Apprivoiser la douve

On devrait faire comme Abramovic et Ulay, on devrait marcher peut-être pas le mur de Chine, mais genre la Appalachian trail ou la Pacific Crest trail avec pas de tente et en commençant chacun d’un bord de la trail pour braver un peu la wildness avant de se dire Adieu dans le milieu parce que là, c’est tellement immense que j’ai l’impression qu’on se regarde chacun d’un côté du Grand Canyon ou d’une autre crevasse terrestre béante qui donne le vertige et que, malgré tout, on essaie de se tenir la main, de s’entraider, de se consoler tout en luttant pour ne pas tomber, pour ne pas sombrer ensemble dans le tumulte d’une rivière qui se crisse ben de nos petites misères quotidiennes, de nos cœurs brisés, de nos os qui ont pris l’humidité, je veux dire : on a touché le fond.

Tu penses que je réfléchis tout longuement, mais cette fois-ci, je t’ai simplement transmis le message de mes viscères qui m’ont confirmé la semaine dernière qu’il n’y aurait plus de pont, qu’il faudra désormais apprivoiser la douve entre nous, puis dans nos estomacs, sans se faire la guerre, sans monter aux barricades parce que c’est la seule manière d’enfin vivre ma vérité et de ne plus jamais au grand jamais faire partie de la grande mascarade qui se prend pour l’humanité. Je me suis groundée dans mon corps, pis on dirait que tout a pris le bord, mais le plus fou dans tout ça c’est que tu comprends; tu comprends que quand on s’est rencontrés, il y a douze ans dans un party à peine arrosé, j’étais vraiment loin d’habiter mon corps, ce corps que j’ai lentement réanimé au fil des années, pendant que toi, tu t’es complètement oublié en me demandant de t’aimer.

Tu veux que je reste encore « un peu » et j’essaie de ne pas entendre « toujours » pour qu’on puisse apprendre, ensemble, à ne plus vivre l’un à travers l’autre comme on le faisait quand on s’entretuait. Tous mes espoirs sont réunis autour de la petite chambre qu’on est en train d’improviser dans le salon qui envahira à son tour la salle à manger; une petite chambre où je pourrai fermer la porte et m’envelopper dans ma couverture fair trade de yoga avec une bougie, un cahier pour écrire, mes guits, mes livres et mon amour propre. On s’est dit : peut-être que les enfants trouveront ça un peu amusant malgré tout de nous visiter dans nos petits espaces respectifs le samedi matin, de nous réveiller tout à tour pendant que, dans le reste de l’appart, les meubles s’entassent pour donner un peu plus de chaleur aux pièces communes où nous nous sommes promis de cohabiter en s’accueillant l’un l’autre au grand complet pour une fois.

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