L’attente

C’est drôle parce qu’hier, je me disais justement qu’il faudrait bien que j’apprenne à me déposer, pis cette nuit, j’ai fait un rêve, c’était une commande : j’ai demandé à mon esprit un rêve, des images qui me permettent d’approcher la signification de cette pression intérieure qui m’empêche de m’enraciner deux secondes sur mon plancher de bois franc. C’est une pression, mais c’est weird parce qu’elle me tire vers le haut, pis ça me donne un petit look aérien, je veux dire, c’est vrai que je suis tout le temps échevelée : y’a comme rien à faire!

Dans mon rêve, je faisais des choses banales comme prendre ma douche, m’habiller, manger. Je ne suis plus certaine de l’enchainement des activités, mais je sais qu’elles étaient banales et qu’il n’y avait ni temps, ni espace entre chacune d’entre elles. Mon père était là, tout le temps, mais il ne me parlait pas. Il était juste présent, partout. Moi, je n’étais pas vraiment là. Je me tenais un pied dans le monde, un autre dans un espace créé par de l’anxiété, un ici qui se bat pour être ailleurs.

J’ai souvent dit que le monde était trop petit, que la planète était trop étroite pour qu’on y respire tous les deux en même temps. Il expire, j’inspire : c’est un fait indéniable! Alors y’a personne qui peut me garantir qu’il n’entre pas encore en dedans de moi, comme ça, dans mes narines, dans mes pores de peau, dans mon sang, à mon insu. Faut pas trop que j’y pense parce que ça me fait respirer drôlement. J’attends le plus possible avant l’inspiration pis je prends le strict minimum.

MAIS Y VAS-TU MOURIR, CALICE?

que je me dis à bout de souffle. Les meilleurs pères passent leur temps à mourir, mes amies sont tristes, pis moi, l’effrontée, je les envie, pis moi, la sans-cœur, j’attends, j’attends pis j’attends que l’air du monde se libère pour prendre une grande respiration. Mais il paraît que RIEN NE SE PERD, RIEN NE SE CRÉE, non mais tu parles d’une MARDE INTERSIDÉRALE cet univers! On n’est JAMAIS débarrassé, mais j’attends au cas où parce que je me dis que même Lavoisier peut se tromper.

On raconte que la maladie mentale, c’est l’attente. Je dois être folle en crisse! Je veux dire, j’attends encore pour venir au monde, je fais la file dans les limbes pour mon baptême. Oh, j’apprends plein d’affaires en attendant! Je veux TOUT savoir, TOUT comprendre, TOUT expérimenter. DROP THE SKY, je veux dire, penses-tu sérieusement que je m’arrête à l’atmosphère où y’a plein d’air usé par mon père?

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Il s’est approprié le monde qui ne fait que lui répondre gentiment, tout le temps, mais j’ai quand même la vie, fuyante, exaspérante, comme TROP GRANDE parce que je ne lui ai pas encore trouvé d’endroit défini. Ah! Sauf peut-être les bois. C’est vrai, il ne connaît rien à ces lieux où je n’attends pas! Ça fait qu’Andromède pis les bois, ils sont à MOI!

La vieille thésarde

C’est fou comme la douleur physique, une douleur qui ne permet soudainement plus le mouvement, une douleur qui te dit que tu ne pourras peut-être pas TE DRESSER FIÈREMENT SUR TON PADDLE BOARD POUR TRAVERSER GLORIEUSEMENT TOUS LES LACS DE L’ILE DE MOUNT DESERT, une douleur qui te rappelle ta limitation pis qui est en train de te faire couler ton esti de cours de plantation; c’est fou comme cette douleur-là te ramène au centre de ton PETIT UNIVERS pour te montrer de quoi il a l’air quand on le prend en photo. Pis c’est pas très beau.

J’ai bêché dans un toit de gravier pendant une heure pour déraciner un érable, pour le replanter, pour me faire évaluer sur la pente de 2%: le collet bien dégagé, les tuteurs bien posés, les sellettes solidement attachées, FALLAIT SURTOUT PAS OUBLIER D’ARROSER! Après, je suis allée boire une partie de ma vie au parc d’à côté, j’ai mangé un GROS SAC DE MISS VICKIE’S au complet, j’ai consolé une amie qui pleurait parce qu’on était tous et toutes en train de s’engueuler en se traitant de privilégié.es: « IL EST RACISTE LE PROF NON IL EST PAS RACISTE VOUS ÊTES PARANOS », j’ai joué à marie-tue-baise avec mes collègues en prenant pour sujets les profs de l’école, j’ai pissé sur un arbre, j’ai mangé UNE SALE POUTINE à La Mère, je suis rentrée à vélo en me demandant quel âge j’avais, pis en espérant que mon chum dormait.

Le lendemain, je me suis à moitié levée pour comprendre que j’étais blessée. Je marchais avec une main dans le bas du dos, une nausée dans l’estomac pis un sentiment d’absurdité devant les possibilités de mon déjeuner. Là, je suis alitée depuis quelques jours. On me dit: « REPOSE-TOI PATTIE, C’EST BON POUR TOI, FILLE », mais je capote ben raide parce que l’immobilité, ça me rappelle mes années de thésarde isolée pis déprimée qui fermait la porte de sa pièce en demandant de ne pas être dérangée pendant qu’elle rédigeait,

mais c’était souvent juste un front pour pouvoir angoisser en paix.

L’angoisse, c’est la détente mentale par excellence de la thésarde. Les bourses doctorales : une solution pour étirer la dissimulation de sa dysfonction sociale. « Thésarde » est un état d’esprit, une sorte de maladie qui suit la thésarde toute sa vie parce que le sentiment d’INFINITUDE DE LA THÈSE, dont elle souffre, ne la quitte malheureusement pas avec la réception de son diplôme par la poste. Il se poursuit, mais sans objet cette fois, ce qui lui donne un air de « je ne réalise ni la fragilité ni le privilège de la vie ». 

Tout ça pour dire qu’avec mes maux de dos, je me sens vraiment comme une vieille thésarde condamnée à la méditation angoissante de l’infinitude, une vieille thésarde qui aurait mieux fait de se souvenir de son âge pis de rester sage devant sa vie qui sera un jour finie.

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VieilleThesarde_AmeliePaquetAmélie Paquet, La vieille thésarde, 2016

Mon amie Amélie m’a récemment offert une toile pour mettre en haut de mon diplôme sur le mur, du fine art comme pour me rappeler la vieille thésarde de mon photoroman de l’époque de la rédaction. Elle a beau vivre dans une grange avec des livres plein de pourriture, elle survit aux flammes, à la submersion d’eau pis de terre. Elle brave les grosses limaces pis les prétentieux. C’est une vieille thésarde qui ne porte pas de canne, mais une arme. Le fusil, c’est une métaphore, je veux dire, c’est comme pour dire que « THÉSARDE UN JOUR, THÉSARDE TOUJOURS » c’est ben correct parce qu’une vieille thésarde qui se pense infinie, c’est vraiment

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Militante épanouie

Durant le mois de mai, j’essaierai de faire de l’oxymore « militante épanouie » un pléonasme; je célèbrerai mes résistances quotidiennes à la Villa réflexive où je suis en résidence d’écriture virtuelle, accompagnée de Klermor.

Il y a longtemps que je me demande comment être militante féministe et épanouie. Ça me triture, ça m’obsède, ça me désespère. Maudits livres de croissance personnelle, mais c’est pas pire qu’une formation intellectuelle. S’agit de voir où ça merge. Je médite là-dessus, pas zen pantoute. Tu pourras lire mes courtes tergiversations

ici

Psychopopatty #9 : les impulsions

Je lui ai dit que j’étais un peu mélangée, un peu déprimée, qu’il avait fallu que je me garroche dans quelque chose qui me grounderait solide, quelque chose qui ressemble à avoir les mains dans la terre, pis que ça me rendait un peu insécure parce que j’avais l’impression de fuir ou de gâcher une potentielle carrière juste pour suivre une impulsion, comme ça, sans trop réfléchir, pis elle m’a dit, MAIS C’EST SUPER et je lui ai répondu avec un regard confus :

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Selon elle, il est ESSENTIEL de suivre une impulsion comme celle-là et de plonger dedans, de l’é t i r e r  d a n s  l e  t e m p s. Parce qu’une impulsion, ça ne vient pas pour rien, c’est là parce que ça fait longtemps que le désir s’étrangle dans le fond des tripes et qu’un jour ou l’autre, ça émerge, ça explose sort of. Alors, autant y aller une bonne fois pour toutes, autant se foutre de la pression sociale et

arrêter de tourner la manette de serrage pour maintenir notre POSITION dans un monde qui devient alors aussi étroit qu’un ÉTAU.

J’ai pensé C’EST BIEN TROP VRAI: je n’ai jamais suivi une impulsion JAMAIS parce que je me disais qu’il ne fallait surtout pas faire ça pour réussir quelque chose dan’ vie, pour finir happy, mais c’est tellement pas vrai, mais TELLEMENT PAS. J’ai quand même un peu résisté à sa théorie parce que ça me faisait peur, parce que ça disait quelque chose comme « t’es vraiment libre fille don’t you see? ». J’ai rectifié mon enthousiasme pis je lui ai dit OUI MAIS OUI MAIS OUI MAIS ÇA PREND QUAND MÊME UN ÉQUILIBRE UN PEU DE CONTRÔLE SINON ON N’ABOUTIT À RIEN DAN’ VIE PIS ON SERA PAS PLUS HAPPY, pis elle m’a dit NON C’EST LE CONTRAIRE FAUT SUIVRE SES IMPULSIONS FAUT Y ALLER À FOND. Mon petit monde bien contrôlé venait de virer à l’envers sauf qu’il était devenu tout grand tout clair ça fait que j’ai dit OK, OK,

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d’abord ! MAIS…

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Prévisible

Je m’étais promis que je prendrais le premier low hanging fruit dans le fig tree, que je le savourerais pis c’est ça que je fais, mais faut dire que le sucre raffiné ou pas, ça donne un boost sur le coup, mais ça finit toujours par épuiser un peu je veux dire :

JE SUIS CREVÉE !

Ces temps-ci mon fils dit toujours « JE LE SAVAIS». Genre : « je le savais que tu allais revenir tard» ou « je le savais que tu allais étudier ce livre-là ». Évidemment, il ne le savait pas vraiment, mais il dit ça pour se rassurer parce que, comme toi pis moi, il a besoin de croire qu’il a un peu de contrôle sur sa vie. Dans ce temps-là, je lui réponds (c’est un peu poche, je t’avertis) : « mais non, tu ne le savais pas vraiment, il faut que tu dises les vraies affaires mon chou ». Je lui dis ça surtout parce que j’ai peur qu’il se mette à penser que rien ne peut changer; j’ai peur qu’il perde espoir pis qu’il lutte sans ne jamais rien créer parce que ÇA VA TOUT ENSEMBLE CES AFFAIRES-LÀ. En même temps, je me sens tellement coupable d’être moins présente, de ne pas lui passer une brosse dans le toupet le matin pis de ne pas l’amener faire du bike dans la fontaine du parc Outremont. Je sais que c’est pour ça qu’il n’arrête pas de dire qu’il sait tout d’avance : c’est parce qu’il ne sait plus trop et qu’il n’a pas envie d’être déçu. En tout cas, c’est temporaire pis je te jure que je travaille là-dessus.

Ça me fait penser: quand le verdict « Gomeshi » était en train de tomber comme des centaines de briques vers ma poitrine, pour arrêter la chute parce que ça allait faire mal, parce que ça allait peser lourd longtemps, parce que ça allait me détruire, j’ai failli faire comme plein d’autres pis dire que « je le savais », que « c’était prévisible ». Pourtant, j’étais certaine que ça marcherait cette fois-ci parce qu’elles étaient une bonne gang avec un bon vent dans le dos. Chaque fois que je voyais le petit mot « prévisible » dans les articles, les posts, les commentaires, même si je le comprenais, je me sentais comme une naïve, une conne, une pas lucide. Je me sentais loin loin loin des gens, genre pas dans leur camp. J’avais envie de gens déçus, de gens tristes pis en crisse. De gens qui, pour un petit instant, ne savaient plus.

RIEN DE PLUS DÉSESPÉRANT QUE QUELQU’UN QUI CONTEMPLE NOTRE DÉCEPTION DU HAUT D’UN

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Je me suis réfugiée intérieurement en me disant: « Sont-tu vraiment en train de dire haut et fort à ces femmes (et à toutes les autres) qui ont dénoncé (ou non) que c’était prévisible? Qu’elles doivent lutter sans espérer? Et qu’avec leurs actions, elles n’ont rien créé? Tout ça pour ne pas trop ressentir? ». Je me disais qu’il faudrait peut-être ranger les « JE LE SAVAIS », surtout quand on est sur le fait, parce que collectivement pis intimement, le prévisible, ça nous défait un peu le sensible…

Not Loud ❤

Ils nous ont jugés, j’te jure, un tape à mesurer dans leurs yeux, ils ont pensé que c’était le vide, que c’était pour ça qu’on se laissait vivre ce qu’on avait à vivre pis moi j’les ai crus parce que j’ai oublié qu’ils étaient aveugles à notre espace en creux, qu’ils n’avaient aucune idée de sa densité, de son intensité, j’ai même penser qu’ils pouvaient le traverser, comme si.

« Câlisse. Câlisse. Câlisse. »

pour copier Geneviève Desrosiers: « le seul qui ait froid, c’est mon foie », je veux dire :

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d’avoir fait des parallèles avec les autres, d’avoir pensé qu’on n’était pas assez LOUD parce que j‘te jure qu’astheure, j’me crisse de tout ce qui nous croise pas, j’ai fini de chercher à donner du volume à notre espace avec des mots pis des esti de photos, pis des gestes forcés pour faire du visible ou du lisible avec ce qu’il y a entre nous; j’ai fini de figer l’élan jusqu’à faire l’amour comme dans une image, mais HEY! Ça t’arrive toi aussi même si ça prend d’autres formes, c’est normal: c’est la peur du vide qui fait ça. En tout cas, j’te jure qu’astheure, j’vais plus ignorer les photons qui nous unissent, j’vais pas non plus les encadrer, les mettre à mort avec des pixels. La lumière, celle qui se lève, qui se meut pis qui se couche va être notre seul témoin.

Love is not boastful
Love is not loud

(Lauryn Hill)

J’te jure que j’ai fini d’envier les duos d’agneaux qui font leur show, qui chantent  « un et un ça fait UN, mais ça fait aussi DEUX, euh non, attends, ça fait TROIS parce que la psychologie dit ça pis blah blah blah », j’y ai jamais cru pis toi non plus. Nous ne sommes ni UN, ni DEUX, ni TROIS mon amour, nous sommes

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just a little cloud ☁

On as-tu encore le droit d’aimer un homme à se pitcher à terre sans se trahir sans se faire dire qu’on aime trop [les hommes] pis de le trouver grand PLUS GRAND ENCORE pis d’aimer SES CHEVEUX SES MAINS SES YEUX EUX EUX comme chantait Marijo Thério dans le Jam à Beaumont parce que l’heure est au rétrécissement de l’amour : faut comme plus aimer à moins d’avoir pris la mesure de notre propre liberté (wtf) mais

Y’A PU DE HÉRO NULLE PART PU PERSONNE QUI RISQUE RIEN PIS Y’A L’HIVER QUI S’EN VIENT (MÊME PAS).

J’ai vu ta photo passer sur Internet avec une annonce en POP UP à côté, c’était écrit : « are you good in bed? » Ça a fait un genre d’effet kouletchov mais mon instinct d’inertie a opéré tout de suite une décontamination sémantique. Une chance parce qu’il fallait surtout pas que je commence à ouvrir le chakra du coeur:

C’EST VRAIMENT PAS LE TEMPS, , OK?

Il était ben plus tranquille quand il n’existait pas, ce chakra-là, ça m’apprendra à tenir longtemps les poses de yoga pis à m’ouvrir à l’infini sans me concentrer sur mes appuis.

On peut pas tout avoir il parait, mais j’ai tout ce que je veux sauf que j’ai aussi plein d’affaires que je veux pas, qui se transforment en émotions, qui s’accumulent, qui pile up par-dessus ma volonté ça fait que je prendrais ben un week-end comme dans

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avec Glenn Close qui me console sans me prêter son mari pis sans ami qui meurt svp ce sera tout avec la sauce bbq à côté pis tiens v’là ton tip je veux dire garde le change ça va être pour un take out oui parce que je suis tellement écoeurée de faire à souper de torcher de ranger non laisse faire c’est pas important j’ai rien dit don’t worry be happy.

Ce matin, je traversais le parc en diagonale, le soleil, le bleu, Veredis Quo dans les écouteurs, mais IL ME PLEUVAIT DESSUS FOR CHRIST SAKE! Je me suis arrêtée toute insultée pis incrédule, j’ai tendu la main. Y’a un passant qui m’a dit en échappant un sourire « don’t worry, it’s just a LITTLE CLOUD… it’s gonna pass… ». J’ai failli m’agenouiller devant lui parce que j’avais décidé de croire en cet horoscope improvisé pis d’inclure toute ma pile de marde dans le LITTLE CLOUD que j’avais pris au sens figuré. Ça fait que demain, je vais rouler jusqu’au Nord, là où les plus grands arbres se dressent fièrement pis je vais envisager ma destinée au-delà du « LITTLE CLOUD » avec des racines dans la plante des pieds.