Rassure-toi

« Les femmes adressent aux hommes un message rassurant : « n’ayez pas peur de nous ». […] En même temps que jamais aucune société n’a autant permis la libre circulation corporelle et intellectuelle des femmes. Le sur-marquage en féminité ressemble à une excuse suite à la perte des prérogatives masculines, une façon de se rassurer, en les rassurant. Soyons libérées, mais pas trop. » Virginie Despentes

Je pensais à ça hier soir, avant dormir pis je me suis dit, ayoye, tellement! Je me suis demandée s’il n’y avait pas un danger à populariser ce genre de « féministes nouveau genre » qui s’affirment comme telles, mais qui prennent bien soin, dans leur attitude, de ne pas faire peur aux hommes par un « sur-marquage » de leur féminité. Un sur-marquage qui se traduit dans des tenues comme des attitudes ou des tâches « old fashion », sorte de retour à la femme au foyer typique.

Enfin, ce n’est qu’un questionnement et je crois que celui-ci est plus que légitime à l’heure actuelle. Damn, rien n’est véritablement gagné ou acquis par ici! J’ai l’impression que pour les femmes, prendre conscience de ce qu’elles ont acquis, c’est trop rarement prendre conscience de ce qu’elles pourraient perdre à nouveau. Et si on décide de voir cette fragilité, il y a quelque chose de vertigineux à constater, à un second degré, toutes les luttes qui n’ont pas encore été menées. Et si on pousse un peu plus loin la réflexion, c’est un peu décourageant de réaliser qu’il ait toujours fallu et qu’il faille encore lutter! C’est débile, quand on y pense, je veux dire, qui veut faire de sa vie une lutte perpétuelle?

Tu vas me dire que c’est mon choix peut-être (je m’imagine un mec qui me parle)… Mais hey, lorsqu’on prend conscience de l’envers du monde, le choix de ne pas lutter est salement déchirant. Ça me fait penser à celui de Sophie, c’est-à-dire, ce choix impossible qu’elle doit faire entre la vie de sa fille et celle de son garçon. Torture. Sophie choisit son fils. Il a plus de chance de survivre à un camp de concentration. Finalement, ses deux enfants sont tués et elle reste avec ce choix impossible sur la conscience, en plus de vivre le pire deuil au monde. Ça ressemblerait à ça, pour moi, de choisir de fermer ma gueule sur le patriarcat aujourd’hui.

Dans le passage de Despentes, je me suis surtout beaucoup reconnue, vous l’aurez compris. En ce sens, j’ai beaucoup d’empathie pour ces féministes nouveau genre qui n’en ont rien à foutre de mon empathie. C’est normal. Mon être incarne à lui seul toutes leurs insécurités.

Enfin, tout ça pour conclure que je ne veux pas que ma coquetterie soit rassurante, je veux dire, je ne veux pas porter des robes pour rassurer les hommes! Je ne veux pas porter un déguisement pour femmes intellos coupables de réfléchir, de la dentelle pour camoufler mon caractère full viril pis des collets peter-pan vintage pour amoindrir la force, la recherche et les arguments qui sont à l’origine de mes idées! Enfin, je veux juste être certaine que ce ne soit pas le cas, même pas un petit peu! Pis de toute manière, je me le suis fait dire assez souvent, même quand je me tasse dans le coin, je fais peur aux hommes pis aux femmes insécures, fait que fuck off l’amoindrissement (mais pas les robes de dentelle)!

-Ho non, là, Patty, tu vas pas devenir une féministe enragée?

-Ben non voyons, n’aie pas peur, je suis ta petite cocotte!!!

Je suis un paradoxe ambulant.