sous mon radar

J’ai tellement cherché, je te jure, je n’ai pas trouvé. Je n’ai pas trouvé de petit spot au milieu de nulle part, pour pouvoir m’ancrer dans mon corps. Dans une grotte, une hutte, un igloo sur une ILE INCONNUE pour vivre loin du monde, pour « être » sans être AU MONDE, je veux dire sans appartenir à TOUT LE MONDE. À l’abri de 

TOUT_20187

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Un vaste océan comme frontières physiques, je veux dire comme frontières psychiques surtout. Mon espace vital dépourvu des besoins des autres, défini par UNE BULLE D’AU MOINS 1000 KM DE DIAMÈTRE. Parce que les autres ont tellement de besoins, ils sont bourrés de besoins qui ne peuvent être comblés que par quelqu’un d’autre, je veux dire PAR MOI! Et moi, je voudrais juste une petite ile, mais vraiment une toute petite ile, ce pourrait être un ramassis de cochonneries dans le vortex de déchets du Pacifique Nord, pourvu que leurs attentes passent SOUS MON RADAR

Réclusion

La vague déferle, on surfe, pis on surfe : c’est beau la mer. C’est tellement beau en gang comme ça, on est tout nus, on est beau, on s’aime la photo, on a laissé nos affaires, on a tout laissé derrière, sur la beach. C’était quoi déjà le nom de la beach? Who cares, ce n’est pas grave. Esti, on ne la voit même plus la beach, mais anyway, la vague va nous amener loin, on sera sur l’autre rive dès demain matin. D’où sommes-nous partis? Ah oui Gomeshi! C’est qui dont lui? comment avons-nous réagi? C’est qui dont, Lucy? Peu importe, on fait l’histoire, ensemble, parce que derrière l’écran, on se dit qu’on se ressemble, même si devant, on se trouverait sans doute un peu gossantes. On se dit qu’on fait de l’histoire full inclusive, en oubliant celles qui sont restées sur la rive, on sous-entend qu’elles n’ont pas notre courage, mais elles savent trop bien à quoi ressemble le naufrage : quand on s’emporte, une partie de nous se déporte.

On est déjà trop loin, parce qu’on veut mettre la hache dans le destin, en laissant bien des choses dans le noir, en parlant toutes en même temps, en grossissant parce que c’est huge, c’est big, check le tsunami de twitteramies: il va tout détruire, on va tout reconstruire, tout refaire à neuf, on n’aura même pas besoin de se souvenir, peut-être qu’on pourra même éviter de se guérir. On n’a qu’à s’ouvrir à en plus finir, le hashtag va nous soutenir. Pas besoin de trigger warning parce que les médias ont tout un planning : instrumentaliser notre douleur, comme partout ailleurs.

C’est tellement beau qu’on ne réalise même pas qu’on est en train de faire un grand show qui risque fort de nous anesthésier de nouveau parce qu’on a comme laissé notre sens critique, là-bas, dans la petite crique pour mieux expérimenter le grand cirque. C’était où, la crique? On ne sait pas. Et on ne sait pas non plus où on s’en va, mais on est certain que c’est le bon chemin parce que c’est beau, c’est grand, c’est vivant quand on regarde par en avant. C’est comme les carrés rouges, même si plus rien ne bouge. Je me sens obligée de m’en réjouir, comme quand il me disait qu’il fallait jouir, alors que tout ça me donne le mal de mer, que j’essaie de garder au moins un pied sur terre, en dehors du fil Twitter, parce qu’une histoire sans perspective, ça ne peut que générer des récidives. Mais hey je ne suis pas pantoute une fille négative, je suis quand même assez combattive, mais là j’ai comme envie de retourner dans mon nid, ça fait que je ne mettrai pas de couleur dans mon post aujourd’hui.

une mare de machos

Je marchais avec mon amie Sarah sur la rue Ontario, on s’en allait au resto, on traversait une MARE DE MACHOS, une mare d’oiseaux,

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ils se sont TOUS mis à chanter, ça sifflait en notre honneur et je me disais « OKAY : ESTI QUE ÇA M’ÉCOEURE! », mais que c’était comme ça, qu’on était des petites proies, parce qu’on était minces, parce qu’on portait des SKINNY JEANS, parce qu’on était comme des JELLY BEANS. Pis je me suis retournée vers leur d’entre eux, parce qu’il me regardait d’une manière WEIRD, d’un regard qui veut DÉTRUIRE, comme un coup d’œil avant de me DÉMOLIR, c’était aussi son genre de sourire et Sarah m’a dit qu’il était plein de désir, que son regard anticipait du PLAISIR. J’ai commencé à me dire que c’était moi la WEIRD, que je ne distinguais pas, dans le regard du gars, le désir de jouir de celui de me voir MOURIR. Je me suis rappelée que j’avais été violée, que mon interprétation en était sans doute toute IMBIBÉE, que c’était peut-être pour ça que je me sentais harcelée, pis après, je me suis dit non, ce n’est pas vrai,

CE N’EST PAS VRAI, BON!

Mon radar est FULL AIGUISÉ et j’ai bien l’intention de m’y fier. Je reconnais le sourire de l’emprise, je le distingue des lèvres éprises. Je fais aussi la différence entre le chant de l’oiseau de PROIE et celui, plus discret, de l’émoi. Mais il ne faut pas dénoncer ces évènements-là. Hystériques que nous sommes, on nous le dit À CHAQUE FOIS. N’empêche qu’on ne respire pas gros, quand on traverse une MARE DE MACHOS.

crémation

J’ai tellement honte d’où je viens quand je tiens dans mes mains la photo de nous autres, ce morceau de papier reluisant sur laquelle il reluit en me tenant la main reluisante au beau milieu d’une ruelle reluisante dans le MAUDIT quartier Villeray; le maudit quartier Villeray que tout le monde trouve don’ ben reluisant, don’ ben proche du marché Jean-Talon, don’ ben famille, don’ ben plancher de bois franc avec des moulures; on est don’ plus privilégiées d’être agressées dans Villeray plutôt que dans Parc-Extension ou Hochelaga, mais on est encore plus choyées que si ça nous arrivait ailleurs au monde parce qu’ici, au Québec, on reconnait TELLEMENT les conséquences des agressions sexuelles que les conséquences reluisent dans tous les livres de croissances personnelles, sur toutes LES LISTES DE CONSÉQUENCES pour les victimes d’agressions sexuelles.

Veux-tu une photocopie de la liste des conséquences, Patty? Non je l’ai déjà en deux exemplaires, merci pareil. Ok, de rien.

Je BRULE cette photo avec nos deux petits corps, pis je me rappelle qu’on portait ses t-shirts pour dormir et ça nous faisait des ROBES : des ROBES faciles à soulever, des ROBES faciles à enlever, des ROBES qui sentaient lui, des ROBES avec rien en dessous. Je nous regarde, moi pis Claudine, on est PIEDS NUS sur le papier luisant de la photographie pis on reluit avec lui comme les prolongements de ses cuisses, des petits prolongements narcissiques. On était MORTES la nuit d’avant, on était MORTES l’autre nuit d’avant aussi et on allait retourner chez notre mère, TOUJOURS RETOURNER CHEZ NOTRE MÈRE pour ensuite revenir chez lui où je ne m’endormais JAMAIS dans mon lit, mais sur une planète dans un système solaire, dans une galaxie avec plusieurs étoiles polaires, avec tous les Nord qui convergent vers le même TROU NOIR. De là, et seulement à partir de là, je pouvais acquiescer son insignifiance, acquiescer mon insignifiance, l’INSIGNIFIANCE DU MONDE AU COMPLET, pendant que la souffrance se cryptait à mon insu, pendant que chaque geste se gravait dans mon corps, NU, parce que

LE VIOL EST UN INTERMINABLE SILENCE DUQUEL IL NE RESTE QUE DE LA CHAIR QUI CRIE.

Les images se déforment et disparaissent pour toujours dans un TROU NOIR et il le savait; il savait que, beaucoup plus tard, tout ce qui sortirait de mon corps serait INCOHÉRENT ou MORT. RIEN ne serait crédible, RIEN ne serait légitime, RIEN ne serait audible, RIEN ne serait intime et puisqu’on finit toujours par chercher notre vérité, il savait que je serais inexorablement, tôt ou tard, attirée à l’intérieur du TROU NOIR.

Trender l’humanité

Mets donc ta CHEMISE CARREAUTÉE pis on va aller TRENDER dans le Mile-End, mais on va pas s’arrêter là NON COME ON on va aller chercher la hache de mononcle Gustave dans son chalet à Sainte-Émilie-de-L’Énergie pis à GO on va la mettre DANS LE DOUTE. Et tout le monde doute qu’il faut mettre la hache dans le doute parce que le scepticisme c’est FONDAMENTAL, parce qu’il n’y a pas de vérité ABSOLUE à part que c’est tentant une fille nue, surtout en-dessous de son linge, mais sinon il y a autant de vérités que d’êtres humains, je veux dire, il y a peut-être même autant de vérités que d’états d’âme et BLA BLA BLA et on va aller TELLEMENT LOIN comme ça, avec nos CHEMISES CARREAUTÉES, à vouloir exprimer notre singularité, qu’on va PRENDRE UN TRAIN POUR LA VIE pis on va finir à Bali avec une édition vintage d’un Descartes dans la main, on va se surprendre à dire tout haut :  

« Je pense…Mais je suis quoi, crisse? »

Ce que je veux dire, c’est que la JUSTICE, l’entité pas fine qui persécute les persécutées comme pour leur montrer leur place de PERSÉCUTÉES jusque dans sa rhétorique merdique, elle va s’en charger, elle, de douter des histoires de filles violées. En attendant, on n’a pas besoin de se prendre pour des PROCUREURS pis de s’injecter des ANTI-DOULEURS, je veux dire qu’on peut croire sans se cacher dans son petit renard brodé, parce que ça aussi ça commence à trender, que ça se peut qu’UNE FEMME SUR TROIS soit victime d’une agression sexuelle au Québec. Pis on va comprendre que le rehaussement de la BEAUTÉ DE L’HUMANITÉ ne se fera pas avec un BISTOURI, mais avec UNE HACHE dans ce doute chers amis!

Pis NO WORRIES, on va quand même rester à la mode de chez nous sans avoir à planter des choux avec nos genoux. On va TRENDER L’HUMANITÉ.

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tsé veut dire

À chaque fois que je spot une INJUSTICE, j’ai comme une petite pulsion qui me dit qu’il faut CHANGER LE MONDE AU PLUS SACRANT, je veux dire, c’est vraiment URGENT. Si ce n’est pas l’inverse du cynisme, je ne sais pas ce que c’est, mais en tout cas, c’est FATIGANT, maudit que c’est épuisant.

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Faut quand même être un peu naïve pour crier le mot « INJUSTICE » en pointant une situation particulière, comme si le monde n’en était pas bourrées, comme si ce n’était pas là-dessus qu’il était créé. Et quand on cherche de la justice, ça devient tellement absurde qu’il faudrait peut-être plutôt SPOTER LA JUSTESSE. Dans les intentions. Dans les attentions. Celles des gens qui nous entourent, des gens qui ne font pas juste parler de l’amour, mais qui le respirent dans ce qu’ils DISENT, dans ce qu’ils FONT, dans ce qu’ils SONT. Ils sont rares, tu vas me dire, je te dirais qu’ils sont surtout contextuels, qu’ils sont surtout momentanés et que même le plus aimable devient pitoyable parce qu’il n’a pas bu son café latté. Et ce matin-là, IL TUE TOUT LE MONDE. Il crée l’injustice à partir d’un caprice. C’est comme ça, tout est mouvant, mais il y a tout de même des gens qui s’enlisent, qui se disent qu’ils sont comme ça et qu’ils ne changeront pas.

Ils échouent à chaque fois.

Et moi, j’aime ça quand ils se surprennent à me sourire parce que ça circule en masse

cette affaire-là.

Je ne me suis pas donnée de mission particulière, mais j’essaie de ne pas faire ma fière et de nourrir mes relations, et de porter un peu plus attention, comme ça, JUSTE COMME ÇA, par amour pour les autres qui irrémédiablement DOUTENT DE MOI. On ne doute jamais de la haine de quelqu’un pour nous, mais ON DOUTE TOUJOURS DE L’AMOUR, parce que c’est quand même risqué d’être aimé, je veux dire, ça pourrait finir par nous TUER et ce n’est pas comme si on allait tous mourir, tsé veut dire.