Archive pour la catégorie ‘Est rejetée

Dans ta tête (un exercice d’empathie) :: 4

Mercredi, octobre 19th, 2011

Après le baiser du café de l’Excentris, je vivais dans un monde parallèle avec Patty au travail. Ce monde-là, il existait par à-coups le temps d’un clin d’œil, d’un sourire ou d’un regard. Anna avait remarqué quelques tisons dans mes yeux et se les était appropriés. Et pis le feu a pogné dan’ grange, comme on dit. Anna s’était mise à se la jouer solide avec Patty. De son côté, Patty semblait complètement ignifuge. Elle me donnait l’impression d’avoir l’habitude avec les volcans. Anna, c’était comme un petit feu de camp tranquille pour elle.

Je m’étais quand même mis à les  imaginer en train de se bûcher dans la toilette des filles, Patty tirant violemment la tignasse grise d’Anna en la traitant de vieille folle. Ça m’amusait, finalement.

La guerre avait toutefois pris une autre tournure. Anna avait commencé à me dévoiler des bouts de seins en catimini en passant devant mon cubicule. Elle savait trop bien qu’elle n’avait qu’à me montrer quelques vergetures pour que tout s’effondre autour de moi. Elle avait ce pouvoir-là sur moi, Anna.

Il faut dire que la rareté et l’attente avaient fini par me rendre fou d’elle. Mais j’avais besoin d’aller au bout du monde parallèle avec Patty pour revenir serein dans le lit d’Anna, à côté du ourlet qu’elle faisait dans son drap pour se protéger de moi.

Dans ta tête (un exercice d’empathie) :: 3

Jeudi, octobre 13th, 2011

Patty avait vite compris que ce n’était pas vraiment fini, entre Anna et moi. Elle refusait pourtant catégoriquement le statut de relation éponge. Elle avait décidé qu’elle serait spéciale, coûte que coûte, même si ça supposait d’être spécialement pathétique.

Elle m’avait embrassé passionnément au café de l’Excentris, dès notre première sortie. Elle portait son manteau de cuir noir ajusté et des skinny jeans avec des bottes de cowboy. Je la trouvais tellement sexy ce soir-là et je lui avais dit. C’était le genre de fille à qui tu pouvais dire n’importe quoi une fois qu’elle t’avait regardé avec complicité.

Elle avait saisi le collet de ma chemise avec ses petits doigts un peu froids. Elle m’avait regardé droit dans les yeux, jusqu’à ce que je devienne mal à l’aise. Je me tortillais nerveusement sur le banc du bar. J’étais à moitié assis et un peu en déséquilibre. On aurait dit que ça l’amusait. Puis elle s’était approchée jusqu’à ce que nous respirions littéralement le même air. Elle avait ensuite collé ses lèvres sur les miennes en faisant remonter délicatement sa main sur ma nuque. Je ne savais pas trop comment son autre main était arrivée dans mon dos, sous ma chemise.

À ce moment-là, je lui avais reconnu toute l’intensité d’un authentique tempérament bouillant. Ça ne semblait pas être quelque chose qu’elle arrivait à maîtriser, en général, dans la vie. J’aurais dû m’en méfier.

Ça avait duré longtemps, il me semble. C’était doux et hyper violent en même temps. C’était comme si elle avait voulu me démontrer de l’affection et de la haine en même temps. Il y avait tellement de courant électrique dans ce baiser là que, à bout de souffle et les yeux plein de désir, je lui avais demandé :

-veux-tu venir coucher chez moi?

Elle m’avait répondu : « t’es-tu malade crisse? »

Dans ta tête (un exercice d’empathie) :: 2

Dimanche, octobre 9th, 2011

On travaillait tous pour la même boîte, moi, Anna et Patty. Je me disais que c’était risqué de fréquenter Patty, mais qu’en même temps, si Anna pouvait être un peu jalouse, elle arrêterait peut-être définitivement de me lire la page trente neuf de son vieux magazine. Peut-être même qu’elle se laisserait tenter par ce qui se passait de l’autre côté de la reliure, page quarante, et qu’elle enfilerait ce que la fille de l’annonce de Loréal portait.

Cette journée-là, j’avais demandé à Patty comment s’était passé son cours, car je savais qu’elle revenait de l’université. Elle avait l’air tellement contente d’avoir trouvé un exutoire! Elle s’est mise à argumenter sur l’impertinence des jugements de valeur dans les cours d’université. Elle s’indignait contre un étudiant qui disait toujours son opinion « comme si ça importait les autres, crisse ». On dirait qu’elle se débattait, alors que je ne la contredisais même pas. Je ne faisais que lui sourire en essayant subtilement de deviner quelques formes dans sa robe à col roulé et ses leggings. C’était plus un réflexe qu’une véritable recherche. Puis, sous le poids de mon regard pas si subtil que ça finalement, j’ai compris qu’elle se disputait la place avec ses propres jambes, ses propres seins et ses propres fesses. C’est là que je me suis mis à bander car je savais que je l’aurais très facilement.

-Tu as bien raison, une fille intelligente comme toi n’a pas de temps à perdre avec les jugements de valeur des autres.

Il n’y a rien de plus efficace que de flatter l’intelligence d’une femme pour qui c’est important, justement, l’intelligence. Quand on sait ce genre de choses, les femmes intelligentes sont pas mal plus faciles que les femmes stupides. C’est la stupidité, au bout du compte, qui rend les femmes imprévisibles.

Dans ta tête (un exercice d’empathie) :: 1

Jeudi, octobre 6th, 2011

Je fréquentais une femme qui avait presque deux fois mon âge dans ce temps-là. On passait notre temps à s’aimer et à s’haïr. On prenait des pauses environ à chaque trois mois pendant un mois, en s’assurant de passer Noël, l’Halloween et la Saint-Valentin ensemble.  Pâques, c’était pas grave.

Elle avait deux enfants d’un mari précédent et moi, j’avais deux testicules bien à moi. Tout ce beau monde-là ensemble, c’était pas toujours compatible. D’autant plus qu’il fallait toujours une bonne raison à Anna pour faire l’amour et que l’envie, c’était pas raisonnable. À chaque fois que je lui proposais, elle me sortait un vieux magazine de femmes dans lequel elle avait pris soin d’insérer un échantillon de parfum. C’était pas parce que je puais, c’était simplement pour pouvoir me lire la statistique de la page trente neuf à côté de la pub de Loréal.

-Regarde Mathieu, ils le disent ici : le sexe, c’est 10% d’un couple.

Quand on prenait des pauses, je me trouvais toujours une fille de mon âge ou plus jeune, question de me remettre sur le piton avant de retrouver Anna pour un autre trimestre. Comme tout bon intello, je croyais que plus les trimestres étaient pénibles, meilleures seraient les pauses.

Quand j’étais pas avec Anna, j’avais juste envie de baiser sans détour, sans rituel, sans lubrifiant pendant une couple de semaines. C’est pendant une de ces pauses-là que j’ai décidé de travailler sur le cas de ma collègue Patty.

Tout est ok

Samedi, juillet 10th, 2010

Vous connaissez ces soirées pour lesquelles vous accompagnez quelqu’un genre votre chum pour aller chiller avec ses amis et les blondes de ses amis et que personne ne s’adresse ni ne fait mine de s’intéresser à votre présence et que vous avez vraiment l’impression d’être purement décorative, un bel accessoire qui fait joli dans un bar, mais que vous vous dites tout bas que vous n’êtes peut-être pas assez belle pour être essentiellement décorative et qu’en plus vous avez plein de choses à dire et des tonnes de passions à partager et que vous brûlez en-dedans parce que c’est vendredi soir et que vous tentez d’engager des discussions, mais qu’ils se parlent tous dans un langage obscur fondé sur des insides jokes qui vous sont tout à fait inaccessibles et qu’en plus ils évoquent toujours ce qui se passent à la télévision et que votre télévision est dans la garde-robe depuis plusieurs mois car vous en avez marre de la télévision et qu’en fait vous avez bien d’autres choses à faire que de parler de ce qui se passe sur un écran cathodique et que vous savez fort bien qu’il ne se passe rien à la télévision sauf de la lumière sur un écran qui fait écran à l’endroit où vous vous trouvez présentement et que vous buvez votre bière que vous n’appréciez pas spécialement, compulsivement comme pour passer le temps et pour avoir l’air de faire quelque chose, question de ne pas vous sentir trop mal à l’aise ou rejetée et que vous souriez malgré le fait que votre esprit a déjà quitté le lieu du crime depuis un bon moment et que seul votre corps demeure sur la banquette dans le fond à droite et que votre tête est accotée sur votre main parce qu’elle est lourde de pensées qui ne peuvent pas s’exprimer autour de la table où vous vous trouvez et sous laquelle votre jambe droite est tendue comme pour faire passer une angoisse et qu’une fois de temps en temps vous entortillez vos cheveux et que vous prenez soin de faire un petit sourire à votre chum une fois aux cinq minutes top chrono comme pour le rassurer que tout est ok?

Ich Liebe Dish

Vendredi, juillet 2nd, 2010


Avant qu’il parte pour l’été dans son village natal de l’Allemagne, j’avais passé la nuit dans sa demeure familiale sur la rive Sud de Montréal. Appareil photo à la main, je voulais saisir, tel le peintre abstrait, l’intérieur de sa beatle pour mon expo dans le cadre d’un cours de photographie contemporaine. Il étudiait l’architecture, mais je le trouvais plus sexy dans son habit de garagiste one piece bleu marin. Il parlait toujours d’immeubles, de fontaines et de sa voiture. Quelques jours plus tôt, il m’avait amenée sur la rue Saint-Hubert afin que j’y choisisse mes tissus préférés. Et quelques jours plus tard, il était chez moi, avec une superbe robe qu’il m’avait lui-même confectionnée. Je commençais déjà à avoir des douleurs abdominales le jour qui précédait son départ.  Inquiet par mon état de santé, dont les causent étaient l’anticipation d’une perte dans mon estomac, doublée d’une insécurité qui se logeait au plus profond de mes entrailles, il m’a offert une liasse de billets que j’ai drastiquement refusée.

Le lendemain, alors qu’un avion traversait le ciel, je me suis évanouie une première fois. Puis une seconde fois, durant un cours de chant classique, en interprétant des pièces lyriques italiennes. Mes maux abdominaux se sont cachés des médecins tout l’été, mais les crampes et les évanouissements étaient pourtant bien réels.

Nous avions convenu de nous écrire plutôt que de nous appeler, l’échange épistolaire nous apparaissant plus romantique. Comme je n’avais toujours rien reçu, je décidai d’entamer notre conversation écrite. Je fis développer en grand format la photographie du moteur de sa beatle, la figure du cœur qui lui serait la plus significative. Derrière la photographie, et à l’aide de mes cours d’allemand, j’avais écrit maladroitement quelque chose comme : Ich Denke oft an dir, du felst mir, Ich liebe dish, Patty xx. Ce qui veut dire : Je pense souvent à toi, tu me manques, je t’aime.

Quand il est revenu à Montréal, il m’a montré une photographie d’une fille en petite serviette de bain. Il était tombé amoureux là-bas : “c’est la plus belle photo du monde, regarde ses jambes!”. Il voulait que je l’aide à lui trouver une robe et ils avaient convenu de s’écrire jusqu’à ce qu’ils se retrouvent l’été suivant. J’ai anesthésié tout mon intérieur afin de pouvoir continuer la discussion.

-Je t’ai envoyé quelque chose et ça m’est revenu par la poste, tu ne l’as donc pas reçu?

-Non, c’était quoi?

-Rien, juste un petit mot comme ça, vu qu’on avait dit qu’on s’écrirait…


I Just Called

Mardi, juin 29th, 2010

-Ouin, ça a chanté la fin de semaine dernière, Patty.

J’avais 15 ans quand Marc-André a tourné son corps à 180 degrés en appuyant son coude sur mon pupitre. Son sourire narquois me lançait des flèches et ce n’était même plus la peine de faire mine de chercher un écu dans mon sac à dos ou dans mon coffre à crayons, j’étais mise à nu.

Des filles, il n’y avait que ça autour de l’aura de Jules et ma seule préoccupation était devenue, pas d’être la plus belle ou la plus stylée du harem, je n’en avais ni la force génétique, ni les moyens financiers, mais d’être la plus originale. Faire une folle de moi demeurait toujours à ma portée.

Marc-André et Antonin ont fait jouer la chanson maudite à la radio étudiante, juste avant d’entonner leur hymne finale Guantanamera.

Je ne savais pas trop comment avouer mon amour à Jules. Puisque cet aveu ne me mènerait probablement jamais dans ses bras, je voulais au moins trouver une manière qu’il devienne mémorable. J’ai saisi le téléphone.

Marc-André et Antonin ont tellement ri de moi que je soupçonne aujourd’hui, avec le recul, un peu de jalousie.

C’était le répondeur : Bonjour, nous sommes absents présentement, veuillez nous laisser un message et nous vous rappellerons le plus rapidement possible. BIP. Et moi : “I just call/to say/I love youuuuuu/I just call/to say I love you Jules”.

I just called

Trop pure

Mardi, juin 29th, 2010

Il m’a donné rendez-vous dans un Salon de thé, probablement pour limiter les dégâts. “Est-ce parce que je suis vierge que tu me quittes?” (Le dernier m’avait ramené “mes choses” au travail : “Je ne me sens pas assez pur, Patty.” J’avais rétorqué par une lettre d’amour, c’est tout moi). La serveuse n’avait même pas encore mis la théière sur la table “ben, tu sais quoi, je m’en vais en voyage et j’ai pas le goût de m’embarquer dans une relation” “Je vais t’attendre”, que je lui ai dis. (Le dernier m’avait proposé d’aménager chez lui, une semaine avant qu’il ne me ramène “mes choses”) “Ben, en voyage, c’est l’fun de rencontrer des gens…” “oui, oui, je comprends, mais à ton retour…”(Le dernier ne m’avait rien dit à propos de sa femme et de ses enfants) “Patty, je veux arrêter ça là.” (“c’était simplement une relation éponge Patty”, qu’il m’avait dit, le dernier). À son retour, je portais sur mon corps une robe avec l’effigie de ma poissonne Émilou cousue dessus et dans ma main, un petit bambou que je lui ai offert… avec une déclaration d’amour. (Alors qu’il y avait encore les vêtements du dernier dans ma garde-robe, j’ai pris congé de mon travail pour les sentir le plus souvent possible avant qu’il ne vienne les chercher). Il semblait découragé que je l’aie attendu tout ce temps pour rien. Pathétique.