Le reste

J’ai lu cet article et je ne pouvais pas ne pas écrire.

D’abord, je dois dire que je me soulage de ne jamais avoir entendu ma mère dire à ma sœur malade mentale qu’elle devait quitter le domicile familiale pour que ce soit plus supportable pour nous tous. Je me soulage aussi qu’elle ne soit pas allée appeler un journaliste pour lui dire qu’elle devait faire le deuil d’un enfant vivant.

Tu juges un peu, là, Patty ?

Non, je juge BIG TIME. Pas la famille dont parle l’article, mais la situation récurrente qu’il dépeint.

L’amour parental a des limites ? Non. C’est l’être humain qui a des limites et il revient à cette personne de voir comment et pourquoi il les a créées de cette manière et si elles sont encore valides. L’amour parental peut être infiniment créatif. Il change chaque jour et il a toute une vie pour évoluer, s’adapter ou encore se réparer. Et, lorsque son enfant est malade mental, il convient de se brancher sur cet amour, et de redéfinir les limites entre soi et son enfant, à la lumière d’une connaissance de soi et de connaissances valables en santé mentale.

Dire à l’enfant qu’il doit quitter son domicile, c’est une réplique, à plus petite échelle, de ce que l’on fait en tant que société aux gens souffrants. On les sort de notre quotidien, car ils le minent. Ils le minent parce qu’ils sont ingérables. Ingérable, c’est le terme qu’emploie le père de l’enfant malade mental dans l’article. (On devrait faire une sémiotique du vocabulaire employé par les parents à l’égard de leurs enfants malades mentaux, ça en dirait long…Mais ça, c’est une autre histoire.)

On a beau avoir aimé nos enfants tous de la même manière (comment peut-on aimé deux enfants de la même manière?). On a beau dire que notre enfant a eu une enfance et une adolescence normales (qu’est-ce que cela veut dire au juste?). On a beau se convaincre (et convaincre un journaliste, par la même occasion) que c’est l’enfant malade, le problème, puisque les autres sont corrects (pire interprétation que tu peux faire de la situation). Chaque individu est FONDAMENTALEMENT différent. Chaque individu a une sensibilité différente.

Cela dit, c’est une situation désarmante. Je le sais.

Notre cœur sait trop que le petit être que l’on a aimé dès la naissance ne porte pas en lui, comme un sort inévitable, une maladie mentale. Ce n’est qu’une prédisposition. Notre cœur sait trop que si notre enfant fait des psychoses et souffre de trouble bipolaire, ce ne peut pas être simplement causé par une expérience de drogue. Ce n’est que le déclencheur.

Reste plus qu’à continuer de l’écouter, notre cœur. Ça, c’est tough.

Le cœur, il dit ça : « Prédisposition, ok. Déclencheur, ok. Mais qu’est-ce qu’on fait du reste ? » Ce qui est « ingérable », justement, c’est ce reste. Parce qu’en tant que parents, il nous appartient au moins un peu (sinon en grande partie), ce foutu reste. Peut-être qu’il vient d’ailleurs, diront certains. Ok, peut-être, mais quelque chose nous a échappé et, ça, ben, ça nous revient aussi.

Et ce reste ne demande pas aux parents de l’ « encadrement » et de la gestion. Il ne demande pas non plus de sentiment extrême de culpabilité, ni de haine de soi.  Il ne demande pas de se rendre malade, non plus. Non. Tout ça « épuise », comme le dit le journaliste. Mais ce reste ne demande certainement pas à être escamoté dans une chronique de La Presse+. Surtout pas.

Ce reste, en tant que parents, mais aussi en tant que société, il faut l’apprivoiser et apprendre à le connaitre en profondeur. Ce reste demande du temps, de la patience, de l’écoute, de la guérison personnelle, de l’acceptation, des lectures, du cheminement, des consultations, des remises en question, des limites, mais aussi de l’ouverture et de la compassion envers soi-même et son enfant. Ce reste, c’est aussi une occasion d’apprendre, de (se) découvrir et d’évoluer. Ce reste, c’est un plaidoyer pour un amour parental approprié pour un être singulier  (et non un appel pour des soins impersonnels offerts par l’aile psychiatrique de l’hôpital Notre-Dame, même si cela peut s’avérer utile pour quelques temps).

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