Archive pour la catégorie ‘Est traumatisée

Mouchette #2 (6 ans)

Jeudi, avril 12th, 2012

Utopia

Jeudi, avril 12th, 2012

C’est quand je sors que je me rends compte de la lourdeur de cette horreur que je porte avec moi, je veux dire, c’est le mouvement qui nous révèle à quel point quelque chose est lourd à porter. L’immobilité ne dévoile pas grand chose, sinon qu’elle ne peut être que temporaire.

Je me sens tellement nue lorsque je suis dehors. Je ne sais pas comment expliquer le feeling, mais ça me rappelle Catherine Millet lorsqu’elle écrivait ceci : “Finalement, je ne me sentais à l’aise que lorsque j’avais quitté ma robe ou mon pantalon. Mon habit véritable, c’était ma nudité, qui me protégeait”. Disons qu’au sens figuré, ça représente bien ce qui se passe en dedans de moi en ce moment. Il faut que je puisse me mettre “à nu” pour être confortable, pour me sentir protégée. Mais le monde n’est pas tellement fait pour cette exposition constante de la vulnérabilité. Pourtant, c’est tout ce dont j’aurais besoin, un monde où je pourrais être totalement vulnérable sans être constamment menacée. I guess que c’est un peu l’Utopia que chantait Alanis Morissette dans le temps :

We’d open our arms we’d all jump in we’d all coast down into safety nets We would share and listen and support and welcome be propelled by passion not Invest in outcomes we would breathe and be charmed and amused by difference  Be gentle and make room for every emotion

Je ne peux tout simplement pas revêtir ce que l’on doit revêtir en public, je ne peux tout simplement plus me diviser. C’est ce qu’on appelle, en santé mentale, être très sain. Il n’y a pas de place pour le “très sain” dehors, sauf peut-être pour les enfants. Je ne sais plus ce que ça veut dire toute cette marde conventionnelle. Je ne rejette pas les conventions at large, au contraire, il y a plein de belles conventions. Je suis dégoûtée par les conventions les plus insidieuses, celles qui empêchent le sentiment de wholeness en public.

Je ne le dirai jamais assez, une agression sexuelle, c’est public. C’est avant tout une agression, un crime. C’est tout simplement une horreur, mais quelle horreur! Je me promène dans la rue et j’ai l’impression qu’il y a cette toile de fond devant moi, vers laquelle j’avance constamment. Des agressions sexuelles qui se calquent sur les buildings, les trottoirs, les visages et lui, le crisse, et moi, toute petite. Je marche devant cet écran de marde que personne d’autre ne voit et j’ai envie de dire : regarde donc avec moi stp, regardons donc tous juste un instant pour que je puisse enfin passer à autre chose.

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Lundi, avril 9th, 2012

J’écris longuement tous les jours, tous les soirs et parfois même la nuit dans mes cahiers lignés. J’en ai acheté une douzaine au Renaud-Bray depuis un mois. Je les mets à la récupération lorsqu’ils sont remplis en me disant que mes histoires de viols seront peut-être un jour recyclées en quelque chose d’aussi banale que des sacs d’épicerie en carton. J’écris les détails, les bruits, les sensations au fur et à la mesure qu’ils me reviennent pour éviter qu’ils restent emprisonnés dans mon corps. La pire douleur vient de cette idée que mon corps, dont je quittais momentanément l’enveloppe durant les agressions, aurait pu éprouver du plaisir par pur réflexe biologique.

J’écris les jambes tellement serrées l’une contre l’autre que je me fais mal.

Je viens de me souvenir qu’étant adolescente, durant mes nuits d’insomnie, j’avais cette image tellement réaliste qu’un couteau émergeait du plafond de ma chambre et se dirigeait tout droit vers mes organes génitaux. C’était à chaque fois une véritable lutte contre la lame tranchante. La lutte infernale commençait lorsque la lame se trouvait à un millimètre de mes organes et que ceux-ci réagissaient bien réellement par une tension incroyablement souffrante : INSOUTENABLE. Cette sensation de lutter contre une douleur physique et mentale imminente, sur laquelle je savais que je n’avais aucun pouvoir, était tout simplement atroce. Maintenant, je sais d’où elle vient, je connais sa réalité.

Mouchette #1 (5 ans)

Samedi, avril 7th, 2012

I Thought I knew Everything (drawing is healing #10)

Mardi, avril 3rd, 2012

(mets-zzzzz-en! Aquarelle, crayon à mine et stupéfaction)

Frivolousness Feeds My Anger (drawing is healing #4)

Lundi, avril 2nd, 2012

(Aujourd’hui, devant Tout le monde en parle que j’avais pas écouté depuis au moins un an, je comprends maintenant pourquoi : crisse que c’est plate et complaisant cette émission-là, fusain et crayon à mine)

Your Small Talk Feeds My Shame (drawing is healing #3)

Dimanche, avril 1st, 2012

(aujourd’hui : fusain, crayon à mine)

Don’t Look At Me (drawing is healing #2)

Dimanche, avril 1st, 2012

(2011 : aquarelle, crayons à mine, encre de chine)

I’m Not Sad (drawing is healing #1)

Dimanche, avril 1st, 2012

(2010, aquarelle, crayons feutres)

Claudine

Mercredi, janvier 4th, 2012


C’est toujours à rebours qu’on se dit « ah, c’est pour ça que … ». Et aujourd’hui, je me dis, ah, c’est pour ça qu’elle venait à côté de lui, fermait les yeux et l’écoutait lui parler de ces horreurs en pleurant. Ça c’est quand elle ne parlait pas parce que quand elle nous racontait ses histoires, Claudine, on avait l’impression qu’elle nous entraînait quelque part pour qu’on se perde pour toujours.

D’ailleurs, c’est encore comme ça.

Puis on tirait un peu sur le fil et elle tirait de l’autre bord comme pour dire qu’elle était encore là, à l’autre bout. Mais on avait du mal à y croire. De toute manière on s’était bien rendus compte qu’on pouvait pas vraiment affronter ses MONSTRES à sa place, alors à un moment donné, on a cessé de l’écouter. C’est probablement à partir de ce moment-là qu’elle s’est mise à entendre des voix.

 

Elle paniquait toujours quand on allait dans le labyrinthe de miroirs au Vieux-Montréal quand on était petites parce qu’elle avait peur de ne pas pouvoir sortir, d’être prise avec son image pour toujours. Je lui avais montré mon truc infaillible de petite soeur qui rêvait d’être la grande soeur. Je lui avais dit :

-Penses pas Claudine : si tu fermes les yeux et que tu marches en collant toujours ton corps contre les miroirs derrière toi, c’est certain que tu vas trouver la sortie. Check-moi ben!

Les gens cherchent la sortie avec leurs yeux et en réfléchissant, mais il n’y a pas plus trompeur que les apparences et la réflexion dans un tel endroit. Pis c’est pareil dan’ vie, des fois, j’trouve! Moi, souvent, j’me ferme les yeux pis j’me colle contre un mur pis j’attends que ça se passe.

-Tu penses trop, Claudine.

Des fois je me dis que c’est parce qu’elle était trop jeune quand elle a lu le Cri Primal de Janov et que c’est pour ça qu’elle s’est mise à peindre des monstres hermafrodites, à crucifier son toutou Lapinou et à disparaître peu à peu.

Peut-être. Peut-être pas.

*Désolée pour la lourdeur de mes posts ces temps-ci, besoin d’écrire  là-dessus! :)