Psychopopattie #7 La déception :(

J’ai lu quelque part que la DÉCEPTION n’est pas une émotion!

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La déception, c’est un GROS MOTTON d’émotions INGÉRABLE. C’est tellement DENSE que ça te prend par le bras pis ça te met en PÉNITENCE où t’es coincée entre l’envie de T’EFFONDRER SUR PLACE et celle de TE PROUVER que tu n’es pas comme ça, que TU NE T’EFFONDRES PAS, TOI

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SURTOUT PAS! On a tellement honte de la déception qu’on se lance des BOMBES TRANQUILLES du genre «  si t’es déçue, c’est que tu as trop d’attentes, ça fait que révise tes attentes pis tu vas être contente de ton petit pain, n’espère pas avoir du CHOCOLAT dessus, ce serait démesuré : ça te ferait engraisser pis blah blah blah… » 

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On va CHANGER LE DISQUE QUI SAUTE pis qui scratche la toune en même temps. Les gens qui disent « moi, je n’ai pas d’attentes » n’ont TELLEMENT PAS L’AIR BIEN. Leur face devient de la MATIÈRE INERTE non humaine quand ils le disent. Ils ressemblent à ceux qui chuchotent qu’ils n’ont plus faim quand on arrive au DESSERT, ouais ouais, C’EST ÇA ON TE CROIT : OUAIS. As-tu remarqué? En tout cas, fais-toi pas ça

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Si j’avais du cash, je veux dire VRAIMENT BEAUCOUP DE CASH, j’ouvrirais une grande MAISON DE DÉCEPTION. Je pourrais recevoir les gens déçus à longueur de journée, je veux dire, tu pourrais venir me voir pour me dire que t’es déçue. Je te répondrais que C’EST SUPER, pis je te détricoterais le MOTTON parce qu’il parait que je suis une vraie de vraie

DÉTRICOTEUSE DE MOTTON! Je démêle la DÉCEPTION pis c’est là que tu vas voir de la colère, de la tristesse, de la peur pis plein d’autres affaires, mais surtout de la HONTE, je te le jure parce que 

La DÉCEPTION c’est LA HONTE D’AVOIR EU DE L’ESPOIR

Ça te donne un bon coup de poignard! C’est ton ENFANT INTÉRIEUR (comme ils disent dans les livres de self-help) qui aimerait que LE MONDE SOIT AUSSI MERVEILLEUX QUE DANS SES ILLUSIONS. Ne refoule pas ça, ne refoule SURTOUT pas ça. Ne fabrique pas plus de MÉCANISMES DE DÉFENSE pis ne renforce pas ceux qui sont déjà en place. Ne te protège SURTOUT pas!

Il n’y a PAS de protection contre la DÉCEPTION.

Il faut plutôt que tu laisses ton enfant intérieur faire sa

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Laisse-le BRAILLER SA VIE cinq minutes ou cinq jours, pis laisse-le taper dans les murs pis haïr tout le monde. Il est déçu pis ce n’est PAS parce qu’il a trop d’attentes,

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c’est parce qu’il a de L’ESPOIR. L’espoir, c’est attendre avec CONFIANCE que quelque chose se réalise, pis la DÉCEPTION, c’est la honte que t’as envers cette CANDEUR, ça fait que ne révise PAS tes attentes, mais ACCUEILLE TA CANDEUR pis fais ton possible pour que le monde soit À LA HAUTEUR DE TES ILLUSIONS. Ne te dis JAMAIS qu’il faut que tu « grow out of it »

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N’essaie pas de te gérer le viscéral parce que je sais de source sûre que TOUS LES GESTIONNAIRES DE TRIPES font des dépressions un jour ou l’autre. Ton enfant intérieur veut CRÉER LE MONDE : RIEN DE MOINS,  pis il est ben plus BRILLANT pis STUBBORN que toi. Le seul problème, c’est qu’il n’est pas patient PANTOUTE. Faut que tu fasses avec, mais ne l’ignore SURTOUT PAS,

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Donne-lui du CHOCOLAT.

Pattie psy xx

ARE YOU SURE

J’écoutais la toune ARE YOU SURE de Willie Nelson en PILOTANT mon char manuel sur l’affreuse, la terrible rue Christophe-Colomb dans Ahuntsic. C’était juste avant de traverser le MONSTRE, je veux dire, le vieux métropolitain CROULANT. Quand je le vois au loin, c’est le SIGNE ÉMINENT que je m’apprête à entrer dans le VENTRE de Villeray. Le MAUDIT quartier Villeray comme je le dis souvent, avec ses crisse de

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C’est drôle, je parlais de ça toute à l’heure avec une amie d’enfance, je revenais d’un café avec elle pis on s’est dit

« Mais qu’est-ce qu’ils ont ces gens-pas-de-Montréal à capoter sur les RUELLES DE MONTRÉAL de même? »

C’est rendu qu’ils font des communautés pis des pages Facebook de fucking RUELLES. Je ne sais pas s’il y a des t-shirts de RUELLES, mais j’ai quasiment peur de leur donner l’idée parce que ça ferait dur en chien, un t-shirt avec une RUELLE dessus, avec un « REPRESENT » en-dessous.

J’ai des amis-pas-de-Montréal qui habitent à Montréal qui me disent souvent, PIS BEN SÉRIEUSEMENT À PART DE ÇA (je les aime d’amour pareil) :

-Hey, vous viendrez chez nous, comme ça vos enfants vont pouvoir jouer dans notre ruelle!

T’ES-TU MALADE CRISSE?

Je suis déménagée dans un quartier sans RUELLES, c’était genre ma priorité, un quartier où les enfants jouent dans les PARCS, pas sur l’ASPHALTE. C’est rendu que le monde trouve que mes enfants font pitié de ne pas avoir de RUELLE ! What the fuck, people :

êtes-vous tombés sur la NOIX d’écureuil qui mange des restes de sandwich?

-Voyons Pattie, c’est quoi ton problème avec les ruelles, han?

-Désolée, guys, j’la comprends juste pas celle-là.

Dans le temps, nos parents sur le bien-être social aimaient tellement la RUELLE qu’ils faisaient confiance à la RUELLE. « Allez dans la ruelle, là, jouer avec vos amis ». Pis on allait dans la ruelle, là, jouer avec nos amis pis avec nos BIG WHEELS pis nos BALLONS. Ça n’avait rien de spécialement gratifiant, je veux dire, c’était surtout GLAUQUE pis DIRTY. Pis un jour, j’ai une amie qui a été kidnappée dans la RUELLE, je parle de la BELLE RUELLE avec plein de parents pis d’enfants tout le temps, la RUELLE que « c’est vraiment cool, on peut laisser aller nos enfants, on peut compter sur nos voisins». ARE YOU SURE?

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T’as beau te l’approprier, la RUELLE peut toujours t’attraper, c’est pas une extension de ton chez-toi, fais pas croire ça à tes enfants, FAIS PAS ÇA. Y’en n’a pas une de nous autres, je parle de mes amies natives de la Montréal pleine d’asphalte, PAS UNE, qui n’a pas été agressée sexuellement dans les fucking RUELLES qui étaient don’ ben le fun, don’ ben famille, don’ ben protégées.

Je disais donc que j’étais dans mon char et que je m’apprêtais à traverser le métropolitain qui DÉGOULINE. Je voulais aller voir mon ancienne école primaire. Mon amie venait de me dire qu’ils étaient en train de la DÉTRUIRE. D’autres écoles vont subir le même sort bientôt, j’imagine. La pauvre école était pourrie de l’intérieur, 

comme si je ne le savais pas depuis la fois où la directrice m’avait tapée. Elle pis sa face qui se décomposait en croutes au fil des peelings qu’elle faisait à longueur d’année. Comme si c’était ça, la BEAUTÉ.

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Je me suis arrêtée devant l’école, pis je l’ai regardée, pis j’ai pris une photo, mais j’ai quand même pas fait un selfie avec un titre du genre : 

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J’essayais de trouver ça triste parce que je trouvais ça beau de trouver ça triste. Je voulais faire comme tout le monde qui trouve ça triste les écoles primaires DÉTRUITES pis qui les trouve belles les RUELLES pas belles, mais au fond, j’étais ben contente qu’on soit en train de METTRE LA HACHE dedans. Je m’imaginais qu’on allait y construire un beau parc de GAZON avec des petits murs d’escalades pis des toboggans géants. Enfin un parc dans l’coin! Pis y’avait Willie Nelson qui chantait doucement:

Look around you, take a good look

And tell me what you see

ARE YOU SURE that this is where you want to be?

Pis je me disais que j’étais contente en ta d’être partie de là, loin de toutes ces histoires-là, parce que j’aurais pogné des CHAMPIGNONS moi aussi à force de me dire que c’était pas pourri, que c’était ça, la VIE : une ruelle d’asphalte pour jouer avec ses amis. Mais don’t get me wrong, c’est pas du mépris.

Psychopopattie #6 La culpabilité

Crois-tu à ça, toi, la théorie des ASTRES QUI S’ALIGNENT?

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Moi je crois à ça ALL THE WAY, pis je pense même que nos CHEVEUX, c’est comme des ANTENNES qui nous relient au COSMOS, c’est pour ça que j’étais vraiment désespérée quand je les perdais. C’est bien connu : pas d’antennes, pas d’astres qui s’alignent. Quelle horreur, ça fait peur. J’ai lu ça quelque part, je pense que c’était au Spa Eastman à Orford quand j’attendais pour mon soin du visage ou quelque chose comme ça, en tout cas, ça m’avait fait du bien le facial. Pis du mal EN MÊME TEMPS. J’ai un rapport un peu polémique avec le spa, c’est TELLEMENT BOURGE que j’arrive jamais totalement à me DÉTENDRE LES ANTENNES, c’est plus fort que moi, je me sens 

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pattieguiltyMais il paraît que la culpabilité, QUAND T’AS RIEN FAIT pis que tu peux rien faire, c’est vraiment juste une manière DÉSESPÉRÉE de se faire croire qu’on a du  

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sur une situation.

On se sent COUPABLE comme si on était AU MILIEU DU COSMOS, comme si nos gestes comptaient FOIS MILLE dans l’UNIVERS.

Ça me fait sentir moins coupable de ne pas me sentir coupable parce que finalement la culpabilité, c’est vraiment SE PRENDRE POUR LE BOUT DE LA MARDE. Le problème, c’est qu’être INNOCENTE, c’est dur à accueillir, c’est tough à porter, ça veut dire qu’on n’a pas vraiment de POUVOIR sur grand-chose, ça fait mal à la PETITE PERSONNE, comme on dit. Pis à force de se déculpabiliser, on pourrait devenir une gang de lâches! Mais ça c’est pas vrai, on est plutôt une gang d’immatures qui ne font pas la différence entre la CULPABILITÉ pis la RESPONSABILITÉ. Dans la CULPABILITÉ, on est juste GOSSANTES, on aide personne. Dans la RESPONSABILITÉ, on agit, on reconnait qu’on est privilégiées. Pis on VIT, aussi. C’est quand on commence à se sentir RESPONSABLES-INNOCENTES que LES ASTRES S’ALIGNENT pis que le quelque chose en lequel je ne crois pas PANTOUTE nous organise la vie exactement de la bonne manière

avec des GLITTERS pis toute.

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Tu visualises et tu obtiens, tu visualises et tu obtiens, tu visualises et tu…bon t’as compris le PRINCIPE, là !

La seule chose qui entrave ça, c’est la maudite CULPABILITÉ. Tu peux être en crisse, tu peux être triste, tu peux être jalouse, tu peux être frustrée, peu importe : tant que tu ne te sens pas COUPABLE, t’es SAFE, LES ASTRES VONT S’ALIGNER, ils vont faire toute sorte de CONSTELLATIONS juste pour toi, ça va être beau, ça va être

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Mais il va y avoir des gens qui vont essayer d’éteindre tes étoiles pis de briser les lignes qu’elles ont faites pour toi, ça, c’est INÉVITABLE, t’as pas besoin de te battre, tu peux dire « HEY DARTH FUCKER : DÉCRISSE », sans te sentir COUPABLE. C’est la Guerre des étoiles pis des fois, ça devient TELLEMENT ÉTOURDISSANT que tu vas penser que t’es ÉCERVELÉE :

c’est PAS VRAI, c’est tellement PAS VRAI. Fais confiance à ta TIGNASSE, toi, TU LE SAIS que même si ça EXPLOSE, au final, il n’y aura pas de CHAOS dans ton UNIVERS.

Pattie Psy xx

Cher habitant du monde tranquille

Cher habitant du monde tranquille,

Je dis ça comme ça, je t’invente un genre de monde inversé. Je te l’ai concocté pour le FEELING, inutile de me dire que ce n’est pas réaliste, que la comparaison n’est pas bonne. J’aurais pu te parler de femmes qui agressent des hommes, mais tu ne m’aurais pas pris au sérieux mon p’tit torrieux, t’aurais ri, t’aurais peut-être même dit:

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Je vais te faire un monde, non tient, plutôt une ville et tu me diras si tu te sens encore VIRIL. Je ne te la souhaite pas, mais je t’invite à la méditer pendant que tu fais quelques pas. Tu habites cette ville où depuis plusieurs années, des hommes par milliers se sont mis à violer d’autres hommes, juste pour le fun. Il y en a de plus en plus. C’est un genre de MODE. Toi pis tes amis, vous avez décidé de ne plus marcher seul dans la rue, le soir, quand il fait noir. Vous prenez des taxis, mais les violeurs d’hommes, il y en a là aussi. C’est arrivé à Rémi. Il y en a en plein le jour aussi. En fait, il y en a même peut-être parmi tes amis. En tout cas, tu te méfies, parce que Marc, lui, c’est son meilleur ami qui l’a pris de force par-derrière, il n’a vraiment rien pu faire.

Tu ne veux pas vivre ça, et je comprends ça, je veux dire c’est pas juste désagréable, c’est tout simplement inacceptable. Tu es de ceux qui ne se font pas à l’idée d’être opprimé. Alors tu essaies d’argumenter, mais tu n’es jamais vraiment écouté, tu te fais traiter de frustré et de mal baisé. C’est là que tu te rends compte que le terrain est fertile pour les violeurs dans ta ville. Tu veux que ça arrête, l’impunité, parce que tu sais que quand ils sont épinglés, les violeurs les plus malchanceux font genre deux ans, pis c’est rarement en dedans, alors que les autres ont un avertissement. Tu as plein d’amis qui ne s’en remettent pas, qui font des dépressions, qui sont malades, qui ont de la misère à se faire une vie, ils passent beaucoup trop de temps chez le psy! Ça te révolte et tu as bien raison, je veux dire, ce n’est pas moi qui va te tourner en dérision, mais « tu feras quand même pas une manifestation, y’a des limites,

RELAXE DUDE, PRENDS ÇA COOL ! »

On te dit de t’habiller avec convenance, ça évite d’éveiller chez ces hommes l’envie de te faire violence. Sauf que tu constates, du haut de ta PROSTATE, que des hommes voilés, comme entièrement dissimulés, se font aussi violer. Alors, même habillé de la tête au pied, tu n’es jamais tout à fait rassuré. Ça t’insécurise de te faire dogcaller, par ces hommes affamés, qui te regarde avec des yeux plein de queues, mais quand tu dis que tu as peur d’eux, que tu fais le lien avec les violeurs, on te dit publiquement que tu es un emmerdeur, on rit de toi, « tu sais pas prendre un compliment?

PAUV’ P’TITE DOUCEUR ! »

On te montre bien que tu es ridicule parce que c’est pas comme si t’aimais pas un peu ça qu’on te prenne de force pis qu’on t’encule.

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Patty xx

La féministe qui ne dérangeait pas

Ouais. Moi aussi j’ai regardé le documentaire Beauté fatale hier, celui qui met en vedette Léa Clermont-Dion, ce personnage que l’on confond toujours avec l’individu que nous ne connaissons pas. Je réitère : nous ne la connaissons pas. Même si on lit son journal intime.  Même si on visite sa maison familiale. Même si elle s’ouvre à nous.

Ce que certains ont perçu comme une sorte de narcissisme candide, je l’ai plutôt vu comme une volonté de mettre une souffrance sur la place publique. Pourquoi? Parce que cette souffrance est partagée, parce que cette souffrance ne nous appartient pas entièrement. C’est comme pour remettre à chacun la responsabilité de réfléchir, de s’indigner, d’agir. Et quand on sait qu’en psychologie, on associe souvent l’anorexie avec la mère, franchement, j’ai trouvé cette confrontation mère/fille humble, audacieuse et inspirante.

Était-ce la place, vous allez me dire? Moi je trouve que oui. Il n’y a pas une meilleure place que la place publique pour faire bouger les choses. La famille, si elle fait partie du problème, ne devrait pas y échapper, car la plus grande partie du tabou se trouve toujours entre les murs de la maison.

C’est peut-être fait maladroitement, et pour plusieurs, superficiellement. Il y a peut-être trop de paradoxes. Léa, on le dit souvent, pratique un féminisme qui ne dérange pas. Mais ironiquement, je n’ai jamais vu une féministe autant déranger en ne dérangeant pas! How’s that pour un paradoxe? Pourquoi sommes-nous toutes rivées à nos écrans?

Parce qu’elle dérange. C’est un féminisme qui dérange à sa façon. La grande question est : est-ce qu’il transforme? Il est trop tôt pour répondre à cela! Mais Léa est un véritable moteur à critiques féministes. Après tout, les super Hyènes en jupon disent avoir monté leur projet suite à une lettre qui critiquait le féminisme de Léa. Ce n’est pas rien.

Léa expose son processus, elle se refait devant les médias. Elle est devenue une sorte de téléréalité pour féministes, entre autres. « Quand va-t-elle se rendre compte de son paradoxe? » Bon, ça y est, c’est fait! « Quand va-t-elle parler du patriarcat? » « Quand va-t-elle reconnaitre son privilège? » On attend toujours. Et on la suit, avide, dans tous ses projets. Pourquoi?

Pour pouvoir dire qu’elle aurait dû […] (Ajoutez ce que vous voulez entre les crochets, je serai sûrement de votre avis), la liste ne saurait être exhaustive pour un sujet aussi complexe. En fait, il y avait deux sujets complexes et un lien beaucoup moins évident qu’on ne pourrait le croire entre les deux : l’anorexie et l’obsession de la beauté.

J’ai pu lire des trucs comme « Le projet n’est pas assez abouti », « Les réflexions ne sont pas assez matures ». On n’est jamais assez, nous, les femmes, pour parler publiquement. Il faut attendre, même quand on a la rage au ventre parce que le simple fait d’être qui nous sommes et de dénoncer pourrait nuire aux autres. Nous avons toujours cette foutue responsabilité, nous sommes toujours responsables des autres.

Cela dit, on peut critiquer le documentaire, sa réalisation, son angle, son contenu et, oui, son personnage. C’est même important de le faire. C’est un peu à ça que ça sert, un documentaire. Je mets au défi quiconque de me nommer un documentaire qui traite d’un sujet de manière exhaustive et objective, ce serait vraiment se leurrer que de croire en une telle chose. En tant que sémioticienne, les documentaires me laissent toujours insatisfaite : toujours! J’ai toujours l’impression d’avoir effleuré le sujet et d’avoir été soumise à un point de vue restreint.

En fait, je hais les documentaires. Mais ça, c’est une autre histoire.  Ce qui est important, c’est le moteur qu’ils représentent pour la réflexion, la critique, le changement. Et là, je ne peux m’empêcher de croire que l’on tient quelque chose puisque Beauté fatale suscite un intérêt et beaucoup de critiques.

La critique est, en ce sens, essentielle, c’est clair, mais n’oublions pas de créer des remix (après tout, le Web, ça sert aussi à ça), de faire des films, d’écrire des livres qui, sans nécessairement critiquer directement, construisent le monde dans lequel nous voulons vivre. Autrement dit, n’oublions pas que de prendre notre place ne nécessite pas de prendre celle d’une autre. N’oublions pas que pour débattre des idées, il n’est pas nécessaire d’abattre des individus.

Car j’ai tout de même un peu l’impression qu’on commet la même erreur que les fans d’occupation double qui s’en prenaient aux participants personnellement dans les rues. Comme s’ils n’étaient pas des personnages. Comme si c’était la réalité. Ce qu’il faut regarder, c’est la construction du personnage de Léa opérée par les médias. C’est une construction à laquelle contribue le documentaire et Léa elle-même, sans doute. Au fait, qui a réalisé ce documentaire? Léa Clermont-Dion? Ben non, c’est André St-Pierre. Un mec! À go, on se jette dessus les filles? J’niaise.

Truth : si Léa avait fait une analyse de l’obsession de la beauté en parlant du patriarcat, on ne l’aurait pas vu dans notre télé, ce documentaire. C’est cela qui est révoltant. C’est cela qui est choquant. Ce n’est pas le fait qu’elle ne l’ait pas fait. Et même si je nous regarde, moi pis ma gang d’amies, pas maquillées toutes ébouriffées parce qu’on est plus préoccupées par nos sujets de thèse, de livre ou d’article qu’autre chose, je suis capable de reconnaître que des femmes ont besoin de cette surface léchée médiatique habituelle pour connecter avec ce sujet. On peut difficilement connecter quand on se sent menacée. On ne peut transformer la pensée des gens sans connecter avec eux.

Et oui, on peut se sentir un peu menacées par la place que prend Léa comme féministe dans les médias quand on a du mal à connecter avec son personnage, avec ce qu’il représente. Mais quelque chose me dit qu’on est toutes un peu persuadées que ce personnage a le potentiel de créer un pont entre les mondes, sinon, on ne le talonnerait pas comme ça.

Et je me dis que peut-être, un jour, genre dans quarante ans, on va constater que Léa, jadis jeune féministe qui ne parlait pas beaucoup de patriarcat et qui soi-disant ne dérangeait pas, aura ouvert la porte des médias aux féministes plus radicales. Ces féministes qu’elle a toujours traitées avec respect, voire avec admiration.

Apprentie guerrière

Je pourrais écrire des heures à propos de cette chanson dont j’ai l’impression d’être la seule au monde à pouvoir comprendre. C’est ça, une bonne chanson, ça te fait croire que le message caché dedans a été mis là juste pour toi, pour te révéler toute au complet, même si tu dérapes dans tes interprétations. Je veux dire, tous les mélomanes que j’ai rencontrés sont au moins un peu narcissiques. Comment dire. Cette chanson elle parle d’amour, il me semble, mais aussi de sexualité. De la rencontre des deux qui forme l’intensité; cette intensité qui me donne l’impression parfois que je vais mourir ou qu’on est comme en train de s’entretuer. Faire l’amour, s’entretuer, ça se ressemble un petit peu, je veux dire, le bon sexe est douloureux. C’est physique, mais je ne parle pas de violence, ni de harshness ou de quoi que ce soit comme ça, j’en ai tellement marre d’entendre parler de ces affaires-là : esti que je suis tannée! Non c’est une autre forme de douleur, c’est une douleur qui libère, en tout cas moi ça me faire rire et pleurer en même temps parce qu’il n’y a plus de scission entre les émotions. Je me reconnais dans l’« apprentie guerrière, démaquillée », la revenante « tachée des cendres », la « braise vivante » qui vient « brûler », la « fille contondante bien aiguisée » qui « plonge dans des viscères » pour « exploser ». Fanny Bloom chante tout ça avec une telle douceur et avec tellement de lumière, je veux dire c’est tellement lumineux qu’on ne peut pas voir l’image littérale, on ne fait que ressentir profondément la douleur en même temps que la beauté. Et c’est encore plus intense quand la douleur est comme habitée par la beauté. En tout cas, pour moi, c’est un peu ça, la sexualité.

L’inceste n’existe pas

On ne parle jamais d’inceste* dans les médias. Ou presque.

Michèle Ouimet choisit d’écrire un article sur ces femmes qui pardonnent la pédophilie. C’est accrocheur, non? Pourtant, ce n’est pas ce dont elle parle. Elle parle (surtout, mais pas seulement) des mères qui pardonnent l’inceste que leur mari a fait subir à leur propre fille. Un peu moins punché!

Elle ne parle jamais des conséquences énormes de l’inceste, de ces vies détruites à la racine parce que l’agresseur aurait dû prendre soin de l’enfant, parce que l’agresseur partage le même lit que la mère de sa victime.  Ai-je besoin d’aller plus loin?

L’auteure de cet article mélange tout. Elle met dans le même paquet les femmes qui pardonnent à leur mari d’avoir agressé sexuellement et les mères qui pardonnent à leur mari d’avoir agressé leur fille. Elle confond la véritable victime avec la mère qui a pour rôle de protéger sa fille. Elle parle de pédophilie au lieu de parler d’inceste.

Michèle Ouimet n’écrit jamais le mot « inceste »!

Elle nous parle de ces femmes qui pardonnent. Elle fait comme si elles étaient exceptionnelles. Elle parle d’un « puissant tabou ». Et par dessus le marché, elle les appelle des victimes.

Si l’inceste persiste, c’est aussi parce que des mères ferment les yeux ou pardonnent. Ce n’est pas l’exception, c’est la règle dans les cas d’inceste. L’inceste, c’est une dynamique familiale. Michèle Ouimet mélange donc aussi le véritable tabou qu’est l’inceste avec ce qui contribue à perpétuer l’inceste, ce qui participe à ses conséquences dévastatrices : les mères qui pardonnent au détriment de la santé mentale de leur enfant.

Une véritable victime collatérale de l’inceste n’est pas une mère qui pardonne et qui s’en voit ostracisée. C’est une mère qui ne savait pas et qui, lorsqu’elle l’apprend, choisit sa fille plutôt que son mari. Sinon, elle est complice, elle n’est pas victime.

La victime collatérale souffre avec la véritable victime, c’est là que va son empathie, pas avec la souffrance de l’agresseur. En faisant de la mère qui pardonne une victime collatérale, on est en train de dire que l’agresseur est une victime. Et la véritable victime, qui renie sa mère (comme si elle avait le choix) devient, en quelque sorte, l’agresseur. Elle fait souffrir sa mère qui devient alors doublement victime.

Dois-je rappeler que ce n’est pas à la mère de la victime de décider de pardonner? Que ce n’est pas non plus  à la femme de l’agresseur de le faire dans le cas des enfants abusés qui ne sont pas les siens? Que ce n’est pas elle qui a été agressée?

C’est subtil, mais c’est bel et bien le glissement qui s’opère dans cet article qui n’aurait pas dû être écrit. En tout cas, pas comme ça.

Mais on ne dira rien parce que l’auteure. Parce que le Québec. Parce que le féminisme prudent. Et parce que le pardon, c’est tellement beau, han, le pardon?

Et on ne dira rien parce que l’inceste n’existe pas.

*Inceste : Lorsque l'abus est commis par un membre de la famille. 
Dans les définitions de l'inceste, le beau-père en fait partie. 
L'inceste n'est pas nécessairement considéré comme de la pédophilie.