Leur robe de chambre en ratine bleue

Quelqu’un a écrit quelque part et je te dirai pas où et je te dirai pas qui, mais ce quelqu’un a écrit que l’inceste était à la mode et je te dirai pas non plus quand il a écrit ça, mais c’est vrai que cette journée-là, justement, j’ai vu passer au moins trois filles avec des cotons ouatés avec des faces de loup dessus et sur lesquels était imprimé « I LOVE INCEST» en rose fluo.

SA CRISSE DE ROBE DE CHAMBRE EN RATINE BLEUE

Il a écrit que l’inceste c’était un sujet full hype, que les écrivaines en profitaient, parce que ce sont TOUJOURS les femmes qui profitent de leurs expériences infantiles malsaines pour avoir de l’attention, et que le résultat était TOUJOURS poche, et c’est vrai que cette journée-là, j’ai vu au moins trois de ses amis full sains lui répondre des affaires ben plus intéressantes sur Facebook.

ON VOYAIT TOUT AU TRAVERS, C’ÉTAIT  DÉGUEULASSE

Il suggérait que c’était comme devenu un sujet pour faire du cash et qu’on pouvait aussi appeler ces écrivaines des putes parce qu’elles récupéraient aujourd’hui l’argent des viols qu’elles avaient subis et c’est vrai que cette journée-là, j’ai entendu au moins trois filles écrivaines pas violées dire tristement « si seulement j’avais été violée, je serais riche aujourd’hui! ».

QU’IL OUVRAIT JUSTE AVANT DE ME JETER À PLAT VENTRE PAR TERRE

Il sous-entendait aussi que de parler d’inceste, c’était FAFA, pis c’était surtout FIFILLE et c’est vrai que cette journée-là, je regardais les photos de Kathy Acker pis je la trouvais vraiment GIRLY et RIDICULE avec ses piercings pis avec sa petite manie de fifille en état de choc post-traumatique, je parle de son plaisir de fifille violée de se rentrer violemment des objets dans le vagin pour écrire ses livres.

ET DE M’ÉCRASER LA TÊTE SUR LE PLANCHER DE LA CUISINE

Il racontait que de porter attention à une douleur profonde et intime, que d’écrire sur la violence faite aux petites filles par leur père, c’était juste cliché et mainstream, sous-entendant que des gars comme lui étaient au-dessus de tout ça et savaient de quoi ils parlaient et c’est vrai que cette journée-là, j’ai lu non moins de trois livres pertinents et sensibles portant sur l’inceste et rédigés par des hommes savants comme lui.

AVANT DE ME VIOLER SAUVAGEMENT PAR-DERRIÈRE

J’ai eu envie de le remercier pour qu’il sache à quel point ça m’avait fait du bien de lire que l’inceste était à la mode, que ce n’était pas un tabou et qu’il m’avait tellement fait sentir bien que je l’avais immédiatement perçu avec UNE CRISSE DE ROBE DE CHAMBRE EN RATINE BLEUE et que ça m’avait donné envie de mourir pour longtemps parce que c’est vrai que la journée où il a écrit ça :

JE ME SUIS MISE EN BOULE DANS MON LIT EN-DESSOUS DE MA COUVERTURE

JUSQU’À CE QUE QUELQU’UN QUI M’AIME ME DISE QU’IL M’AIME

Publicités

13 Commentaires

  1. audreynovembre

    Toujours, tout le temps, je discute avec des filles. Pardon: des femmes. et elles me racontent finalement, après trois verres de vin, qu’elles ont été violées. Elles aussi, qu’elles me disent, je veux dire qu’elles disent « moi aussi » elles aussi. Presque toutes les filles je connais ont été abusées salement. J’ai des amies dans tous les milieux, mais surtout dans la moyenne. Mon réseau est représentatif, j’en suis certaine. La bonne vieille famille « moyenne ». Pourquoi certains ont-ils tant de difficulté à reconnaitre ça? de quossé que ça veut dire?

  2. Lora Zepam

    J’ai la chair de poule… Et ça n’a rien à avoir avec la température. Merci pour ce texte magnifique, même si ça fait mal.

  3. maev333

    Je lis ça & je rage.

    J’aurais envie de savoir qui & quand ce fut écrit, mais ce serait passer à côté de l’essentiel.

    Je travaille dans un domaine vraiment rought… Là où les histoire d’horreur sont générationnelles, encore & encore pour des décénnies de douleurs. Pis jamais ne ne dirais que c’est voulu, que c’est « in », que c’est autre chose qu’une agression violente qui m’arrache les larmes!

    Ton histoire me touche & celle-ci me révolte au plus haut point. Une chance que tu es là pour parler & crier. Parce que c’est difficile, mais il le faut pour fermer la gueule à des imbéciles finis comme ça.

    Merci & courage

    Marie (s’en va-t-en-guerre)
    Xxx

  4. Patty O'Green

    Merci à toutes pour vos beaux commentaires… Quand on écrit un billet comme ça, on se sent carrément seule et « at gunpoint », du moins, c’est comme ça que je me suis sentie pendant et après. Parce qu’il y a la colère, la tristesse et après…La peur! Alors d’avoir des belles présences (d’artistes, d’écrivaines et de blogueuses exceptionnelles et que j’admire, entre autres), ça fait du bien!

    @audreynovembre Je sais… C’est vraiment hard! Difficile de ne pas être en colère…Je voudrais tellement que ça change! Le regard des autres, leurs dires, s’ajoutent au poids des agressions, c’est cela, qui est terrible!

    @Marie Pour répondre un petit peu à ta question, j’ai entendu non pas une seule personne faire ce genre de commentaires dans la dernière année, mais trois. Ici, j’ai fait un petit mélange des trois pour pousser cette logique (absurde) jusqu’au bout. Merci à toi…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s