Avec des intervalles

Petites roches, clés antiques, boules en verre. Ici, rien n’est laissé au hasard sauf peut-être le plan de tomates sur le balcon : transplantez-le pour l’amour des Appalaches! J’ai descendu jusqu’au sous-sol à la rencontre de ton atelier parce que j’étais curieuse, parce que j’étais envieuse, parce que tout me parle dans cet espace liminaire encadré de fiches techniques placées sous des toiles qui s’arrimeront à un meuble de ton salon. J’ai cru y entendre, avec des intervalles :

 On ne devient pas riche en faisant de l’art on fait de l’art parce qu’on est riche, bon!

Tubes de peinture, plumes de paon, colle à bois. Rien n’est laissé au silence ici sauf peut-être ton vieux sofa lit, ta doudou d’artiste : changez-le pour l’amour de la grenouille qui décore le nénuphar avant qu’elle ne saute dans la swamp.

 Parce que t’as beau mettre des drains dans le fond, t’auras toujours de la swamp dans ton FAUX lac.

En même temps, on se disait que ça faisait drôle d’habiter ici pour quelques jours, que c’était pas si drôle en fait que c’était bourgeois et que, finalement, même si on en rêve, on préfère le chemin qui nous y mène en espérant que les intervalles s’étirent ou qu’ils nous mènent ailleurs parce qu’on a pas envie de finir nos jours à tondre les intervalles entre les arbres, entre les fleurs, ENTRE NOUS DEUX.  Lys rouges, ponts de bois et petits bancs. Rien n’est laissé à la nature ici, sauf peut-être les pins blancs : semez-en d’autres pour l’amour des trois étangs que t’as fait creuser pour les sculptures de ton jardin.

Hier, il y a eu une tempête dans ta carte postale  dont tu ne regardes plus que le verso parce que ton bureau fait dos à la baie vitrée, fait dos à ta propre nature parce qu’il fait dos à la foudre toute fougueuse. Des grêlons se sont attaqués à tout ce qui n’est pas vivace, à tout ce qui fait semblant, à tout ce qui ne peut pas tougher la run sans toi. C’était WILD, c’était beau, mais j’ai eu peur parce que j’étais toute affaiblie par la toile du paysage immobile que t’as taillé sur mesure avec tes mains, tes yeux, avec ta perception de la violence. Je disais même à Mathias de cesser de régurgiter, de pèter, de pleurer parce que ça faisait comme brutal, ici, chez toi.  Je trouvais que les couleurs extrêmes, mouvantes, vivantes de son tapis d’ÉVEIL déclaraient une guerre sans mercie au tapis antique de ton salon. 

Lave-vaisselle, lecteur mp3, cinéma maison. Rien ne manque ici, sauf peut-être l’Internet trop intermittent qui t’ouvre sur le monde avec des intervalles : faites quelque chose que j’arrête de « mauvir » les pages de mon sketch pad avec des ébauches de billets de blog. Je pourrais les écrire dans Word, tu me diras, mais je n’y avais même pas pensé. Je ne pense pas ici, je médite en écoutant Janis Joplin que t’écoutais toi aussi d’ailleurs avant qu’elle ne discorde avec les cocottes vernies que t’as disposées sur tes haut-parleurs Paradigm. Et je me dis SANSINTERVALLESAUCUN que, POUR L’AMOUR DU MONDE, jamais JAMAIS

je ne tournerai le dos a l’extrême, à la mouvance, à la


#dérive

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