Réclusion

La vague déferle, on surfe, pis on surfe : c’est beau la mer. C’est tellement beau en gang comme ça, on est tout nus, on est beau, on s’aime la photo, on a laissé nos affaires, on a tout laissé derrière, sur la beach. C’était quoi déjà le nom de la beach? Who cares, ce n’est pas grave. Esti, on ne la voit même plus la beach, mais anyway, la vague va nous amener loin, on sera sur l’autre rive dès demain matin. D’où sommes-nous partis? Ah oui Gomeshi! C’est qui dont lui? comment avons-nous réagi? C’est qui dont, Lucy? Peu importe, on fait l’histoire, ensemble, parce que derrière l’écran, on se dit qu’on se ressemble, même si devant, on se trouverait sans doute un peu gossantes. On se dit qu’on fait de l’histoire full inclusive, en oubliant celles qui sont restées sur la rive, on sous-entend qu’elles n’ont pas notre courage, mais elles savent trop bien à quoi ressemble le naufrage : quand on s’emporte, une partie de nous se déporte.

On est déjà trop loin, parce qu’on veut mettre la hache dans le destin, en laissant bien des choses dans le noir, en parlant toutes en même temps, en grossissant parce que c’est huge, c’est big, check le tsunami de twitteramies: il va tout détruire, on va tout reconstruire, tout refaire à neuf, on n’aura même pas besoin de se souvenir, peut-être qu’on pourra même éviter de se guérir. On n’a qu’à s’ouvrir à en plus finir, le hashtag va nous soutenir. Pas besoin de trigger warning parce que les médias ont tout un planning : instrumentaliser notre douleur, comme partout ailleurs.

C’est tellement beau qu’on ne réalise même pas qu’on est en train de faire un grand show qui risque fort de nous anesthésier de nouveau parce qu’on a comme laissé notre sens critique, là-bas, dans la petite crique pour mieux expérimenter le grand cirque. C’était où, la crique? On ne sait pas. Et on ne sait pas non plus où on s’en va, mais on est certain que c’est le bon chemin parce que c’est beau, c’est grand, c’est vivant quand on regarde par en avant. C’est comme les carrés rouges, même si plus rien ne bouge. Je me sens obligée de m’en réjouir, comme quand il me disait qu’il fallait jouir, alors que tout ça me donne le mal de mer, que j’essaie de garder au moins un pied sur terre, en dehors du fil Twitter, parce qu’une histoire sans perspective, ça ne peut que générer des récidives. Mais hey je ne suis pas pantoute une fille négative, je suis quand même assez combattive, mais là j’ai comme envie de retourner dans mon nid, ça fait que je ne mettrai pas de couleur dans mon post aujourd’hui.

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