La douleur

Vendredi, avril 5th, 2013

Lorsque j’étais enceinte de mon premier enfant, je me disais que la douleur ne pouvait pas, mais ABSOLUMENT PAS être quelque chose de fondamentalement dévastateur. J’avais envie d’apprivoiser cette douleur saine qui mène à quelque chose d’extraordinaire, je veux dire, qui mène à LA VIE. J’ai tourné le dos à l’anesthésie en disant « NE TOUCHE PAS À MA DOULEUR » comme si ma vie en dépendait, mais je ne savais pas que cela allait réveiller quelque chose de plus profond, que cela allait me donner envie de tourner le dos à tout un mode de vie généré par une société anesthésiée.

Pour mon premier accouchement, je devais me rendre à la maison de naissance, mais comme mon fils était un peu prématuré, je me suis retrouvée à l’hôpital, immobilisée sur le dos, avec des moniteurs all over my body. Je m’étais préparée à accueillir la douleur avec des mouvements, ce qui n’était plus possible dans les circonstances. Le médecin en résidence a fait une erreur lors de la mesure de mon col : il a sous-estimé l’état de dilatation de celui-ci. Ça m’a découragée. J’étais certaine que le bébé allait sortir et le médecin me disait que non, que j’étais bien loin de la poussée. À bout de forces, j’ai tristement demandé la péridurale, mais le bébé est sorti immédiatement après que l’aiguille eut pénétré mon dos. J’avais bien senti que j’en étais là. Je le savais. Mon corps le savait. MA DOULEUR LE SAVAIT.

Mais LA MESURE est bien plus fiable qu’UNE FEMME QUI HURLE de douleur, c’est bien connu!

Cette petite phrase-là est un VÉRITABLE PARADIGME, je vous le jure! L’accouchement n’est ici qu’une métaphore, j’espère que vous l’aurez compris. Quand on entend hurler, on sort la règle à mesurer, puis l’anesthésiant. Ça, c’est quand on fait quelque chose. Pourtant, la douleur est une grande savante et il n’y a pas plus avisé que celles et ceux qui la hurlent pour faire état d’une situation.

Perso, j’ai vécu ce petit laps de temps d’analgésie, entre la douleur intense et la présence du bébé, un peu difficilement. De la même manière que je vis difficilement mes douleurs psychologiques qui sont ignorées, minimisées, non reconnues. Car cela crée une coupure des plus absurdes (et dévastatrice!) entre la DOULEUR et la VIE.

La DOULEUR fait partie de la VIE. Elle en est même à l’ORIGINE for christ sakes!

Pour mon deuxième accouchement, il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de vivre cette continuité entre la DOULEUR la plus intense et la JOIE  la plus profonde, de ressentir le lien indéniable entre les deux. Je me suis sentie connectée à ma force, à mon pouvoir. Il ne s’agit pas d’un pouvoir colonisateur, mais de celui de la VULNÉRABILITÉ, celle qui me permet d’entretenir des relations profondes et inspirantes avec les autres. Et, perso, je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de plus essentiel dans la vie que d’entretenir des relations profondes et inspirantes avec les autres.

What’s the point, sinon?

J’ai parfois l’impression qu’on ignore la douleur intense comme si son expression était un signe d’immaturité, comme si elle devait passer une bonne fois pour toutes, comme si de rester à la surface et d’être bien convenu était un signe de mieux-être et de conscience élevée. Et cette attitude merdique fait sentir tous ceux qui vivent dans l’intensité comme des dégénérés. Elle est là, la douleur dévastatrice. C’est l’attitude anesthésiée et silencieuse, la prétention à une invulnérabilité psychologique, qui crée la douleur malsaine. Le silence est notre péridurale sociale et on en est infecté jusqu’à la moelle.

Je nous regarde aller et il me semble qu’on a gardé de la douleur intense et créative de l’adolescence que son humour absurde, cet humour qui servait pourtant simplement à transformer cette belle douleur, à lui donner une autre perspective tout en gardant sa profondeur.

Et c’est précisément pour ça que c’était drôle, dans ce temps-là!

Cet humour absurde est insignifiant lorsqu’il est anesthésié, débarrassé de cette douleur et peaufiné par quelques années d’éducation universitaire. Il ne reste que les tournures de phrases vides avec des like en-dessous.

Et c’est précisément pour ça que c’est pas drôle pantoute, aujourd’hui!

-Ah Patty, t’es pas capable d’avoir du fun?

L’accusation classique.

-Mets-zzzzz-en que je suis capable, mais pas de même, bon!

Tellement rococo

Mercredi, février 20th, 2013

J’ai passé des heures. Assise au coin de la table de la cuisine. Avec des verres de lait. Pis mon laptop. Des heures à me demander si j’avais le droit de les haïr. J’ai cherché sur Internet. Avec mes cheveux de PETITE PUNKETTE. Et mon pyjama à pattes. Zippé jusqu’au cordon. Avec un beau petit capuchon. Le tout fermé avec un GROS cadenas. La clé accrochée autour du cou de Teddy Bear. Mon toutou qui fait « Awr Awrrrr Ave Maria ». Chaque fois qu’on touche à SON UTÉRUS EN OR!

 

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I WON’T change my clothes unless I can hate them, bon!

Je voulais voir si d’autres les haïssaient. C’est viscéral. C’est généralisé. Y’a des métastases partout. La véritable révolution est en train d’émerger sur les forums de femmes. Parce qu’elles y passent la nuit. À plat ventre sur le sofa du salon. Avec un PETIT GAZOU dans la bouche. Pis leur laptop dans l’utérus. À se demander si elles ont le droit de les haïr. Hunting for the best quotes dans une page Web. Encastrée dans un fond d’écran aux motifs floraux en or

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Sur les forums, les meilleures citations ont deux ou trois LOL dedans. Les meilleures citations torturent la langue comme elles tortureraient l’esprit de ceux qui les liraient avec mépris. Les meilleures citations créent une chaise longue sur le bord des lèvres de leur rédactrice. Les meilleures citations passent directement du FOIE à la page Web. Puis de la page Web à un autre FOIE. Les meilleures citations mettent de la bile dans ton BEAU gazou en or

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Comme ELLES, j’haïs le mot maternité quand tu le postillonnes. Comme pour t’immiscer dans mon pyjama à pattes. Une chance que j’ai un GROS cadenas en or. Avec plein de fioritures. Et de mini-miroirs déformants. Qui te font ressembler au lion de MGM. Qui fait toujours un peu sursauter. Même si l’on sait que l’essentiel va commencer. Au moment où il va arrêter de gueuler dans son anneau d’or.

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Leur robe de chambre en ratine bleue

Mercredi, février 6th, 2013

Quelqu’un a écrit quelque part et je te dirai pas où et je te dirai pas qui, mais ce quelqu’un a écrit que l’inceste était à la mode et je te dirai pas non plus quand il a écrit ça, mais c’est vrai que cette journée-là, justement, j’ai vu passer au moins trois filles avec des cotons ouatés avec des faces de loup dessus et sur lesquels était imprimé « I LOVE INCEST» en rose fluo.

SA CRISSE DE ROBE DE CHAMBRE EN RATINE BLEUE

Il a écrit que l’inceste c’était un sujet full hype, que les écrivaines en profitaient, parce que ce sont TOUJOURS les femmes qui profitent de leurs expériences infantiles malsaines pour avoir de l’attention, et que le résultat était TOUJOURS poche, et c’est vrai que cette journée-là, j’ai vu au moins trois de ses amis full sains lui répondre des affaires ben plus intéressantes sur Facebook.

ON VOYAIT TOUT AU TRAVERS, C’ÉTAIT  DÉGUEULASSE

Il suggérait que c’était comme devenu un sujet pour faire du cash et qu’on pouvait aussi appeler ces écrivaines des putes parce qu’elles récupéraient aujourd’hui l’argent des viols qu’elles avaient subis et c’est vrai que cette journée-là, j’ai entendu au moins trois filles écrivaines pas violées dire tristement « si seulement j’avais été violée, je serais riche aujourd’hui! ».

QU’IL OUVRAIT JUSTE AVANT DE ME JETER À PLAT VENTRE PAR TERRE

Il sous-entendait aussi que de parler d’inceste, c’était FAFA, pis c’était surtout FIFILLE et c’est vrai que cette journée-là, je regardais les photos de Kathy Acker pis je la trouvais vraiment GIRLY et RIDICULE avec ses piercings pis avec sa petite manie de fifille en état de choc post-traumatique, je parle de son plaisir de fifille violée de se rentrer violemment des objets dans le vagin pour écrire ses livres.

ET DE M’ÉCRASER LA TÊTE SUR LE PLANCHER DE LA CUISINE

Il racontait que de porter attention à une douleur profonde et intime, que d’écrire sur la violence faite aux petites filles par leur père, c’était juste cliché et mainstream, sous-entendant que des gars comme lui étaient au-dessus de tout ça et savaient de quoi ils parlaient et c’est vrai que cette journée-là, j’ai lu non moins de trois livres pertinents et sensibles portant sur l’inceste et rédigés par des hommes savants comme lui.

AVANT DE ME VIOLER SAUVAGEMENT PAR-DERRIÈRE

J’ai eu envie de le remercier pour qu’il sache à quel point ça m’avait fait du bien de lire que l’inceste était à la mode, que ce n’était pas un tabou et qu’il m’avait tellement fait sentir bien que je l’avais immédiatement perçu avec UNE CRISSE DE ROBE DE CHAMBRE EN RATINE BLEUE et que ça m’avait donné envie de mourir pour longtemps parce que c’est vrai que la journée où il a écrit ça :

JE ME SUIS MISE EN BOULE DANS MON LIT EN-DESSOUS DE MA COUVERTURE

JUSQU’À CE QUE QUELQU’UN QUI M’AIME ME DISE QU’IL M’AIME

I ❤ Fardoche!

Lundi, novembre 19th, 2012

Délire d’une thésarde

Mercredi, novembre 7th, 2012

Quand j’écris ma thèse, comme ça, à tous les jours, je me sens comme une autiste. Mais une autiste qui n’a même pas la chance d’être surdouée. C’est juste EVIL! Tout ce qui est cérébral est en train de me rendre médiocre. Mes peintures sont laides. Mes tounes sont poches. Mes dessins ont des carences affectives. Mes méditations parlent toute seule. Mes textes sont stratégiques (y’a-t-il eu des rapprochements?). Mes interactions avec les autres sont mécaniques. Mécaniques rouillées, genre. I can’t stand it anymore!

D’ailleurs, on dirait que tout le monde se dessèche. Je veux dire, aux études supérieures.

C’est fucking sec!

Les petits commentaires secs. Les petits complexes d’infériorité secs. Les petits égos secs. Les petits sourires secs. Les petits bonjours secs. Les petits styles vestimentaires secs. Les petits regards croches secs. Les petits moments de créativité secs. Les petits vols intellectuels secs. Les petits bragging secs. Les petits lunchs secs. Les petits essais secs. Les petits articles secs. Les petits mépris secs. Les petits manques d’éthique secs. Les petits amours secs. Les petits gestes chaleureux secs. Les petits efforts d’originalité secs. Les petits plaisirs secs. C’est toujours petit petit petit pis sec sec

There is no such thing as GRANDEUR à l’université. There is no such thing as ABONDANCE à l’université. C’est la petite grandeur sèche. L’accumulation de petites choses sèches. Plus t’as de petites choses sèches sur ton CV, plus t’es hot. Plus t’es grand aux yeux de ceux qui accumulent les petites choses sèches. C’est l’aspiration à la grande sècheresse. Pour régner sur le grand désert. Composé de petits égos secs. Asséchés par des petits complexes secs. Bon, je ne recommencerai pas mon poème.

À part de ça, j’aime ben ça! ;)

Mouchette #3 (9 ans)

Jeudi, novembre 1st, 2012

Tu sais pas si je me noie ou si je m’amuse. Si je crie help ou si je me bats avec des mouches noires. Si je pose pour le photographe ou si j’essaie de le déjouer. Peut-être que tu le sais, mais peut-être pas. En tout cas, l’important, là-dedans, c’est le PEUT-ÊTRE PAS. Parce que c’est une image. Et que pour savoir lire les image, il faut d’abord en reconnaître la complexité. L’ampleur de ce qui t’échappe. De toute manière, tu ne peux pas venir vérifier. Parce que tu ne sais pas où je suis dans l’image. Et surtout, tu sais pas « quand » je suis dans l’image. Et même si tu y étais, dans cette image, tu pourrais peut-être même pas savoir!

Image tirée de mouchette.org

T’as beau t’approcher. Entrer dans le monde de la mouche : nada! Moi-même, je regarde mon image. Et même si je sais ce qui se passe devant l’objectif, j’ai vraiment l’impression que c’est pas ça. Parce que je ne suis pas dans ce lac. Avec Claudine. Avec Maggie. J’aurais envie de la dramatiser, cette image. Parce que l’interprétation d’une image, c’est narcissique au point d’occulter volontairement sa propre réalité. Une réalité que tout le monde échappe dans son laptop. Parce que dans ton ordi perso, que tu poses sur la table de la cuisine, les images sentent toujours comme here and now. Elles sentent comme chez vous. 

Image tirée de mouchette.org

Ce jour-là, j’étais bien là. Off Screen. Au milieu du lac. J’avais 9 ans. Quelqu’un m’a photographiée.  Je faisais cette chose. C’était une habitude. Je faisais ça tout le temps, il me semble. C’est un "tout le temps" d’une petite fille de neuf ans. C’est comme les "toujours" de n’importe quel enfant. C’était plus fort que moi. C’était comme un rituel. Toutes les Mouchette ont des rituels d’empowerment. Y’avait Maggie pis Claudine. Dans mon esprit, y’avait une meute d’hommes. Oui oui, c’était ce que je m’imaginais. Je trouvais ça ben drôle. Être une meute d’hommes. Pas n’importe lesquels. Des douchebags, comme on les appelle aujourd’hui.  No offense, mais me semble qu’astheur, même dans les pires moments, je voudrais surtout pas incarner une meute de douchebags! Je n’y survivrais jamais!  En tout cas.  C’est quand même une drôle de projection pour une petite fille de 9 ans. Entre la princesse Leia pis Paula Abdul, j’incarnais ad infinitum les douchebags de cette pub-là. Ceux avec les habits verts, of course. Claudine s’occupait de réciter le monologue du gars avec les lunettes. Pis Maggie incarnait les autres, les frileux. On faisait ça à tour de rôle, of course. Pour que chacune puisse avoir l’occasion de ressentir le inner power  :

Dénigrer, c’est glamour!

Samedi, octobre 13th, 2012

Belle pas belle, j’y vais!

La "pitoune" et la "grosse torche masculine" :

Les deux ensemble, c’est encore mieux. Non mais, on en a du fun au Québec!

Ce que ces deux personnes ont en commun depuis au moins une semaine? Elles sont victimes (je pèse mes mots pour l’ex-constable qui est d’abord coupable) d’une même forme de haine. Une haine toute genrée qui a pour effet de créer des glissements incroyables dont les répercussions touchent toutes les femmes. Et les hommes aussi, car on ne peut porter atteinte à un genre sans que l’autre genre en soit également "affecté".

La première femme propose que l’allaitement est glamour. Des femmes se sont alors fâchées (oui, fâchées bon!) contre l’Agence de santé et des services sociaux de Montréal qui a mis en scène une séduction féminine clichée et ridicule pour inciter les femmes à allaiter.  Celles qui ont passé des heures avec des feuilles de choux sur leurs seins engorgées. Celles qui ont pleuré de douleur avec des mamelons gercés. Celles qui n’ont pas dormi une nuit complète pendant des mois. Celles-là et bien d’autres ont parlé,  crié, sorti leur guts. Des hommes aussi! Le discours était émotif,  mais respectueux. Toutefois, des hommes ont vu là une occasion en or pour jeter leur marde sur une belle femme sexy. Point. Des femmes ont fait ça aussi. Facile, ils/elles avaient l’approbation (distraction) des autres femmes. Voyez un peu le glissement sournois?

D’autres n’ont pu s’empêcher d’être encore plus opportunistes et de traiter les femmes "fâchées" avec une sournoiserie destructrice digne du plus grand homme tranquille. Tout se fait dans la subtilité. "Je vous félicite, même si je vous trouve théâtrales." Puis doucement, on vous amène dans un petit monde où votre émotivité soi-disant féminine est ridicule compte tenu des circonstances, bien rationnelles, générées par la société dans laquelle nous vivons.

 La deuxième femme a posé des gestes et prononcé des paroles violentes et inacceptables. On veut qu’elle soit retirée de ses fonctions, ça va de soi! Et j’espère qu’elle le sera. En même temps qu’on manifeste pour son retrait, à travers les commentaires, les remix poches et une toune pas drôle pantoute, on laisse entendre que son problème provient du fait qu’ "elle n’a pas vu de bite" depuis longtemps.

Cher Laurent,

Ça ne t’est pas passé par l’esprit que, justement, elle en a peut-être trop autour d’elle, des bites? Elle baigne dans un milieu de bites.  Et ce sont des bites comme toi qui ont crissement contribué à l’édification de sa supposée marginalité comportementale. Non seulement elle paie pour tous les hommes qui ont fessé sur les manifestants, mais elle est en train de rendre invisible la brutalité policière pour ce qu’elle est réellement. Ses gestes et ses propos sont inacceptables, but what about yours? What about le silence lui? Le silence de son superviseur? Tu ne l’as pas remarqué lorsqu’elle lui a fait son compte-rendu immonde de la scène?  Ce silence qui dit « je t’approuve, mais je ne me mouille pas ».  Bravo la bite à l’autre bout du fil! Bravo la bite qui l’accompagnait et qui s’en lave les mains! Bravo à toutes les bites du corps policier qui s’en lavent les mains (le seul moment où il se mouille, c’te corps-là, c’est pour se laver les mains)! Une situation rêvée : dissimuler toute la marde derrière ce grotesque personnage féminin. 

With much love,

Patty xx

Ce n’est pas tout! Non seulement cette policière mérite toute notre attention depuis qu’elle a détrôné Mahée (jusqu’à la prochaine), mais elle mérite également que nous y mettions tous nos efforts créatifs. Faisons le premier grand projet remix québécois avec les dires d’une femme dégénérée! Moi qui vante la culture remix et qui rédige une thèse à ce sujet, je n’ai qu’une chose à dire : ark! En fait, j’en ai une autre : lisez donc Lawrence Lessig et d’autres théoriciens de la sorte, vous allez peut-être choisir un peu mieux vos sujets de remix!

J’ai envie de m’en aller à l’autre bout du monde and to stand right beside her. C’est ELLE  qui mérite notre attention et nos efforts créatifs cette semaine! Cheers, Julia Gillard!

Briller avec un "mais"

Mercredi, octobre 10th, 2012

Elle a perdu son père! C’était la semaine dernière. Et je l’ai enviée. Comme une conne. Ensuite, j’ai trouvé ça injuste. Son père était bien, lui. Bien à elle. Et elle s’accroche au mien. Je ne comprends pas. Elle s’y est toujours accrochée. Comme s’il nous avait rendues spéciales, Claudine pis moi.

-Ça vous dérange tu si je le fréquente votre père? Il m’a rien fait à moi.

Ça me dérange. Ça me bouleverse. Ça me donne envie de me tirer en bas de mon lit à deux étages. Celui que j’avais quand j’étais petite. Pourquoi tu veux le voir? Il a traité ton père de. Il lui a piqué la femme de sa vie. Ta mère. Pour la tromper avec. Le savais-tu? Il la traite maintenant de. Et il dit de toi que. Mais ton père est mort. Je l’ai su par Facebook. J’ai vu sa photo passer dans le fil avec un hommage. Je lui ai fait un hommage aussi. Je peux pas tout te dire. Ça se fait pas. Pas maintenant. Tu es en deuil.

-Whatever floats your boat Maggie. Tu peux bien faire ce que tu veux.

J’aurais pas pu tout te dire anyway. Avec tout ce qu’on t’a fait vivre. Parce qu’on était minces. Parce qu’on avait les cheveux raides. Et que ta mère, elle voulait ça pour toi. Que la petite Maggie Away soit comme les petites O’Green. Mange pas. Lisse tes cheveux. Sois féminine. Regarde les gars. Sois une vraie ado. Fais comme Patty. Elle a des amis. Où sont tes amies? Fais-toi des amies. Des chums. Et toi Patty, cesse d’être égoïste. Tu as le corps chanceux. Alors prends soin de Maggie. De ton père aussi. Mais pas de toi.

-Ah, tu sors Patty, tu n’amènes pas Maggie avec toi?

Non. Méchante moi. Je sors seule. Avec ma gang de chums. Loin de cet appart de marde. Direction la maison de jeune. Avec un buvard triple dose. Et j’amène pas Maggie. J’amène personne. Je m’amène même pas moi-même. Juste mon spectre. Les restes sont dans mon lit. Deuxième étage. Le corps chanceux est mort. Depuis cinq ans. Depuis le jour où…

-C’est quoi l’affaire Maggie, tu nous crois pas, Claudine pis moi, ou quoi?

Un sceptique égale un coup de feu. Dans mon ventre. Pas loin des organes génitaux. Et le mépris, c’est l’arsenal au complet. Un vrai concert : bang bang bang!

-Oui oui, je vous crois, mais…

Mais. J’en peux plus des mais. Il y en a partout. Je te crois mais. Je t’aime mais. Patty est une chouette fille mais. Mais quoi? Tout réside dans le mais. Mais coupable. Mais stupide. Mais honteux. Mais tabou. Mais qui cloche. Mais qui s’en crisse. Je suis condamnée au mais.

-Et moi, je veux bien venir aux funérailles de ton père, mais…

Il faut que je sache. Pour le mien. Qui est encore en vie. Que tu as invité. À quelle heure il vient. À quelle heure il part. Surtout pas le croiser. Pas le voir. En train de rigoler avec vous autres. Mes amies de fille. Mes amies d’enfance. Toutes accrochées à lui. Pis moi dans mon coin. À l’écart d’une bande d’amnésiques obnubilées. Et surtout :

-Faut pas qu’il sache que je suis encore enceinte.

Flashback. J’ai peur d’être enceinte de lui. Est-ce que je suis enceinte de lui? Est-ce que mon bébé va lui ressembler? Un mini-lui? Que je vais devoir aimer? Allaiter? Ça va même plus loin. C’est le principe du flashback. Est-ce que je le porte en moi? Je suis prise avec? Il est moi? Je suis lui? Le mauvais lui? J’ai tout absorbé. Je suis rien. Je suis vide. Respire dedans Patty. C’est fini.

-Patty, il va bien finir par le savoir que tu es enc…

-FAUT. PAS. QU’IL. SACHE.

Parce que je me souviens de l’EUPHORIE. De la JOIE INFINIE. De l’ENFANT. La VRAIE. Parce que je BAIGNE là-dedans. En ce MOMENT. Et je sais PAS comment il fait. À chaque fois. Il se pointe. Dans mon corps. Le corps chanceux. Et il me l’enlève. Pas le corps. JUSTE LA CHANCE. Alors il ne faut pas qu’il sache que je BRILLE. Il faut que je BRILLE en cachette. Mais il faut quand même que je BRILLE. J’aime ça BRILLER. La vie, ça BRILLE.

Alors, je BRILLE toujours avec un

 

Un ostie de plateau d’argent!

Mercredi, septembre 26th, 2012

La semaine dernière, j’étais tellement névrosée, genre compulsive et à bout que :

-Hey, tu lui fermes-tu son ostie de clapet à l’ostie de trompette à marde qui fausse depuis fucking 15 minutes?

-Patty, c’est Miles Davis!

Ça fait que je me suis prise en main. Ça veut dire :

1-Acheter un nouveau livre de croissance personnelle!

 

(hautement littéraire)

2-Dowloader des visualisations positives sur iTunes :

…There is plenty of money…Even if this is not true, imagine it…Plenty of money to pay the bills and plenty left to do things that you like to do…Enough money to help others…Imagine it…JUST. IMAGINE. IT.

 

I feel so self-growthée!

Je suis peut-être un peu angoissée par ma situation financière, mais hey! J’ai pris compulsivement conscience hier qu’en ce moment, je fais exactement ce que j’aime. Bon, c’est pas rentable. À court terme ça thrive et à moyen terme, ça risque d’être moins drôle. Mon cœur bat pour le court terme, mais ma tête préfère le moyen terme. Ça fait que je m’arrache la tête tout en thrivant.

 Je suis à la fois David et Goliath, you know :

Ou plutôt Salome pis Jean Le Baptiste :

Bon, ça reste le symbole de la cruauté féminine, je veux dire, Salome a quand même fait une danse à Hérode pour que celui-ci tranche la tête de l’amant de sa mère. Pis elle a demandé d’avoir la tête sur un plateau d’argent en plus! Mais mettons que la cruauté féminine, en ce moment, ça ressemble beaucoup plus à la tentation d’abandonner ma tête pour un ostie de plateau d’argent. Mais je me dis que tant que je deviens pas ça :

j’suis encore correcte!

 

"Sometimes you have to play a long time to be able to play like yourself."

Miles Davis

 

Billet de maman licorne

Dimanche, septembre 16th, 2012

Si la blogosphère du 1.0 était le royaume des geeks, celle du 2.0 est à n’en pas douter l’empire des mères. Évidemment, on ridiculise leur pratique bloguesque qui n’est certainement pas littéraire.

Oh. Que. Non.

Il y a des limites. Les femmes d’accord. Les mères wooooh! Si les mères écrivent avec fierté à propos de leur quotidien, de leur enfant et de la vie dans leur foyer, on les trouve risibles. Vaut mieux les ignorer. Faire comme si elles ne faisaient pas partie de l’ « histoire » récente des blogs. Faire comme si l’on appartenait pas à la même « race » qu’elles. 

Keep it home, mothers!

Fallait que ça sonne comme "fuckers". À moins d’être indigne, t’es pas intéressante bon! À moins d’être marginale et d’exposer ta sexualité en même temps que tes photos d’enfant, t’es plate ok?

Bon, tout ça pour dire que j’avais envie d’écrire un billet de maman. Avec plein d’évidences, de banalités et de fierté. Et je les aime, moi, toutes ces mamans blogueuses. Mais en tant que thésarde, je prévois toujours les objections imaginaires du monde dans lequel je baigne. Soit un monde universitaire où les quelques mamans se cachent derrière des images de femmes académiques avec des cornes de taureaux genre. Des défenses, je veux dire. Ça fait que j’enlève mes cornes deux secondes parce que de toute manière, j’ai lu quelque part qu’il fallait TOUJOURS rester soi-même à moins d’avoir la possibilité de devenir une licorne. Le jour où les femmes pourront enfin devenir des licornes, il y aura certainement des affiches de ce  genre-là placardées dans les villes du monde entier :

 

Hey, t’imagines? Des femmes nues qui volent fièrement au-dessus du monde avec un signe phallique bien solidement ancré au beau milieu du front! Ça te change une toile de Dali en crisse ça! Pis un système patriarcal itou! En tout cas.

Mon fils bouge tout le temps. TOUT LE TEMPS. Sans arrêt jusqu’au dodo. Alors les gens me passent souvent le commentaire suivant, non sans un petit sourire de satisfaction :

-Ouin, ce sera pas un étudiant comme vous autres!

-ah bon, pourquoi?

-Ben, il est comme vraiment actif!

-Ouin pis?

-Ben il va vouloir être dans la vraie vie!

Bon, pour commencer, il fera bien ce qu’il veut. Mais les études, j’ai toujours vu ça come quelque chose d’actif aussi. C’est l’enfant hyperactif en moi qui fait que je suis encore là.  Parallèllement, je suis sportive. Je fais aussi des voyages. De la musique. Du dessin. De la danse. Je veux dire, l’école, c’est juste une autre manière d’avoir un contact privilégié avec la vie. Ce qui drive nos actions, dan’ vie, c’est la curiosité. On veut approfondir nos réflexions, parce que notre esprit est actif! And we want to keep it up!

Il bouge, Mathias. Mais il peut aussi se tenir assis pendant 900 km en une journée de roadtrip sans pleurer. Comment? Les livres. Lorsqu’on est partis dans le Far West, je lui ai patenté une bibliothèque à droite de son banc d’auto. J’ai toute une collection de photos de Mathias en train de lire sur ce banc d’auto.

Il regardait les images avec les yeux exorbités. On sentait que ça bougeait là-dedans. C’est parce qu son esprit était constamment en train de créer qu’il ne s’est pas tanné de la lecture d’images. C’est parce qu’il pouvait maintenir l’action qu’il n’a pas jeté le livre au bout de ses bras. Parfois il chantait. D’autres fois, il gazouillait. Il créait un univers, j’imagine, en même temps qu’il le "décodait". Ce sont justement ceux qui ne perçoivent pas le décodage comme de la création qui trouvent que les études sont plates à mort.


À la maison, il a sa propre petite bibliothèque à côté de la nôtre. Et il en est plus que fier! C’est SON spot. Avec son petit banc, sa petite table, sa petite plante pis toute. Il y a des livres éducatifs dedans, mais il y a aussi des livres un peu absurdes. Des livres qui font apprécier la lecture. À mon avis, ils sont beaucoup plus éducatifs que les livres de chiffres, de couleurs, de formes et d’animaux. Enfin, Mathias les apprécie tous, d’une manière ou d’une autre.

Il a aussi son propre compte à la bibliothèque du quartier. Il choisit les livres lui-même. Je peux voir tout de suite, lorsqu’il tourne les pages, si le livre l’intéresse. Et si oui : hop, on le prend!

En revenant de la bibliothèque toute à l’heure, je me disais : man, pourquoi la section des adultes est pas comme celle des enfants? Pourquoi elle ressemble à un fucking camp de concentration? Pourquoi la bibliothécaire est bête, dans cette ostie de section-là? Alors que même les lions sourient dans la section des kids? Sérieux, c’est vraiment cool la section jeunesse. Avec des coussins, des blocs pour se patenter un coin confortable, se faire des petits abris temporaires. C’est aussi ça, la lecture. Avec des posters de toutes sortes d’affaires cool sur les murs. Avec des tables sur lesquelles il y a des crayons pis des papiers pour dessiner. Les enfants passent d’un coin à l’autre, de la lecture au dessin, ou de l’ordi au coin de blocs! Enfin, c’est comme de la création en continue là-dedans. Pis ça trippe fort en chien!

Les enfants sont des êtres mystiques. Je n’en reviens juste pas combien je suis privilégiée de côtoyer Mathias. Il est arrivé au monde en me refilant une bonne dose de lucidité que les hommes tranquilles appellent un postpartum. Une maladie créée de toute pièce pour se fermer les yeux sur des réalités sociales étouffantes et dévastatrices. Mais peu importe, les enfants sont des natural healers anyway! 

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