Archive pour juillet, 2011

Avec des intervalles

Mercredi, juillet 27th, 2011

Petites roches, clés antiques, boules en verre. Ici, rien n’est laissé au hasard sauf peut-être le plan de tomates sur le balcon : transplantez-le pour l’amour des Appalaches! J’ai descendu jusqu’au sous-sol à la rencontre de ton atelier parce que j’étais curieuse, parce que j’étais envieuse, parce que tout me parle dans cet espace liminaire encadré de fiches techniques placées sous des toiles qui s’arrimeront à un meuble de ton salon. J’ai cru y entendre, avec des intervalles :

 On ne devient pas riche en faisant de l’art on fait de l’art parce qu’on est riche, bon!

Tubes de peinture, plumes de paon, colle à bois. Rien n’est laissé au silence ici sauf peut-être ton vieux sofa lit, ta doudou d’artiste : changez-le pour l’amour de la grenouille qui décore le nénuphar avant qu’elle ne saute dans la swamp.

 Parce que t’as beau mettre des drains dans le fond, t’auras toujours de la swamp dans ton FAUX lac.

En même temps, on se disait que ça faisait drôle d’habiter ici pour quelques jours, que c’était pas si drôle en fait que c’était bourgeois et que, finalement, même si on en rêve, on préfère le chemin qui nous y mène en espérant que les intervalles s’étirent ou qu’ils nous mènent ailleurs parce qu’on a pas envie de finir nos jours à tondre les intervalles entre les arbres, entre les fleurs, ENTRE NOUS DEUX.  Lys rouges, ponts de bois et petits bancs. Rien n’est laissé à la nature ici, sauf peut-être les pins blancs : semez-en d’autres pour l’amour des trois étangs que t’as fait creuser pour les sculptures de ton jardin.

Hier, il y a eu une tempête dans ta carte postale  dont tu ne regardes plus que le verso parce que ton bureau fait dos à la baie vitrée, fait dos à ta propre nature parce qu’il fait dos à la foudre toute fougueuse. Des grêlons se sont attaqués à tout ce qui n’est pas vivace, à tout ce qui fait semblant, à tout ce qui ne peut pas tougher la run sans toi. C’était WILD, c’était beau, mais j’ai eu peur parce que j’étais toute affaiblie par la toile du paysage immobile que t’as taillé sur mesure avec tes mains, tes yeux, avec ta perception de la violence. Je disais même à Mathias de cesser de régurgiter, de pèter, de pleurer parce que ça faisait comme brutal, ici, chez toi.  Je trouvais que les couleurs extrêmes, mouvantes, vivantes de son tapis d’ÉVEIL déclaraient une guerre sans mercie au tapis antique de ton salon. 

Lave-vaisselle, lecteur mp3, cinéma maison. Rien ne manque ici, sauf peut-être l’Internet trop intermittent qui t’ouvre sur le monde avec des intervalles : faites quelque chose que j’arrête de « mauvir » les pages de mon sketch pad avec des ébauches de billets de blog. Je pourrais les écrire dans Word, tu me diras, mais je n’y avais même pas pensé. Je ne pense pas ici, je médite en écoutant Janis Joplin que t’écoutais toi aussi d’ailleurs avant qu’elle ne discorde avec les cocottes vernies que t’as disposées sur tes haut-parleurs Paradigm. Et je me dis SANSINTERVALLESAUCUN que, POUR L’AMOUR DU MONDE, jamais JAMAIS

je ne tournerai le dos a l’extrême, à la mouvance, à la


#dérive

sounds of truth

Lundi, juillet 25th, 2011

Leur urgence de le materner. Y mettre des kilomètres. “She isn’t likely to kidnap your baby, but like most of them, she would LOVE to displace you as the object of your child’s affection”. Y mettre des centaines de kilomètres. “This is totally true, I’ve seen this before, just let her do it“. Y mettre des milliers de kilomètres. “It sounds true to me as well, Patty“.  Y mettre des kilomètres et un océan.

Tell me : What’s the SOUND of TRUTH?

Y mettre Mars, Jupiter, Saturne, Uranus. “Cut the apron strings, Patty!” Pleurer sur les anneaux de Neptune à l’ombre de Galatée. Qu’ils me laissent, qu’ils NOUS laissent dont le temps, EUX. Y mettre le temps. Le temps d’y mettre la suite no 3 de Bach pour qu’il s’endorme dans mes bras.

Y mettre une galaxie

Y mettre

Image : oeuvre de Geneviève Cadieux (elle s’illumine le soir sur le toit du Musée d’art contemporain de Montréal, ce sont les lèvres de la mère de l’artiste, ça représente la voix maternelle qu’on écoute de moins en moins, d’où le jeu de mots dans le titre « voix lactée »)

Sur la pointe du petit orteil

Mercredi, juillet 13th, 2011

Mon petit char était coincé dans le fossé comment dire, presque perpendiculaire au sol, ça pendait un peu dans le vide :

C’est QUOI dont, la loi de la GRAVITÉ au juste?

J’étais assise sur le siège passager, mais c’était comme si j’essayais de me tenir debout sur la pointe du petit orteil avec l’ongle pas limé. Mathias se trouvait derrière moi et à notre droite : le fossé.

que je disais à mon chum comme pour maintenir l’équilibre de la situation.

Pis il est sorti du char quand même! Je me suis glissée jusqu’au siège du conducteur et malgré la robe coincée dans le break à bras, je suis sortie en pensant à Newton. J’avais le coeur serré en regardant Mathias faire des sourires entre deux gamelles pis je me suis alors rappelée Einstein.

C’est qu’on revenait des belles montagnes quand le ciel est devenu noir et qu’au moment où je me suis dit au rythme des éclairs :

« wow, notre CHAR est un beau paratonnerre BLEU FLASH »

la voiture s’est mise à vibrer toutes les 10 secondes. C’était comme mécanique et un son pneumatique accompagnait la vibration. On s’est dits en pensant à Kip Thorn:

“ça y est, le CHAR va IMPLOSER”

On a paniqué, il a mis les breaks, pis c’est comme ça qu’on s’est retrouvés dans le fossé.

En déterrant Mathias du stock de camping, on s’est rendus compte que le son pneumatique persistait et que la vibration sous nos pieds aussi : c’était même pas notre char qui implosait!

-Ce sont peut-être des gens qui tirent, il y a une base militaire pas loin Patty.

Parce que j’ai vu trop de films poches sur Netflix, je me suis mis à plat ventre à côté du banc rouge de Mathias. C’était cute sur l’accotement de gravel, avec ma petite robe blanche. Puis sans même penser à Edward Witten, je me suis relevée à genoux avec deux autoroutes de cailloux sur les seins en faisant des signes de bras. Un char s’est arrêté au moment où la pluie nous déferlait dessus, ça fait qu’une chance que

« si je pleure dans la pluie tu n’y verras que du feu »

Le gars a dit en voyant notre char dans le fossé :

J’pensais même pas à Mario Pelchat c’est même pas vrai quand le gars a retroussé ses manches carreautées pis qu’il m’a ouvert la porte de son char comme pour dire

« FEMME, mets-toi à l’abri avec ton bébé »

Je suis montée à bord avec des ruisseaux sur les seins, ça fait qu’une chance que

« si j’ai une montée de lait dans la pluie, tu n’y verras que du feu » (remix)

Le deuxième char qui est passé sur la route ce jour-là, c’était un pick up avec des chaînes. C’est pas à Montréal que tu trouves ça une fois sur deux, mais y’en a en masse dans le creux, pis comme on était creux en crisse, ben il nous a sortis de là!

p’tit déj

Vendredi, juillet 8th, 2011

-Ah Patty! Come on, là, tu vas pas tout manger ça!

-Ah! come on là Patty, c’est vraiment

*j’allaite

Instinct de survie

Jeudi, juillet 7th, 2011

C’est ça qu’il dit Burt Reynolds dans le film Deliverance. Parce que quand il n’y aura plus assez de place pour tout le monde, quand il n’y aura plus le petit confort douillet, quand l’argent vaudra plus rien, quand ça va être la loi de la jungle, c’est QUI qui va survivre, HEIN?

Ouf! J’y pense là, il est quand même CUTE Burt Reynolds dans ce film-là!

On parle souvent de ça, moi, mon chum pis son ami Christian. Ce sera PAS l’homme d’affaire qui est pas capable de toucher de la terre sans se laver les pattes, pis ce sera pas la fille qui peut pas sortir sans se limer les griffes NON PLUS.

Grrr, s’tie qu’il est VIRIL dans ce film-là Burt Reynolds, manque juste sa moustache!

Pis on se dit que c’est pour ça qu’on va jamais arrêter d’aller dans les bois, de dormir à la belle étoile, de se laver dans le lac, de se partir un feu sur la neige pis de manger des champignons sauvages. JAMAIS!

 Hmmm, non mais il est vraiment SEXY Burt Reynolds avec ses pecs de la mort!

Pis on se dit aussi qu’on veut transmettre ça à nos enfants parce qu’on sait pas quel genre de monde les attend, parce que c’est vraiment GRAVE ce qui se passe dans le monde!!!

 Aïe aïe aïe, non mais il me fait CAPOTER Burt Reynolds avec sa petite veste pas de manches!

Pis c’est PAS en réfléchissant sur l’esthétique de la viande avariée dans les peintures de Chardin qu’on va réveiller notre instinct animal pis apprendre à se battre pour notre, mmm, notre WOW

cimes

Lundi, juillet 4th, 2011

On grimpent comme ça ensemble depuis un bout.  Je stresse, il stresse, je STRESSE, il STRESSE. Il pleure, je pleure, il pleure, je pleure. On se créent nos propres cimes comme si on allaient finir par avoir une vue d’oiseau sur quelque chose. Ça marche pas pantoute, pis ça vole encore moins.

 Alors pour deux ou trois jours, on ira tout en haut ensemble, pour de vrai…

Yes Yes Lee

Samedi, juillet 2nd, 2011
Histoire tirée d’un fait vécu avant-hier…

Je parlais avec Auntie Lee O’Green au téléphone pas hier, mais l’autre jour d’avant, pis j’ai manqué de pile alors qu’on était en grande conversation,  alors qu’elle parlait sans arrêt, alors qu’elle était ENRAGÉE pis que moi je disais :

-Yes yes Lee, yes yes!

ou encore

-Yes, she seems to be a fat ass, you are right, yes yes, Lee!

Je capotais quand ça a raccroché parce que je sais qu’elle est un peu parano pour ne pas dire un peu folle pis qu’une fois sa phrase finie, elle aurait réalisé que je n’étais plus à l’autre bout de l’onde parce que c’est pas du fil, parce qu’elle n’entendrait plus « yes yes Lee » à l’occasion. Elle dirait alors :

Je pouvais pas la rappeler parce que j’avais plus de pile alors je lui ai envoyé un courriel toute stressée.

Pis elle m’a répondu PLUSIEURS HEURES plus tard.

Ça fait qu’elle est plus folle que parano.

Comme pour donner des coups de marteau dans le pattern

Vendredi, juillet 1st, 2011

Je sais pas trop qui je serais si elle lui avait dit autre chose que ÇA, mais j’aime penser que j’aurais eu la force d’en faire bien plus. Ça m’aurait pris moins de temps c’est sûr parce que c’était long d’essayer de shiner ce que j’avais l’air en dedans comme en dehors. Ce sont pas tant les mots, mais plutôt l’intention qui nous fait comprendre que la cire à chaussure ça sert à rien pour faire des grands sauts avec des snicks en caoutchouc. Et il me semble qu’on parle tous «l’intention » même si on finit par paraître paranoïaque quand on essaie de saisir ce langage-là au-delà de la phase annale.

-Il était laid Marc quand il est né, mais comme il était laid,  il était tellement laid ton père Patty!

Elle répétait ça en boucles, grand-maman O’Green. Ça commence par CHAUFFER, pis après ça forge. Ça te forge le petit gars, l’homme pis le père qui te forge une petite fille, une femme, pis une femme enceinte.

Ça fait que

pis

pis ça CHAUFFAIT en crisse.

-Ouvre les yeux Patty, tu vas tout manquer! Qu’elle disait, Docteur Zatani

Puis soudainement, il était là, on l’avait posé sur mon ventre. Je ne pouvais pas voir son visage, mais je l’entendais pleurer.


que je répétais en boucles comme pour donner des coups de marteau dans le pattern pendant qu’il était encore chaud. Puis il a cessé de pleurer « POUR TOUJOURS », en quelque sorte.