All I Want (réflexion sur l’attitude néolibérale)

Je veux ce que tu as. Je veux ce que tu veux. Je veux ce dont tu as vraiment besoin pour ta survie, bien que je n’en ai pas du tout besoin. Et je vais me convaincre que c’est ce que je veux. Et ensuite convaincre le monde entier que c’est vraiment ce que je veux. Oui, c’est ce que j’ai toujours voulu. C’est MON rêve. Alors le monde va me dire que je suis libre. Que c’est mon droit. Et que tout ce qui fait obstacle à MON rêve est une manipulation insidieuse. J’aurai donc encore plus de détermination pour l’atteindre. Je vais aussi nourrir le mythe de mon infériorité. Et vous complimenter sans relâche. Vous allez vouloir me voir triompher. Et voir cet autre sur lequel j’aurai construit de toute pièce la figure du manipulateur s’écrouler. Je serai donc toujours gentille à vos yeux. C’est tout ce qui m’importe. Je tourne à vide. Dans l’univers des communications et du marketing compulsifs. Sans attache ni amour inconditionnel. J’appartiens, sans le vouloir, totalement à l’attitude néolibérale. Je raffole à fond, sans le savoir, de l’économie du marché. Je la connais par cœur.  Tout le monde est libre. Pas besoin d’être solidaire. Même pas entre amis. Je fais semblant que l’adversité est inexistante. Que je fais les choses sans la ressentir. Ça me rend toujours plus sympathique. Surtout quand ce que je cherche, c’est avoir ce que l’autre a. Avoir ce que l’autre veut. Avoir ce que l’autre a besoin, mais dont je n’ai pas du tout besoin. « J’ai bien le droit de faire mes affaires » est la phrase que je me répète en boucle. Pour me convaincre que je suis correcte de me foutre de la situation des autres, aussi problématique puisse-t-elle être.  Vive la libre confrontation de l’offre et de la demande!


In the inside there is craving, in the outside there is flattering, in the morning there is longing, in the evening there is envying. In the envying there is missing. In envying anything is disturbing, in envying anything is tiring, in envying there is humiliation, in envying there is condenscenscion, in envying there is recurrence and entirely mistaken there is pinching. All the cowards are dreamers and all the curtains have bad linen and all the workplaces have discrimination and all the relationships have shit in it. This makes WANT.

Patty O’Green qui remixe Gertrude Stein

Même les gens les plus gauchistes se comportent comme les gestionnaires de la grande corporation que représente leur propre personne. La grande question existentielle : « qu’est-ce que je n’ai pas encore que je pourrais avoir? » L’insatisfaction perpétuelle est interprétée comme « avoir de la drive ». Oui, drivé par le fait de vouloir ce que les autres ont. Vouloir ce que les autres veulent. Vouloir ce dont les autres ont besoin, mais dont on n’a pas vraiment besoin.

 

I want to be strong

I want to laugh along

I want to belong to the living

Joni Mitchell, All I Want

4 Commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s