Dénigrer, c’est glamour!

Belle pas belle, j’y vais!

La « pitoune » et la « grosse torche masculine » :

Les deux ensemble, c’est encore mieux. Non mais, on en a du fun au Québec!

Ce que ces deux personnes ont en commun depuis au moins une semaine? Elles sont victimes (je pèse mes mots pour l’ex-constable qui est d’abord coupable) d’une même forme de haine. Une haine toute genrée qui a pour effet de créer des glissements incroyables dont les répercussions touchent toutes les femmes. Et les hommes aussi, car on ne peut porter atteinte à un genre sans que l’autre genre en soit également « affecté ».

La première femme propose que l’allaitement est glamour. Des femmes se sont alors fâchées (oui, fâchées bon!) contre l’Agence de santé et des services sociaux de Montréal qui a mis en scène une séduction féminine clichée et ridicule pour inciter les femmes à allaiter.  Celles qui ont passé des heures avec des feuilles de choux sur leurs seins engorgées. Celles qui ont pleuré de douleur avec des mamelons gercés. Celles qui n’ont pas dormi une nuit complète pendant des mois. Celles-là et bien d’autres ont parlé,  crié, sorti leur guts. Des hommes aussi! Le discours était émotif,  mais respectueux. Toutefois, des hommes ont vu là une occasion en or pour jeter leur marde sur une belle femme sexy. Point. Des femmes ont fait ça aussi. Facile, ils/elles avaient l’approbation (distraction) des autres femmes. Voyez un peu le glissement sournois?

D’autres n’ont pu s’empêcher d’être encore plus opportunistes et de traiter les femmes « fâchées » avec une sournoiserie destructrice digne du plus grand homme tranquille. Tout se fait dans la subtilité. « Je vous félicite, même si je vous trouve théâtrales. » Puis doucement, on vous amène dans un petit monde où votre émotivité soi-disant féminine est ridicule compte tenu des circonstances, bien rationnelles, générées par la société dans laquelle nous vivons.

 La deuxième femme a posé des gestes et prononcé des paroles violentes et inacceptables. On veut qu’elle soit retirée de ses fonctions, ça va de soi! Et j’espère qu’elle le sera. En même temps qu’on manifeste pour son retrait, à travers les commentaires, les remix poches et une toune pas drôle pantoute, on laisse entendre que son problème provient du fait qu’ « elle n’a pas vu de bite » depuis longtemps.

Cher Laurent,

Ça ne t’est pas passé par l’esprit que, justement, elle en a peut-être trop autour d’elle, des bites? Elle baigne dans un milieu de bites.  Et ce sont des bites comme toi qui ont crissement contribué à l’édification de sa supposée marginalité comportementale. Non seulement elle paie pour tous les hommes qui ont fessé sur les manifestants, mais elle est en train de rendre invisible la brutalité policière pour ce qu’elle est réellement. Ses gestes et ses propos sont inacceptables, but what about yours? What about le silence lui? Le silence de son superviseur? Tu ne l’as pas remarqué lorsqu’elle lui a fait son compte-rendu immonde de la scène?  Ce silence qui dit « je t’approuve, mais je ne me mouille pas ».  Bravo la bite à l’autre bout du fil! Bravo la bite qui l’accompagnait et qui s’en lave les mains! Bravo à toutes les bites du corps policier qui s’en lavent les mains (le seul moment où il se mouille, c’te corps-là, c’est pour se laver les mains)! Une situation rêvée : dissimuler toute la marde derrière ce grotesque personnage féminin. 

With much love,

Patty xx

Ce n’est pas tout! Non seulement cette policière mérite toute notre attention depuis qu’elle a détrôné Mahée (jusqu’à la prochaine), mais elle mérite également que nous y mettions tous nos efforts créatifs. Faisons le premier grand projet remix québécois avec les dires d’une femme dégénérée! Moi qui vante la culture remix et qui rédige une thèse à ce sujet, je n’ai qu’une chose à dire : ark! En fait, j’en ai une autre : lisez donc Lawrence Lessig et d’autres théoriciens de la sorte, vous allez peut-être choisir un peu mieux vos sujets de remix!

J’ai envie de m’en aller à l’autre bout du monde and to stand right beside her. C’est ELLE  qui mérite notre attention et nos efforts créatifs cette semaine! Cheers, Julia Gillard!

12 Commentaires

  1. martindufresne

    Excellente réflexion, merci.
    Tu aurais aussi pu mentionner la levée de boucliers récente contre la ministre fédérale Rona Ambrose où beaucoup de gens n’ont pas pris la peine de mentionner que 78 députés et ministres *masculins* avaient voté comme elle pour la motion du député Woodworth, et ce dans une dynamique clairement surdéterminée par la politique misogyne du gouvernement Conservateur, mais qui a laissé à Stephen Harper le beau rôle… lui qui avait lui-même choisi Mme Ambrose comme ministre.
    Je pense aussi au focus haineux de certains sur Line « la pas fine » Beauchamp, chargée à tour de bras aux débuts de la grève étudiante, même s’il était clair pour tout le monde que c’était Jean Charest et pas elle qui tirait les ficelles de la stratégie gouvernementale.
    Décidément la misogynie est bien pratique pour tourner les coins ronds et éviter d’affronter les véritables responsables des scandales… même chez les soi-disant progressistes.

    • Patty O'Green

      Merci beaucoup de ce beau et intéressant commentaire. Tu as raison. Non seulement j’aurais pu, mais j’aurais dû mentionner la levée de boucliers contre Rona Ambrose! Je suis contente que tu la mentionnes ici, dans la section « commentaires » de ce billet.

      Pour Line, j’en avais un peu parlé ici lors des événements. C’était tout simplement dégoûtant.

      Et oui, même chez les soi-disant progressistes!

    • Patty O'Green

      Merci Rainette! J’ai volontairement évité d’écrire son nom de famille, car je ne veux pas m’acharner sur une personne en particulier. Ce qui me désespère avec cette vidéo, c’est combien elle est partagée sur les réseaux sociaux et combien elle est aimée par les gens. Enfin, c’est à ceux-ci aussi que je m’adresse, à tous ceux qui ne risquent pas vraiment de lire mon blog finalement 😉 Mais ça fait du bien quand même! 😀

  2. Dominique

    Merci et bravo Patty! Enfin un discours féminin et féministe sur deux événements totalement différents, mais qui nuance tout ce qu’on peut entendre et lire sur les réseaux sociaux! J’en avais marre de tout ça et ma modeste opinion, semblable à la vôtre, ne trouvait guère preneur. Avec vous, je me sens moins seule.

    Dominique

  3. Dominique

    Encore moi! Là où j’avais justement problème avec le cas Stéphanie Trudeau, c,est le traitement qu’on lui faisait et lui fait encore. Oserait-on dire d’un homme qui a fait une bêtise comme la sienne qu’il est de toute façon laid, peu instruit et surtout mal baisé? En plus, le silence de ses pairs masculins parle beaucoup pour moi du statut de bouc-émissaire qu’on lui fait porter. Tellement facile et lâche! Et puis, les femmes qui « tombent » dans le même panneau. Franchement décourageant! Moi aussi, je fouterais bien le camp à l’autre bout du monde, pour ça et pour bien d’autres attitudes du peuple québécois mais ça, c’est une autre histoire! Qui a dit qu’il n’y avait plus d’inégalités au Québec entre les hommes et les femmes? Une vraie « joke »! Merci encore!

    • Patty O'Green

      Oui, tout à fait! Et simplement de la choisir afin de créer un grand projet « remix » est ridicule. Pourquoi mettre tant d’efforts créatifs das un cas (féminin) qui est loin d’être isolé (du côté masculin). C’est complètement absurde.

      J’ai fait exprès d’être émotive, car je considère que l’on peut être émotive et avoir une véritable réflexion. Que cette émotivité qu’on nous reproche peut être le moteur de cette réflexion et y participer entièrement. C’est la rationalité et la logique qui sont dangereuses en ce moment.

      On peut avoir une logique implacable sans exercer le moindrement sa conscience, en voici un exemple : http://voir.ca/cyberboom/2012/10/13/matricule-728-remixer-ou-pas/

      Je sais trop bien que certaines personnes partageant la même opinion que moi ne partageront jamais ce billet, à cause de cette émotivité. Mais cette réflexion n’existe pas sans cette émotion et, ça aussi, ils le savent! Au pire, ils vont se l’approprier et la réécrire avec des références et de la logique. C’est de la foutaise! Du vide! (bon, fallait que je le dise)

      Merci à toi. Ce billet a voyagé et a été lu plus que tous les autres que j’ai écrits. Ce qui me dit que, finalement, on est pas toutes seules à en avoir marre! Moi aussi, là, je me sens moins seule! 🙂

  4. séb haton

    Il y a là un paradoxe qui m’effare : le chef du projet sur lequel je suis embauché a passé 25 ans à Montréal. Il nous dit que les Québécois sont très en avance sur les Français quant à l’égalité réelle entre les hommes et les femmes, et que c’est pour cela que notre dictionnaire ne doit afficher aucun sexisme (quel autre dico au monde s’enorgueillit d’entrée spécifiques pour tous les noms féminins dont il existe un correspondant masculin ?). Il se trouve qu’aucun membre français du projet ne songerait à contester ce point, même s’il ne nous avait pas été présenté ainsi.
    Or je constate en lisant tes posts et d’autres que la question du sexisme est importante dans son esprit parce qu’elle n’est pas du tout réglée au Québec. Les Français ont globalement bien intégré la notion, je trouve. Certes, tout n’est pas parfait, mais bien peu de mes compatriotes oseraient encore se gausser en public de l’infériorité des femmes.
    Cela dit, peut-être que je me trompe…
    Bien à toi,
    s.h.

    • Patty O'Green

      Je ne veux pas trop faire de généralités à ce sujet, mais on n’est pas sorti de l’auberge! Je peux définitivement dire qu’il y a un certain recul au niveau du statut de la femme au Québec, voire au Canada, notamment avec la présence du parti conservateur au pouvoir… Ça, c’est un aspect. Mais ce que je remarque, c’est que les femmes (les hommes aussi), pour faire leur place dans la société, ont adopté le patriarcat et les attitudes machistes qui vont avec plutôt que de lutter contre celui-ci et de « créer » leur place à leur manière. C’est rendu tellement inconscient qu’il est devenu normal, pour un homme comme pour une femme, de dénigrer une autre femme en s’attaquant à son sexe, à son apparence physique et à ses soi-disant faiblesses…Ce qui fait peur, c’est cette inconscience qui mène trop souvent inévitablement à la violence. Qu’elle soit insidieuse ou obvious, cette violence est, à long terme comme à court terme, destructrice et aliénante…

      Patty qui ne pense pas à ça 24h/24h quand même! 😉

      • séb haton

        Il est vrai que les généralités sont tentantes mais hors de propos… En tout cas, je ne vois plus en France ce que tu décris, et surtout pas au niveau national. Le machisme est combattu au plus haut niveau de l’État et je trouve que c’est bien (et surtout que c’est normal).
        Question d’éducation, également : Mes parents m’ont élevé dans l’idée qu’hommes et femmes étaient égales 😉
        Bien à toi,
        s.

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