Voyage @ Hongrie (par Perec O’Green)

Oui, cela pourrait commencer ainsi, ici, comme ça, d’une manière un peu maladroite et inconsciente, dans cet endroit où le Danube tire un trait entre Buda et Pest, où les gens se croisent presque sans se regarder, où la vie de l’auberge se répercute, amicale et anonyme. De ce qui se passe à quelques kilomètres de là, à Olazliska, on ne perçoit le plus souvent que les échos infinis d’une image, ces bribes, ces désirs, ces esquisses, ces fantasmes, cette sauvagerie ou camaraderie qui se déroulent dans ce que l’on appelle les « territoires sacrés », ces petits fruits mûris par le soleil dont nous allions cueillir et boire l’élixir, ces embryons de vie communautaire qui cessent toujours après la nuit. Les habitants d’Olazliska vivent à quelques kilomètres les uns des autres, de vastes vignobles les séparent, ils ne se partagent que les espaces de culte le long de la rivière, nous étions dix dans une toute petite maison, nous faisions les mêmes gestes en même temps, ouvrir le robinet, tirer la chasse d’eau, allumer la lumière, mettre la table, une dizaine d’existences synchronisées qui se marchaient sur les pieds, se tapaient sur la tête, et parfois dans la main. Nous nous barricadions dans notre petite demeure -puisqu’il s’agissait-là de notre demeure pour quelques temps- nous souhaitions que rien n’en sorte, mais si peu que nous en laissions sortir, Pablo qui allait au vin, Anasthasia aux cigarettes, le reconduit ou l’éconduit, était un seuil difficile à franchir. Car tout ce qui passe franchit un seuil, tout ce qui arrive s’affranchit d’un dehors, nos vies dans nos pays d’origine, nos amis, nos amoureux que les nouvelles rencontres déportaient ou emportaient, nos secrets coincés dans nos tripes ; nous, les voyageurs, entamions une quête.  C’est pour cela qu’Olazliska était pour nous un lieu sensuel, doux, presque qu’un Éden.

Oui, ça commencera ici : entre un basque et une québécoise, Olazliska en Hongrie.  Une jeune femme d’une vingtaine d’années se préparait, pour la mille et unième fois, à avorter une histoire.

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