Archive pour la catégorie ‘T’observe allègrement

C’est vrai que c’est sexy pareil un gars qui cuisine

Vendredi, janvier 27th, 2012

Certains hommes ont le don de rendre la viande attirante, même pour une genre de végétarienne  qui va chercher un gigot d’agneau une fois de temps en temps pour son chum. Les bouchers de Chez Vito m’invitent toujours à venir en arrière pour choisir ma pièce de viande, ils me la désossent, pis après ça, ils me préparent toujours un petit assaisonnement. Je trouve ça ben ben ben sexy. JE SUIS PÂMÉE QUAND ILS METTENT LE ROMARIN. Je sais pas pourquoi.

Au milieu de toute cette belle viande, enfin, pense pas croche, je suis charmée.

En sortant de la boucherie toute à l’heure j’étais comme SUREXCITÉE pis j’ai dit à mon chum qui m’attendait dans le char  :

-Hey, chaque fois que je vais là, y’a un bel homme qui me fait une coup’ de clin d’oeil en assaisonnant mon gigot dans le backstore. JE VAIS Y RETOURNER!

Juste pour avoir des CLINS D’OEIL!

S’tie que j’aime ça des clins d’oeil!

Bon, faudrait peut-être que je me prépare pour la table-ronde sur les blogs, je veux dire, trouver un kit à mettre parce que j’ai toujours quelque chose à dire anyway.

Dans ta tête (un exercice d’empathie) :: 3

Jeudi, octobre 13th, 2011

Patty avait vite compris que ce n’était pas vraiment fini, entre Anna et moi. Elle refusait pourtant catégoriquement le statut de relation éponge. Elle avait décidé qu’elle serait spéciale, coûte que coûte, même si ça supposait d’être spécialement pathétique.

Elle m’avait embrassé passionnément au café de l’Excentris, dès notre première sortie. Elle portait son manteau de cuir noir ajusté et des skinny jeans avec des bottes de cowboy. Je la trouvais tellement sexy ce soir-là et je lui avais dit. C’était le genre de fille à qui tu pouvais dire n’importe quoi une fois qu’elle t’avait regardé avec complicité.

Elle avait saisi le collet de ma chemise avec ses petits doigts un peu froids. Elle m’avait regardé droit dans les yeux, jusqu’à ce que je devienne mal à l’aise. Je me tortillais nerveusement sur le banc du bar. J’étais à moitié assis et un peu en déséquilibre. On aurait dit que ça l’amusait. Puis elle s’était approchée jusqu’à ce que nous respirions littéralement le même air. Elle avait ensuite collé ses lèvres sur les miennes en faisant remonter délicatement sa main sur ma nuque. Je ne savais pas trop comment son autre main était arrivée dans mon dos, sous ma chemise.

À ce moment-là, je lui avais reconnu toute l’intensité d’un authentique tempérament bouillant. Ça ne semblait pas être quelque chose qu’elle arrivait à maîtriser, en général, dans la vie. J’aurais dû m’en méfier.

Ça avait duré longtemps, il me semble. C’était doux et hyper violent en même temps. C’était comme si elle avait voulu me démontrer de l’affection et de la haine en même temps. Il y avait tellement de courant électrique dans ce baiser là que, à bout de souffle et les yeux plein de désir, je lui avais demandé :

-veux-tu venir coucher chez moi?

Elle m’avait répondu : « t’es-tu malade crisse? »

Dans ta tête (un exercice d’empathie) :: 1

Jeudi, octobre 6th, 2011

Je fréquentais une femme qui avait presque deux fois mon âge dans ce temps-là. On passait notre temps à s’aimer et à s’haïr. On prenait des pauses environ à chaque trois mois pendant un mois, en s’assurant de passer Noël, l’Halloween et la Saint-Valentin ensemble.  Pâques, c’était pas grave.

Elle avait deux enfants d’un mari précédent et moi, j’avais deux testicules bien à moi. Tout ce beau monde-là ensemble, c’était pas toujours compatible. D’autant plus qu’il fallait toujours une bonne raison à Anna pour faire l’amour et que l’envie, c’était pas raisonnable. À chaque fois que je lui proposais, elle me sortait un vieux magazine de femmes dans lequel elle avait pris soin d’insérer un échantillon de parfum. C’était pas parce que je puais, c’était simplement pour pouvoir me lire la statistique de la page trente neuf à côté de la pub de Loréal.

-Regarde Mathieu, ils le disent ici : le sexe, c’est 10% d’un couple.

Quand on prenait des pauses, je me trouvais toujours une fille de mon âge ou plus jeune, question de me remettre sur le piton avant de retrouver Anna pour un autre trimestre. Comme tout bon intello, je croyais que plus les trimestres étaient pénibles, meilleures seraient les pauses.

Quand j’étais pas avec Anna, j’avais juste envie de baiser sans détour, sans rituel, sans lubrifiant pendant une couple de semaines. C’est pendant une de ces pauses-là que j’ai décidé de travailler sur le cas de ma collègue Patty.

Avec des intervalles

Mercredi, juillet 27th, 2011

Petites roches, clés antiques, boules en verre. Ici, rien n’est laissé au hasard sauf peut-être le plan de tomates sur le balcon : transplantez-le pour l’amour des Appalaches! J’ai descendu jusqu’au sous-sol à la rencontre de ton atelier parce que j’étais curieuse, parce que j’étais envieuse, parce que tout me parle dans cet espace liminaire encadré de fiches techniques placées sous des toiles qui s’arrimeront à un meuble de ton salon. J’ai cru y entendre, avec des intervalles :

 On ne devient pas riche en faisant de l’art on fait de l’art parce qu’on est riche, bon!

Tubes de peinture, plumes de paon, colle à bois. Rien n’est laissé au silence ici sauf peut-être ton vieux sofa lit, ta doudou d’artiste : changez-le pour l’amour de la grenouille qui décore le nénuphar avant qu’elle ne saute dans la swamp.

 Parce que t’as beau mettre des drains dans le fond, t’auras toujours de la swamp dans ton FAUX lac.

En même temps, on se disait que ça faisait drôle d’habiter ici pour quelques jours, que c’était pas si drôle en fait que c’était bourgeois et que, finalement, même si on en rêve, on préfère le chemin qui nous y mène en espérant que les intervalles s’étirent ou qu’ils nous mènent ailleurs parce qu’on a pas envie de finir nos jours à tondre les intervalles entre les arbres, entre les fleurs, ENTRE NOUS DEUX.  Lys rouges, ponts de bois et petits bancs. Rien n’est laissé à la nature ici, sauf peut-être les pins blancs : semez-en d’autres pour l’amour des trois étangs que t’as fait creuser pour les sculptures de ton jardin.

Hier, il y a eu une tempête dans ta carte postale  dont tu ne regardes plus que le verso parce que ton bureau fait dos à la baie vitrée, fait dos à ta propre nature parce qu’il fait dos à la foudre toute fougueuse. Des grêlons se sont attaqués à tout ce qui n’est pas vivace, à tout ce qui fait semblant, à tout ce qui ne peut pas tougher la run sans toi. C’était WILD, c’était beau, mais j’ai eu peur parce que j’étais toute affaiblie par la toile du paysage immobile que t’as taillé sur mesure avec tes mains, tes yeux, avec ta perception de la violence. Je disais même à Mathias de cesser de régurgiter, de pèter, de pleurer parce que ça faisait comme brutal, ici, chez toi.  Je trouvais que les couleurs extrêmes, mouvantes, vivantes de son tapis d’ÉVEIL déclaraient une guerre sans mercie au tapis antique de ton salon. 

Lave-vaisselle, lecteur mp3, cinéma maison. Rien ne manque ici, sauf peut-être l’Internet trop intermittent qui t’ouvre sur le monde avec des intervalles : faites quelque chose que j’arrête de « mauvir » les pages de mon sketch pad avec des ébauches de billets de blog. Je pourrais les écrire dans Word, tu me diras, mais je n’y avais même pas pensé. Je ne pense pas ici, je médite en écoutant Janis Joplin que t’écoutais toi aussi d’ailleurs avant qu’elle ne discorde avec les cocottes vernies que t’as disposées sur tes haut-parleurs Paradigm. Et je me dis SANSINTERVALLESAUCUN que, POUR L’AMOUR DU MONDE, jamais JAMAIS

je ne tournerai le dos a l’extrême, à la mouvance, à la


#dérive

Instinct de survie

Jeudi, juillet 7th, 2011

C’est ça qu’il dit Burt Reynolds dans le film Deliverance. Parce que quand il n’y aura plus assez de place pour tout le monde, quand il n’y aura plus le petit confort douillet, quand l’argent vaudra plus rien, quand ça va être la loi de la jungle, c’est QUI qui va survivre, HEIN?

Ouf! J’y pense là, il est quand même CUTE Burt Reynolds dans ce film-là!

On parle souvent de ça, moi, mon chum pis son ami Christian. Ce sera PAS l’homme d’affaire qui est pas capable de toucher de la terre sans se laver les pattes, pis ce sera pas la fille qui peut pas sortir sans se limer les griffes NON PLUS.

Grrr, s’tie qu’il est VIRIL dans ce film-là Burt Reynolds, manque juste sa moustache!

Pis on se dit que c’est pour ça qu’on va jamais arrêter d’aller dans les bois, de dormir à la belle étoile, de se laver dans le lac, de se partir un feu sur la neige pis de manger des champignons sauvages. JAMAIS!

 Hmmm, non mais il est vraiment SEXY Burt Reynolds avec ses pecs de la mort!

Pis on se dit aussi qu’on veut transmettre ça à nos enfants parce qu’on sait pas quel genre de monde les attend, parce que c’est vraiment GRAVE ce qui se passe dans le monde!!!

 Aïe aïe aïe, non mais il me fait CAPOTER Burt Reynolds avec sa petite veste pas de manches!

Pis c’est PAS en réfléchissant sur l’esthétique de la viande avariée dans les peintures de Chardin qu’on va réveiller notre instinct animal pis apprendre à se battre pour notre, mmm, notre WOW

Des tripes à l’œil gauche

Vendredi, août 20th, 2010

J’ai attrapé quelque chose, un peu comme un rhume, genre, c’est VRAIMENT INTÉGRÉ, c’est pas un tic, encore moins une obsession, mais j’arrête pas de le faire, à chaque fois, dans le métro, pis dans les cafés, pis dans la rue, pis même dans le corridor de mon bloc appartement, JE LE FAIS N’IMPORTE OÙ, AUCUNE RETENUE. Je ne suis pas en manque, tellement pas, c’est pas ça. Pourtant, je suis assez timide, mais pas tant que ça, moins que je pense. Je l’ai même fait à Julien, un bon ami d’enfance. Je capote, faut que j’arrête!

De faire des clins d’œil aux gars que je trouve cute, avec un petit sourire. Quand je vois qu’ils deviennent ROUGES,  ben c’est là que je réalise :

«hey Patty, t’as ENCORE fait un clin d’œil à un gars CUTE»

pis ça me trouble, mais en même temps, j’aime ça, enfin, ça me THRILL au boutte des FACES ROUGES de gars cute. Il faut dire que je suis une FAN des clins d’œil, je veux dire, ça me séduit tellement, moi, des gars qui me font des clins d’oeil :

Mais MOI qui fais des clins d’œil, c’est nouveau, enfin, depuis quelques mois je pense, depuis que je ne porte plus mes broches peut-être :

-ben oui, Patty, peut-être que tu te sens plusse chicks »  comme Julien a dit après que je lui aie fait un clin d’œil à mon insu.

-Mais  Julien, je sais pas comment arrêter, comment dire, ça passe DIRECTEMENT des TRIPES à l’OEIL GAUCHE!

Secrets d’une prodige

Vendredi, juillet 2nd, 2010

Mes déplacements se limitaient généralement aux quatre étages de la piaule américaine dont je devais laver de fond en comble les moindres petits racoins. Je rasais toujours de me péter la gueule en descendant les escaliers de bois vernis et je maudissais la rampe en colimaçon qui, à l’image des occupants de la piaule, était plus décorative que fiable. Diana avait même fait installer des intercoms tant elle en avait marre de venir me chercher au quatrième pour que je vienne m’occuper de ses monstrueux petits criards au sous-sol. Ça me pétait les oreilles à chaque fois qu’elle l’utilisait, mais au moins, je pouvais faire de vilaines grimaces en répondant “I’m coming” en guise de défoulement puisqu’elle ne pouvait pas voir ma tronche d’hystérique dégénérée.

Je n’avais congé que le samedi et durant cette journée, j’allais à mes cours de guitare à l’Académie de musique le matin, puis l’après-midi, je découvrais les lieux d’art contemporain de la plus belle ville du monde. J’avais envie de développer un peu plus mes talents musicaux durant mon séjour et de profiter des méthodes pédagogiques américaines, car elles étaient différentes de celles que je connaissais à Montréal. Mon prof était tellement cute que je me pétais les doigts à perfectionner des interprétations de pièces de jazz hyper complexes. Je pratiquais tous les soirs durant plusieurs heures puisque la femme de ménage qui se faisait pitcher des linges à vaisselle en pleine face et la gardienne d’enfants qui en était à sa quatrième morsure avaient toutes les deux besoin du regard approbateur d’un beau jeune homme talentueux. J’avais tellement de corne que je pouvais faire tenir le plat de lasagne de Diana, et les toasts brûlantes des deux petites créatures qu’elle avait malencontreusement engendrées, sur le bout de mes doigts.

Le samedi matin était mon moment de gloire. Nico n’en revenait pas à quel point je progressais rapidement, il applaudissait mes interprétations de Bill Frisell et m’encourageait à poursuivre la musique. Mais je savais très bien qu’arrivée à Montréal, je n’aurais plus la drive pour poursuivre, car c’est après avoir passé une semaine à côtoyer la famille d’un colérique débile revêtu d’Armani que mon prodigieux talent s’exerçait. Et c’était simplement dans le but de voir la cute face de Nico illuminer la pièce.

La fourche

Mardi, juin 29th, 2010

Les spécimens du Greyhound bus étaient si peu ragoûtants qu’après la traversée de l’Ontario, celui-là m’apparaissait soudainement magnifique. Je ne l’aurais jamais trouvé beau sur un fond de ville, mais il faisait figure sur celui des prairies. Il s’est tourné vers le travlo tout juste opéré “tu peux prendre mon rasoir, si tu veux”. Ses tatous ressemblait à celui du vieil amérindien campé dans le fond du bus qui prévoyait, après son séjour dans la vallée de l’Okanagan, aller vendre des sapins de Noël à New-York. Après quelques jours, Sonia et moi nous sommes lavées à l’aide de papiers de toilette humectés dans un petit dépanneur. J’ai enroulé un foulard autour de mes cheveux gras à force de manger du A &W. Il était mon seul divertissement, malgré les majestueuses Rocheuses canadiennes, j’appréhendais le moment où je me dirigerais vers Vancouver et lui, vers Kelowna. Un très jeune couple dont la fille prétendait être enceinte ont quêté tout le long du voyage. Il dormait paisiblement sur le banc juste en avant du mien, j’étais encore coincée avec un passager qui avait l’air de me trouver débile. Sonia se rendait dans l’Ouest parce que le détective qu’elle avait engagé à Montréal y avait retrouvé l’homme de sa vie. Il s’est réveillé et m’a souri. Le travlo allait faire une surprise à sa fille à Calgary. Non, sa fille ne savait pas que son père avait maintenant des seins. Il me regardait plein de désirs à l’avant-dernier stop avant la fourche. J’ai fait une course avec un haïtien, car ça faisait trois jours que j’étais constipée à force de rester assise. Nous ne nous parlions pas vraiment, nous ne faisions que nous regarder. Sonia était rasée et ressemblait à la chanteuse des Cranberries, il avait de beaux cheveux noirs. Une australienne m’a prise en charge lorsque je me suis mise à pleurer d’exténuation à cause de la clim et du manque d’aération. Il m’a dit, lorsque nous nous trouvions à la fourche, qu’il allait s’ennuyer de moi.