N’importe où sauf ici

(Quand j’écris avec des images, et c’est là l’avantage, je peux mettre ma vie entre parenthèses en-dessous. La première fois que je suis partie d’ici, je suis revenue presque un an et demi plus tard : Sainte-Lucie pour trois mois, New-York pour douze mois, puis Saint-Lucie encore deux mois et la France pour deux mois. Quand je suis revenue, on avait rendu Claudine malade. Je n’avais qu’une idée en tête : repartir. Chaque année, selon le montant amassé durant l’année, je partais au moins un mois et demi quelque part. N’importe où sauf ici, c’était plus sûr. Seule, c’était plus sûr aussi. J’étais moins habitée par un désir de découverte que par celui d’être en constant mouvement. Je voulais que mon corps, ce lieu dangereux et insoutenable, devienne enfin ma maison. À Montréal, j’ai encore du mal à marcher seule le soir, alors qu’au centre d’un pays du Moyen-Orient, là où les femmes ressemblent à des ombres chinoises, en plein milieu de la nuit, je m’en fiche. Je me suis retrouvée dans le milieu d’un champ, avec deux hommes débiles, à 15 km de la ville et je m’en foutais : j’ai couru jusqu’à l’auberge où on dort sur des tapis dans des grottes, jusqu’à la « maison ». Quand on peut s’enfuir en courant jusqu’à un endroit sûr, rien n’est vraiment effrayant. À 8 ans, je ne pouvais pas m’enfuir en courant vers un endroit sûr, alors je quittais mon corps. Je suis enfin de retour : s’tie que ça fait mal! Je vous raconte ça avec une envie folle de quitter Montréal et des screenshots d’une petite vidéo -saisie en Californie- que j’ai modifiés dans Photoshop avant de les rassembler pour former ce gif animé.)