Utopia

C’est quand je sors que je me rends compte de la lourdeur de cette horreur que je porte avec moi, je veux dire, c’est le mouvement qui nous révèle à quel point quelque chose est lourd à porter. L’immobilité ne dévoile pas grand chose, sinon qu’elle ne peut être que temporaire.

Je me sens tellement nue lorsque je suis dehors. Je ne sais pas comment expliquer le feeling, mais ça me rappelle Catherine Millet lorsqu’elle écrivait ceci : « Finalement, je ne me sentais à l’aise que lorsque j’avais quitté ma robe ou mon pantalon. Mon habit véritable, c’était ma nudité, qui me protégeait ». Disons qu’au sens figuré, ça représente bien ce qui se passe en dedans de moi en ce moment. Il faut que je puisse me mettre « à nu » pour être confortable, pour me sentir protégée. Mais le monde n’est pas tellement fait pour cette exposition constante de la vulnérabilité. Pourtant, c’est tout ce dont j’aurais besoin, un monde où je pourrais être totalement vulnérable sans être constamment menacée. I guess que c’est un peu l’Utopia que chantait Alanis Morissette dans le temps :

We’d open our arms we’d all jump in we’d all coast down into safety nets We would share and listen and support and welcome be propelled by passion not Invest in outcomes we would breathe and be charmed and amused by difference  Be gentle and make room for every emotion

Je ne peux tout simplement pas revêtir ce que l’on doit revêtir en public, je ne peux tout simplement plus me diviser. C’est ce qu’on appelle, en santé mentale, être très sain. Il n’y a pas de place pour le « très sain » dehors, sauf peut-être pour les enfants. Je ne sais plus ce que ça veut dire toute cette marde conventionnelle. Je ne rejette pas les conventions at large, au contraire, il y a plein de belles conventions. Je suis dégoûtée par les conventions les plus insidieuses, celles qui empêchent le sentiment de wholeness en public.

Je ne le dirai jamais assez, une agression sexuelle, c’est public. C’est avant tout une agression, un crime. C’est tout simplement une horreur, mais quelle horreur! Je me promène dans la rue et j’ai l’impression qu’il y a cette toile de fond devant moi, vers laquelle j’avance constamment. Des agressions sexuelles qui se calquent sur les buildings, les trottoirs, les visages et lui, le crisse, et moi, toute petite. Je marche devant cet écran de marde que personne d’autre ne voit et j’ai envie de dire : regarde donc avec moi stp, regardons donc tous juste un instant pour que je puisse enfin passer à autre chose.

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