Prévisible

Je m’étais promis que je prendrais le premier low hanging fruit dans le fig tree, que je le savourerais pis c’est ça que je fais, mais faut dire que le sucre raffiné ou pas, ça donne un boost sur le coup, mais ça finit toujours par épuiser un peu je veux dire :

JE SUIS CREVÉE !

Ces temps-ci mon fils dit toujours « JE LE SAVAIS». Genre : « je le savais que tu allais revenir tard» ou « je le savais que tu allais étudier ce livre-là ». Évidemment, il ne le savait pas vraiment, mais il dit ça pour se rassurer parce que, comme toi pis moi, il a besoin de croire qu’il a un peu de contrôle sur sa vie. Dans ce temps-là, je lui réponds (c’est un peu poche, je t’avertis) : « mais non, tu ne le savais pas vraiment, il faut que tu dises les vraies affaires mon chou ». Je lui dis ça surtout parce que j’ai peur qu’il se mette à penser que rien ne peut changer; j’ai peur qu’il perde espoir pis qu’il lutte sans ne jamais rien créer parce que ÇA VA TOUT ENSEMBLE CES AFFAIRES-LÀ. En même temps, je me sens tellement coupable d’être moins présente, de ne pas lui passer une brosse dans le toupet le matin pis de ne pas l’amener faire du bike dans la fontaine du parc Outremont. Je sais que c’est pour ça qu’il n’arrête pas de dire qu’il sait tout d’avance : c’est parce qu’il ne sait plus trop et qu’il n’a pas envie d’être déçu. En tout cas, c’est temporaire pis je te jure que je travaille là-dessus.

Ça me fait penser: quand le verdict « Gomeshi » était en train de tomber comme des centaines de briques vers ma poitrine, pour arrêter la chute parce que ça allait faire mal, parce que ça allait peser lourd longtemps, parce que ça allait me détruire, j’ai failli faire comme plein d’autres pis dire que « je le savais », que « c’était prévisible ». Pourtant, j’étais certaine que ça marcherait cette fois-ci parce qu’elles étaient une bonne gang avec un bon vent dans le dos. Chaque fois que je voyais le petit mot « prévisible » dans les articles, les posts, les commentaires, même si je le comprenais, je me sentais comme une naïve, une conne, une pas lucide. Je me sentais loin loin loin des gens, genre pas dans leur camp. J’avais envie de gens déçus, de gens tristes pis en crisse. De gens qui, pour un petit instant, ne savaient plus.

RIEN DE PLUS DÉSESPÉRANT QUE QUELQU’UN QUI CONTEMPLE NOTRE DÉCEPTION DU HAUT D’UN

JE_LE_SAVAIS_15678

Je me suis réfugiée intérieurement en me disant: « Sont-tu vraiment en train de dire haut et fort à ces femmes (et à toutes les autres) qui ont dénoncé (ou non) que c’était prévisible? Qu’elles doivent lutter sans espérer? Et qu’avec leurs actions, elles n’ont rien créé? Tout ça pour ne pas trop ressentir? ». Je me disais qu’il faudrait peut-être ranger les « JE LE SAVAIS », surtout quand on est sur le fait, parce que collectivement pis intimement, le prévisible, ça nous défait un peu le sensible…

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4 Commentaires

  1. Elisa

    Bravo ! Ne laissons pas les « je-le-savais » du monde prendre le pouvoir sur nos émotions et nos actions. Viva Résistance, droit à l’erreur et libre arbitre 💕

  2. Gaétan Bouchard

    Je viens de découvrir ton blogue via le blogue Un journal sans fin. C’est une belle découverte. Ça mérite des encouragements et des félicitations. Bref, bravo et merci! (Je me permets de t’ajouter dans la blogoliste de mon propre blog.)

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