Les retranchements

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Je ne comprends pas comment tout plein de gens font pour vivre comme si de rien n’était ou peut-être que c’est moi qui imagine une autre couche sur les choses, genre une fine pellicule sur chaque chose, et qui suis en train de m’isoler pour mieux me délecter, pour mieux étirer le temps ou quelque chose comme ça. Parce qu’en troupeau ça passe trop vite, ça passe juste trop vite et l’énergie ne revient jamais à la maison, c’est-à-dire dans le bassin ou dans les pieds, parce que ça épuise les mondanités, les discussions de collègues et les amitiés soudées par l’insécurité, je veux dire : moi ça me tue.

Je rêve d’une petite van avec des bunk beds et j’en cherche une sur kijiji.ca, et on devient fou avec Tristan sur LesPacs.com parce qu’on veut une mini-maison qui roule pour aller voir les racoins, pour aller toucher le fin fond du fond et amener les kids sur les petites routes dans les retranchements : des routes qui sont tellement proches d’ici, mais tellement invisibles par les gens qui disent qu’ils ont « fait » comme dans « j’ai fait l’Allemagne, la Chine et la Russie » comme si le monde était une checklist et que le voyage était une acquisition. Ça me rappelle quand je passais trop de temps à l’université, trop de temps à bavasser, trop de temps à remplir mon CV, trop de temps à écouter ceux qui écoutent le cœur dans le plancher, ceux qui respirent dans l’écueil et qui parlent sur le cruz control en se regardant dans mes yeux « je suis tu bon, je suis tu bon, je suis tu bon, là? »

En fin de semaine, on a roulé un peu et on a découvert un nouveau spot, plein de nouveaux spots, et on a cohabité avec une autre petite famille de loners qu’on ne connaissait pas et on a mangé des guimauves avec des bananes et des pépites de chocolats dans du papier d’aluminium. C’était la recette d’Évelyne, la préférée de Daniel, et autour du feu, on pouvait voir leur cabane dans les arbres toute belle, toute déglinguée. Elle était d’une touchante dangerosité. Le matin, j’étais seule dans la nature avec mes enfants pendant quelques heures, il n’y avait personne sur le bord du petit lac et on creusait dans le sable, ça faisait des montagnes, des rivières et des routes, il y avait toute sorte de configurations, toute sorte de constructions par la négative, et il me semble que même sur quelques pieds carrés, les possibilités étaient incalculables, là-bas, dans les retranchements.

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