Ich Liebe Dish


Avant qu’il parte pour l’été dans son village natal de l’Allemagne, j’avais passé la nuit dans sa demeure familiale sur la rive Sud de Montréal. Appareil photo à la main, je voulais saisir, tel le peintre abstrait, l’intérieur de sa beatle pour mon expo dans le cadre d’un cours de photographie contemporaine. Il étudiait l’architecture, mais je le trouvais plus sexy dans son habit de garagiste one piece bleu marin. Il parlait toujours d’immeubles, de fontaines et de sa voiture. Quelques jours plus tôt, il m’avait amenée sur la rue Saint-Hubert afin que j’y choisisse mes tissus préférés. Et quelques jours plus tard, il était chez moi, avec une superbe robe qu’il m’avait lui-même confectionnée. Je commençais déjà à avoir des douleurs abdominales le jour qui précédait son départ.  Inquiet par mon état de santé, dont les causent étaient l’anticipation d’une perte dans mon estomac, doublée d’une insécurité qui se logeait au plus profond de mes entrailles, il m’a offert une liasse de billets que j’ai drastiquement refusée.

Le lendemain, alors qu’un avion traversait le ciel, je me suis évanouie une première fois. Puis une seconde fois, durant un cours de chant classique, en interprétant des pièces lyriques italiennes. Mes maux abdominaux se sont cachés des médecins tout l’été, mais les crampes et les évanouissements étaient pourtant bien réels.

Nous avions convenu de nous écrire plutôt que de nous appeler, l’échange épistolaire nous apparaissant plus romantique. Comme je n’avais toujours rien reçu, je décidai d’entamer notre conversation écrite. Je fis développer en grand format la photographie du moteur de sa beatle, la figure du cœur qui lui serait la plus significative. Derrière la photographie, et à l’aide de mes cours d’allemand, j’avais écrit maladroitement quelque chose comme : Ich Denke oft an dir, du felst mir, Ich liebe dish, Patty xx. Ce qui veut dire : Je pense souvent à toi, tu me manques, je t’aime.

Quand il est revenu à Montréal, il m’a montré une photographie d’une fille en petite serviette de bain. Il était tombé amoureux là-bas : « c’est la plus belle photo du monde, regarde ses jambes! ». Il voulait que je l’aide à lui trouver une robe et ils avaient convenu de s’écrire jusqu’à ce qu’ils se retrouvent l’été suivant. J’ai anesthésié tout mon intérieur afin de pouvoir continuer la discussion.

-Je t’ai envoyé quelque chose et ça m’est revenu par la poste, tu ne l’as donc pas reçu?

-Non, c’était quoi?

-Rien, juste un petit mot comme ça, vu qu’on avait dit qu’on s’écrirait…


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