Muraille

Sa mère faisait du chocolat. Il me suivait après les cours. Il me téléphonait trop souvent.

Je l’ai rencontré dans un cours de philosophie. Il m’offrait toujours du chocolat. Sa mère avait beaucoup de moules à chocolat. Puis un jour, il est arrivé avec l’un des plus absurdes paradoxes pragmatiques : une brosse à dent en chocolat.

Il croyait que la souffrance lui était inconnue, car il avait compris, lui, ce qu’était l’égo transcendantal d’Edmund Husserl. C’est ce dont il me parlait lorsqu’il me téléphonait le soir. Chaque son marquait sa solitude.

Il voulait absolument venir voir ma conférence. Je parlais de la marche comme processus créateur. Il était là, côté jardin et moi devant la table de conférence : « Vous savez, Marina Abromovic a marché jusqu’au centre de la muraille de Chine pour divorcer ».

Il m’a offert un poème dans une carte avec un cœur en or gravé dessus.

Nous étions dans l’ascenseur au sein d’un pavillon quelconque de l’UdeM. Il tremblait de partout. Je réfléchissais nerveusement au divorce de Marina Abromovic. Je savais que le franchissement de la porte de l’ascenseur mettrait fin à cette situation pénible.

Je ne l’ai plus jamais revu.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s