stream of consciousness #1 Énorme

T’es tellement gracieux, je me sens énorme. Pas énorme dans le sens de grosse, ni dans le sens de spectaculaire. Je suis énorme de malaises, énorme d’un glitch entre ma vie intérieure et le mouvement de mon corps dans le monde. J’agis beaucoup, mais comme tu sais, le plus dur, c’est de ne rien faire, de ne pas résister au flux qui, de toute manière, continue. Le plus dur c’est de ne rien faire sans s’amortir. Et de prendre le temps de ressentir.

Vingt minutes pour méditer. Vingt minutes pour courir. Vingt minutes pour lire. Je mesure le temps parce que c’est comme ça que je me donne de l’espace pour être patiente. J’ai toujours su retarder au maximum la récompense, mais là, tu me fais réaliser que je n’ai jamais appris à ne pas l’espérer. Parce qu’être patiente, c’est toujours attendre quelque chose. Je ne veux être ni patiente, ni impatiente. Je veux accueillir comme dans rencontrer intentionnellement et honnêtement les gens, les choses, les situations.  Accueillir sans ressentir l’exigence féminine d’être avenante ou plaisante.

Pour tout dire, ces jours-ci, je suis un peu dégoûtée par les débats sur la science et la pseudoscience. Les deux comportent des représentations du monde qui m’animent, qui font appel à mon imagination. J’aimerais voir les gens tout accueillir, mais aussi tout analyser comme des fictions. La véritable guérison, pour moi, c’est le fait de vivre en adéquation complète avec la représentation du monde qui nous habite, dans le fin fond du fond des tripes. Pour cela, il faut bien qu’elle soit un peu accueillie.

Et je sais bien aussi que j’ai eu l’air ridicule de faire une ode (humoristique, han) à l’homéopathie l’autre jour sur ce blogue, mais c’est qu’elle me fascine, cette « discipline ». Son histoire, ses chercheurs marginaux et acharnés, dont l’un d’entre eux a par ailleurs été nobélisé, qui affirment que l’eau à une mémoire, que ses effets sont vibratoires. Je n’ai pas de données probantes, mais je n’ai qu’à m’assoir près d’un océan, à tuner les 65% d’eau qui me constituent avec les ondulations des vagues pour entendre les bruits des temps les plus reculés.

Je sais que toi, tu m’écouterais te raconter tout ça : tu ne serais pas sur la défensive, tu ne me ridiculiserais certainement pas. Ta rigueur, elle est ailleurs. Dans la conscience, et dans le corps. Je t’admire de vivre selon ce que tu ressens avec le principe de ne pas nuire aux autres, de rester dans l’amour. Cette posture suscite tellement le mépris aujourd’hui. On accuse les gens comme toi de se conforter, de s’illusionner. Pourtant, c’est vraiment un défi, ce que tu fais. Je n’ai jamais rencontré un homme, ni une femme d’ailleurs, avec une aussi grande capacité d’accueil que toi. En plus, t’es féministe, je veux dire, ça va de soi : t’es empathique.

En même temps, je te regarde et j’ai peur des raccourcis intellectuels. C’est pour ça que je lis tout le temps. J’étudie sans arrêt. Je remets tout en question. Je n’accepte pas la médiocrité, ni la suffisance. Mais je sais que cette médiocrité n’est pas moindre à l’université ou dans la communauté scientifique. Il y a longtemps que je ne vis plus dans cette naïveté. La médiocrité n’est pas une question d’intelligence, de classe sociale, d’éducation, de genre, c’est une question de niveau d’empathie.

J’ai aussi peur de la rigidité. Ce que tu appelles « intégrité ». Je trouvais ça étrange que l’une puisse ressembler à l’autre. Plus j’y pense, plus j’y vois du sens. L’intégrité, c’est quelque chose d’intact, d’inaltéré, d’absolu. Je me demande comment l’on peut être intègre sans être rigide. Comment l’on peut vivre son intégrité tout en demeurant souple, ouvert d’esprit, en restant conscient de la malléabilité de l’identité.

Je me dis qu’être intègre, au fond, c’est surtout reconnaître que notre rapport au monde passe par une représentation, une construction. En ce sens, je trouve que certaines personnes, et ce sont souvent celles qui parlent le plus fort, manquent franchement d’intégrité, et par conséquent, de créativité. Ça les rend vraiment petites. C’est dommage.

C’est comme les jalousies féminines. Je les ressens souvent. Ça nous rend tellement petites et tellement énormes en même temps. Quand ça arrive, je me tiens droite, j’ouvre mon cœur, je souris chaleureusement à mes collègues femmes. Je me prends pour un calinours dans l’espoir de désamorcer une dynamique qui m’habite aussi. Je ne veux pas juste quitter le ring pour me faire croire que « moi, j’embarque pas là-dedans ».  Je reste. Je veux guérir. Il me semble que c’est ce que tu ferais toi aussi.

Sinon, je me colle aux quelques gars, façon de parler. Ça se passe surtout dans ma tête. Ils m’apaisent parce qu’ils ne sont pas dans le ring; ils ne le voient même pas. En même temps, je les perçois plutôt perturbés. On dirait que le chemin pour se rendre à leurs émotions, c’est comme un labyrinthe. C’est leur ring à eux. Je sais que tu es passé par là et que c’est comme ça que tu es devenu gracieux. J’essaie de leur faire sentir que je comprends, qu’ils peuvent me faire confiance, qu’ils ne sont pas énormes pour autant.

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6 Commentaires

  1. Fabienne

    Comme toujours, ma Pattie, tu me touches, me fais réfléchir. Tu me donnes autre chose à voir et à saisir. Moi la sceptique de l’homéopathie (après en avoir constaté l’échec sur moi), je me prends depuis des années à regarder pendant des heures l’écume phosphorescente des vagues et à écouter leur chuchotement, comme une consolation atavique. Je ne pense pas que l’eau a une mémoire, mais nous avons certainement une mémoire de l’eau.
    Et j’ai aussi une mémoire des êtres, dont toi. Et j’ai commis vendredi soir un volontaire incident diplomatique en ton honneur. Et j’en suis fière, même si nous étions seulement trois à le savoir : cette personne, mon chum et moi. J’ai dit à cette oersonne que ne je souhaitais pas lui parler. Cette personne a fait semblant de ne pas comprendre. Je lui ai juste répété que je ne souhaitais pas lui parler. Mais maintenant, elle sait que je sais et que je ne lui laisserai plus jamais aucun espace dans ma vie.
    Je te souhaite une vie nourrissante. À tois points de vue.

  2. ecrivain11

    Riche discussion.

    Je me sens toujours un peu comme un intrus ou un badaud, ici, mais j’ai envie d’exprimer le fond de ma pensée.

    Je ne « crois » pas à l’homéopathie. Si une étude scientifique ne trouve rien de probant, je pense qu’il ne faut pas s’acharner.

    Après, on est libre de choisir son placebo.

    En revanche, là où le bât blesse, selon moi, c’est dans l’attitude de la science, qu’est toute une reine despotique ! Elle est source de progrès, de moult bienfaits. Par contre, les gens se sentent dépouillés de quelque chose de fondamentalement humain quand elle sort son attirail de bistouris pour disséquer nos vies.

    La science scinde la vie en deux : d’un côté, l’on retrouve ce qui a été nettement identifié, scruté, étudié ; d’un autre, la folie irrationnelle de l’homme, les sorciers, les sorcières, leurs fabulations, leur stérile imagination.

    J’pense qu’il faut pas jeter le bébé dans le bain, non, comment qu’on dit, le bain sur le bébé ? le bébé avec l’eau du bain… Parce que l’eau, comme tu dis, a peut-être une mémoire. C’est un concept intéressant, je trouve. Bref, je ne me défile pas des hypothèses inusitées ou fantaisistes, si une idée a quelque sens, elle peut très bien devenir hypothèse de travail ; il est possible qu’un petit nombre d’hypothèses étonnantes, en des domaines marginalisés par la science, trouvent leur voie jusqu’à l’édification de quelque vérité scientifique future.

    Par ailleurs, je crois que cet univers est grand, trop grand pour nos faibles moyens. Même si je suis un admirateur profond de la science à l’égard de ce qu’elle nous apporte, je sais qu’elle n’est pas un prisme parfait, on voit relativement flou au travers.

    Je crois à des tonnes de choses qui n’ont pas été « prouvées » et qui ne le seront peut-être jamais. Je pense que des choses déjouent encore la science, qui est un peu grossière. Alors comment juger l’homéopathie, après tout ? Y a peut-être quelques éléments positifs là-dedans, quand on passe le tout au tamis. C’est comme la spiritualité, que je chéris, je trouve que c’est un fourre-tout éthérique, un chapeau melon dans lequel on fait entrer des feux follets, des chimères et des souffles fictifs de toutes sortes. Il n’en demeure pas moins qu’il doit y avoir, me dis-je, quelque vérité là-dedans.

    Bref, vive la science, avec un bon bémol ; mais vive aussi l’instinct et sa méthode à tâtons.

    • Pattie O'Green

      Merci tant de ton généreux partage… Tu n’es plus un intru, ici! Tu es un habitué de la place. 🙂
      Comme tu peux t’en douter, je n’entrerai pas dans le débat ici. Mon texte crée, je l’espère, un espace où je ne m’intéresse ni aux croyances, ni aux données probantes, mais aux représentations du monde, au fait de vivre selon celles qui nous habitent, celles qui stimulent notre créativité, celles qui nous guérissent (pas nécessairement physiquement), mais en reconnaissant qu’il ne s’agit là que de représentations, qu’elles soient prouvées ou non. Bref, en étant intègre plutôt que rigide, autoritaire. Cela dit, je n’achète même pas d’homéopathie. Mon truc, c’est les plantes « médicinales » et les huiles essentielles. 😀

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