Prototype (1)

C’était clair qu’elle finirait avec un animateur de rue. Elle rencontrerait le gars avec un pinch vert qui fait de l’unicycle. Elle voudrait embrasser sa joue dégoulinante de transpiration colorée par un maquillage de foire. Elle achèterait un costume de fanfare au Village des valeurs pour lui plaire. Elle le suivrait un peu partout avec son vélo dans les rues de la ville. Elle passerait le chapeau après chacune de ses prestations improvisées. Elle déménagerait avec lui dans son un et demi coin Saint-Hubert et Jarry. Elle dirait à sa mère qu’elle a rencontré un gars exceptionnel dont le talent n’est pas suffisamment reconnu. Elle demanderait de l’argent à son père en lui disant qu’elle est enfin heureuse.

C’était évident qu’elle se ferait tatouer un tigre du Bengale dans le creux du dos. Elle raconterait à sa sœur qu’elle a toujours rêvé d’avoir un pareil tatou à cet endroit. Elle se créerait des playlists avec de la musique de bols tibétains. Elle conseillerait à sa voisine récemment divorcée de faire des retraites au centre de méditation Kankala. Elle ne sourirait pas en disant à sa meilleure amie qu’elle a enfin trouvé la paix intérieure. Elle enverrait un courriel à sa marraine cancéreuse avec une image du ciel qu’elle aurait trafiquée.

C’était écrit dans le ciel que ses photos de profil Facebook prendrait des airs d’art dramatique. Elle serait photographiée la tête penchée vers le sol et les deux mains posées sur l’estomac. Elle aurait les cheveux gras et porterait un poncho inca. Elle serait à peine reconnaissable en partie à cause de la pauvre qualité de l’image. Elle écrirait dans la légende « crédits : un merveilleux photographe, un grand artiste et mon compagnon de vie. Je t’aime. Avec @Félix Leman ». Elle obtiendrait un ou deux likes, soit trente huit de moins qu’avant. Elle likerait les commentaires enthousiastes du jongleur à trois balles et du cracheur de feu qui squattent tour à tour le divan de son un et demi. Elle exprimerait publiquement sa gratitude à leur égard.

statut

0_LIKE_11127

C’était organisé avec le gars des vues qu’elle répéterait cent fois le mantra de la compassion oṃ maṇi padme huṃ après avoir publié son satut. Elle s’en voudrait à mort à chaque fois qu’elle oublierait une syllabe.

2 Commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s