançant des regards rassurants. C’est qu’il y avait quelque chose qui se jouait entre moi et la tempête. J’étais comme connectée à elle. Je savais exactement à quel moment il y aurait des coups de tonnerre, je veux dire, je les sentais venir dans tout mon corps. Tout devenait irrémédiable. On aurait dit que LA TEMPÊTE, C’ÉTAIT MOI. J’avais tellement fucking peur.

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